mardi 19 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 46-47-48-49 sur 151

En bref, ca y est j'ai joué mon premier concert à NYC lundi le 18 septembre et j'étais poche.

J'ai un autre concert de prévu, le 4 novembre prochain en grand ensemble sous la direction de Selendis Sebastian Alexander Johnson.

J'écris ceci sur la terrasse du Drip Drop Café à quelques rues de chez moi. Passe un vieillard plutôt désorganisé, enlevant puis remettant sa casquette : « What are these people doing? Do you know who Nam June Paik was? » Moi je sais. Résumé des derniers jours.

Samedi 16 septembre

Pas mal de travail, une bonne pratique de violoncelle, puis un excellent concert dans un petit appartement. Première visite dans le Lower East Side. Je suppose que le restaurant cheap East Side Mario's vient d'ici [NDLR : il s'agit en fait d'une chaîne de restaurant canadienne qui « s'inspire de l'ambiance au coin des rues Canal et Mulberry » (à 10 min de chez moi) dans le Lower Manhattan oui, mais techniquement dans le quartier Chinatown et non Lower East Side. Rions un peu.]. Il fallait monter six étages dans un petit escalier en colimaçon pour se rentre à l'appartement, pas de chance pour la contrebassiste arrivée en même temps que moi. J'ai officiellement proposé à l'organisatrice qu'un prochain concert de sa série se passe chez moi. À suivre.

16 septembre @ l'appartement de Olive, Lower East Side Manhattan
commissarié par Selendis Sebastian Alexander Johnson, série « We Are Greater Than (The Sum [From 1 To Selendis’s {=?=} Choice] Of 4n) », épisode #5.3/13
trio [Selendis Sebastian Alexander Johnson (trombone, composition), Lemuel Marc (trompette), Caleb Smith (trompette)]
trio [Cole Cotton (guitare électrique), Jackson Earles (violon), Kayla Kessler (contrebasse)]
Many Many Girls [Kwami Winfield (élastiques amplifiés, électroniques), Ani Blech (élastiques amplifiés, électroniques), Riley? (élastiques amplifiés, électroniques)]
trio [Francisco de la Garza (saxophone), Colson Jimenez (contrebasse), Hans Young-Binter (clavier)]

Many Many Girls ont réalisé notre fantasme à toustes d'entendre le son d'un énorme élastique amplifié. Le dernier trio de la soirée a largement défoncé le 25 minutes qui leur était alloué, et pour une fois j'étais d'accord. Sur le chemin du retour, j'ai trouvé les musiciens pour les ajouter sur instagram. That good. J'ai ramassé un bagel fromage à la crème au dépanneur le plus proche. 

Dimanche 17 septembre

Cette fois deux concerts en une journée, et tellement d'excellent·es musicien·nes que je ne connaissais pas et que je veux connaître!

17 septembre @ First Street Green Cultural Park, Bowery Manhattan
Fred Moten (poésie)
trio [Sita Chay (violon 5 cordes), Trae Crudup (batterie), Luisa Muhr (voix)]

J'ai pris une bonne marche entre les deux, mangé une sandwich de dépanneur, visité par hasard le quartier Koreatown avec tous les restaurants, bar, etc. coréens.

17 septembre @ Houghten Hall Arts Community's Josef Jefferson Room, NoMad Manhattan
Creative Music Studio Improvisers Ensemble [Ryan Easter (trompette), Sam Day Harmet (mandoline électrique, effets), Selendis Sebastian Alexander Johnson (trombone, composition), Celine Kang (guitare électrique), Shinya Lin (électroniques, alto), Lemuel Marc (trompette), Billy Martin (percussions, objets), Orchid McRae (batterie), Aaron Rubinstein (guitare électrique), Kwami Winfield (trompette, électroniques), Hans Young-Binter (clavier)]

Méchant ensemble, tout le monde tellement talentueux, en particulier celui qui jouait des électroniques.

Lundi 18 septembre

Toute une journée dans l'appart à travailler, plier du linge, déjeuner, dîner, j'ai même fait une sieste. Puis c'était mon premier concert à NYC.

18 septembre @ Record Shop, Red Hook Brooklyn
organisé par Sandy Ewen
Rémy Bélanger de Beauport (violoncelle), Aaron Pond (cor français, voix, flûtes), Ivy Woods (contrebasse)
Killick Hinds (genre de guitare électrique), Francesca Remigi (batterie)
Ravi Coltrane (sax, effets), Sandy Ewen (guitare électrique), James Paul Nadien (batterie)

Le set de Ravi Coltrane, aussi connu sous le nom de fils-de-John-Coltrane, était incroyable. Trois langages très différents se rencontraient : Coltrane est du côté jazz, free jazz transcendantal, free jazz transcendantal joué dans un stade avec grosse reverb et harmonizer à l'appui; Sandy Ewen arrive elle avec des bruits de springs, borborygmes de toutes sortes, petits feedbacks suraigus, genre de pâte organique et électronique à la fois; James Paul Nadien vient du métal ou du punk ou je sais pas trop, son approche est plus brute, son jeu sonne sec, même les cymbales pour la plupart sont presque sans résonance, il est du genre drummer hyperactif avec mille idées par minutes, et il les joue toutes, et ça se tient.

Avec trois approches aussi différentes, soit que chacun dilue un peu son jeu pour se rapprocher de l'autre et dans le meilleur et plus improbables des cas ça marche et on se dit wow, je n'ai jamais vu telle personne jouer comme ça, soit chacun reste ferme sur son langage et avec un peu beaucoup de chance ça marche. Et c'était ça hier, le jazz et les pets de guitare sans concession comme brodés sur le même macramé par le crépitement multiforme du drum.

Quand à moi, mon trio, c'était poche! Tellement pas bon. Décevant. J'avais apporté de mes disques à vendre et je n'ai même pas osé les sortir de mon sac. En tout cas. Encore une preuve qu'on ne fait pas semblant d'improviser. Les risques du métier, ça arrive qu'on essaie et on ne réussit pas. Je m'en doutais avant qu'on commence, les deux gars sont vraiment vraiment gentils, mais un peu du genre surexcité, un peu du genre théâtral à la limite. Ça aurait pu marcher quand même, dur à dire. Dès les premiers sons, j'ai été surpris d'être complètement enterré par le cor français. Je ne sais pas si c'est moi qui jouait mal, mon violoncelle qui avait de la misère à sortir les sons, la salle qui était ingrate avec mes fréquences ou l'ensemble de ces réponses, mais je n'ai jamais trop réussi à percer par dessus le cor. Les deux collègues changeaient d'idée tout le temps, une genre de musique avec tellement de couleurs dedans qu'il n'y en n'a plus aucune. Que du brun. Honnêtement, je me répétais de revenir au corps, de juste y aller, mais aussitôt que quelque chose d'intéressant commençait à se passer, un des deux (ou peut-être même moi), tirait avec force dans une autre direction et rien ne levait.

Quelques personnes m'ont dit qu'ils avaient bien aimé, et je me suis bien gardé de leur dire ce que je pensais vraiment de ce qui venait de se passer; rien de pire que se faire dévaluer une impression artistique favorable par l'artiste même de qui elle a émané. Je jouerai amplifié la prochaine fois, comme ça si je trouve ça poche je ferai comme Ravi Coltrane et j'enterrerai tout le monde pendant qq minutes le temps d'assourdir tout le monde et laisser la musique se replacer en dessous.

Mardi 19 septembre

Feeling de dimanche matin. Je n'ai plus d'œufs alors je pars déjeuner aux bagels et lecture à Washington Square Park, puis marche du retour, épicerie au Target, du temps pour absorber la déconfiture d'hier, le soir arrive bien vite quand la journée de travail s'est terminée après minuit. Je voulais aller à un concert en début de soirée, puis aller nager, mais finalement je n'ai plus le temps de l'un et je ne sais plus si j'ai la motivation de l'autre.

Finalement je n'ai jamais réutilisé le lave-vaisselle


vendredi 15 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 44-45 sur 151

Jeudi 14 septembre

Grosse journée de travail aujourd'hui. Il est apaisant d'en retracer les heures et pouvoir dire que je montais tel document, que j'écrivais tel email, que j'avais telle rencontre teams, plutôt que de relater d'autres journées à tourner en rond et finir par sortir lire au café. C'est pourtant la même personne, le même travail, des facettes différentes du même travail sur lequel s'envole la journée, et au-delà de ça la même erreur de validation de son existence par le travail. Je travaille là dessus. Haha.

Moment marquant : je suis tombé nez-à-nez avec l'auteur, podcasteur et scientifique Joe Osmundson, dont je suis la carrière depuis maintenant quelques années. J'ai même son livre dans ma bibliothèque, que j'ai bien aimé. À un coin de rue, j'attendais pour traverser tout droit, il complétait sa traversée arrivant de ma gauche, on s'est regardé, un flash comme ça, moi je l'ai reconnu, lui n'a aucune idée de qui je suis. Puis il a poursuivi son chemin, avalé par une bouche de métro.

Moment marquant : j'ai fini par trouver un café où je suis bien pour lire. Ma persévérance a porté fruit. C'est une chaîne tout ce qu'il y a de plus standard — jusqu'au nom Joe Coffee, difficile de faire plus générique — mais l'ambiance sur le banc dehors, alors que la journée tombait, était parfaite. Rue étroite, quelques feuillus, des murs de briques en vue, murs de pierres, pas trop d'autos malgré l'emplacement, beaucoup de piétons, beaucoup de beaux piétons! à chaque fois que je levais les yeux je tombais sur une personne agréable à regarder, c'est quand même notable. Très tranquille. Alors j'ai avancé ma lecture de Proust et, puisque j'étais rendu assez proche, je me suis laissé tenter par un concert à The Stone. Je ne l'ai pas regretté.

14 septembre @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
Blacks' Myths [Warren Crudup III (batterie), Luke Stewart (basse électrique, électroniques)]
quintette [Melissa Almaguer (claquettes), Warren Crudup III (batterie), Janice Lowe (piano, voix), Aquiles Navarro (trompette), Luke Stewart (contrebasse), ? (trompette)]

WOW du gros stock. Luke Stewart le bassiste, quelle découverte, ça décape. Son duo surtout, je ne m'attendais pas à ça. La batteur est tellement punk par moments, puis complètement laid back quasiment hip hop, puis bruitiste, puis presque backbeat, masterful. En deuxième partie, un quintette avec entre autres une danseuse à claquettes virtuose let's go. Vers la fin de leur set — je devrais dire, 20 minutes avant que ça finisse par finir, parce que, quand même, au bout d'un moment, c'est comme un bon repas, on a beau vouloir, un moment donné ça ne rentre plus — un gars est sorti de la foule (la « foule » de 12 à 20 personnes, je n'ai pas vraiment regardé, j'étais en avant) avec sa trompette et s'est joint au band. Je n'étais pas trop sûr de si c'était prévu où pas, et je n'arrivais pas à lire dans les visages du band si ça leur plaisait ou pas qu'il s'intègre, mais à la fin Luke Stewart l'a nommé pendant les présentations et on semblait le connaître. Il était pas pire, mais moi j'aurais préféré qu'il attende d'être invité avant de jouer. Il y a un courant de pensée tout à fait légitime qui trouverait mon point de vue élitiste, ou anti-improvisation, à réfléchir.

Observation : ici, on présente systématiquement les musicien·nes pendant les applaudissements, à la fin du concert, sans utiliser de micro, ce qui fait qu'on n'entend rien de ce qui est dit. Drôle de pratique. Le lendemain d'un concert où il y a eu changement de programme, je fouille les internets, y compris toutes les stories instagram que je peux trouver, pour compléter l'info.

Vendredi 15 septembre

Je viens d'envoyer un email avec un document et toutes les informations pour le mastering de mon vinyle à venir. Une grosse étape de franchie pour ce projet. Ce soir, j'avais prévu aller voir Ellen Arkbro mais je ne sais plus si je veux payer 25$ (34$ canadien) pour aller entendre des « drônes d'orgue dans une église historique ». J'ai envie de retourner au petit café d'hier. Il faudrait que je pratique le violoncelle un peu aussi, surtout si je veux jouer amplifié lundi, car je n'ai pas encore testé le nouveau speaker ici avec mon pick-up, etc. Et puis j'ai envie d'aller nager ce qui serait incompatible avec un concert avant 20 h 30. À suivre.

mercredi 13 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 39-40-41-42-43 sur 151

J'ai un premier concert qui s'en vient! Ce sera bien modeste, le lundi 18 septembre devant un petit public au magasin de disques « Record Shop » à Red Hook, Brooklyn, et j'ai bien hâte. Je joue en trio avec des gens que je ne connais pas du tout, un contrebassiste (et mouvements?) et un corniste-vocaliste (et flûtes de bois?).

L'affiche élaborée par Sandy Ewen imite une boîte de réception gmail

Au cours des derniers jours, j'ai repris le travail sur mon projet de petite tournée en novembre 2024 (des emails, des emails, du stress, de la pression, des mini-succès, des mini-déceptions, de l'attente), sur mon vinyle à venir (édition de maquettes pour le matriçage, des emails pour confirmation de coûts, choix de la compagnie avec qui faire affaire pour le pressing) et sur mon aller-retour à Rimouski le mois prochain (essayer de trouver un violoncelle local, appel à la réceptionniste de l'école de musique du Bas-Saint-Laurent aka la personne la plus incompétente à qui j'ai parlé depuis longtemps, messages à deux violoncellistes locaux sans succès, check la page de amigo express régulièrement car les covoiturages d'octobre commencent à sortir).

Samedi 9 septembre

Ce soir là j'ai été voir une légende vivante, Roscoe Mitchell, saxophoniste, 83 ans. De combien de légendes vivantes n'ai-je jamais entendu la musique encore? De combien de légendes tout court? Il faudrait que j'écoute de la musique 24 h sur 24 en rattrapage il me semble. Mais ce n'est pas l'idée. Les hasards de se faire présenter des gens, leur musique; se faire présenter des musiques, leurs gens. Roscoe Mitchell jouait en duo avec John McCowen à la clarinette contrebasse. Du funambulisme leur affaire, toujours sur le bord de tomber, toujours repris de mains de maîtres. Le tout dans une église gothique à l'humidité et la chaleur étouffantes, dont les fenêtres n'ont pas dû être ouvertes depuis sa construction en 1844. J'exagère. L'organisation a distribué des petits éventails à tout le monde, et l'auditoire s'est transformé en champ de papillons géants.

9 septembre @ First Unitarian, Brooklyn Heights Brooklyn
présentation de ISSUE
Beam Splitter [Audrey Chen (voix, synthétiseur), Henrik Munkeby Nørstebø (trombone, électroniques)]
duo [Roscoe Mitchell (saxophone basse, saxophone sopranino), John McCowen (clarinette contrebasse, flûte à bec) 

En première partie, l'artiste que j'étais venu voir : Audrey Chen. Anciennement violoncelliste, maintenant vocaliste. Virtuose vocaliste. Elle a sa propre avenue, son propre boulevard à elle toute seule dans l'univers des gens qui font de la musique avec leur face et leurs cordes vocales. Elle jouait sous le nom Beam Splitter, duo avec un tromboniste absolument incroyable. Leur musique joue avec l'amplification très forte de sons qui autrement seraient peu audibles. On se sent comme à l'intérieur du trombone, à l'intérieur de la bouche, et ça prend aux tripes, quand même. J'écoute leur plus récent disque en écrivant ceci, et je confirme que ça ressemble très bien à ce que j'ai vu en concert, sauf un détail fort étonnant : les durées des pièces. Sur disque, Beam Splitter propose des petites vignettes de moins de 2 minutes, puis une longue pièce de 22 min (je reconnais bien ce chiffre, la limite poussée à bout de ce que peut prendre un côté de disque vinyle), alors qu'en concert ç'a été une longue plage de 45 minutes, en constante évolution. Gros show. Audrey Chen est vraiment épeurante, dans le bon sens. Son disque Jitter avec son trio Mopcut est dans mon panthéon personnel des meilleurs albums jamais entendus.

Dimanche 10 septembre

Rien à signaler en ce dimanche 10 septembre. J'avais prévu aller voir un concert extérieur en après-midi, mais il a été annulé à cause de la pluie. Je vois dans mes dépenses que j'ai été prendre un café avec une chocolatine, ah oui, ça me revient, pas toutes les journées se doivent d'être exceptionnelles. Puis j'ai fait une bonne pratique de violoncelle, accompagné du nouveau speaker enfin.

Lundi 11 septembre

Je me suis permis une rare sortie au restaurant, tiens. Je n'avais plus rien à déjeuner alors je me suis payé une crêpe ricotta, épinards au Cafe Reggio pas très loin d'ici. J'en ai profité pour lire Proust, mais aussi envoyer plusieurs messages de travail à ma petite table et lire quelques pages des sites du CALQ et CAC en marchant sur le chemin du retour avec un arrêt à l'épicerie. Il me semble que j'ai travaillé et tourné en rond toute la journée après ça. Bien des gens font ça au bureau je suppose.

Début de la session de yoga ce soir là, qui aura maintenant lieu les lundis de 19 h à 20 h. Un peu flush pour la vie d'amateur de concerts. Je voulais aller voir Ingrid Laubrock justement, en duo avec des électroniques, mais c'était 25$ et c'était à 20 h (ouverture des portes à 19 h) à Roulette, cette salle où j'étais arrivé 30 minutes à l'avance l'autre fois par erreur, et où j'avais été étonné de voir une longue file commencer à entrer. J'ai choisi le yoga pour cette fois. Pas de concert. Sortir du yoga à la noirceur à 20 h plutôt qu'à 19 h — la classe était une heure plus tôt cet été — m'a donné un feeling d'automne.


Ma vue en sortant du yoga à Stuyvesant High School

Je n'ai assisté à rien de spécial en ce 11 septembre, mais le très beau Tribute in Light du 9/11 Memorial a accompagné ma marche du retour. Un bel hommage bien sobre alors que les tours jumelles revivent chaque année pour quelques heures sous forme de faisceaux de lumière blanche jusque dans le ciel. Sur la photo, on dirait qu'un seul faisceau sort d'un petit gratte-ciel, mais c'est une illusion, en tournant plus loin, on voyait bien les deux faisceaux partant du sol.

Mardi 12 septembre

L'horaire de la piscine a aussi changé depuis la rentrée. En semaine, ouverture à 19 h, que j'ai fini par skipper car le temps passait vite et j'ai préféré aller à ce concert en plusieurs parties.

12 septembre @ Downtown Music Gallery, Chinatown Manhattan
Flip City [David Aaron (sax), Dave Gould (batterie), Nick Panoutsos (contrebasse)]
trio [Jon Elbaz (piano électronique), Aidan O'Connell (contrebasse), Brandon Terzakis (batterie)]
Steve Baczkowski (solo sax)

Le set de Steve Baczkowski était incroyable. J'ai jasé un peu avec Bruce, le propriétaire de Downtown Music Gallery. Un vrai passionné, il n'a manqué aucune édition du FIMAV depuis 1987, il organise des concerts tous les mardis à son magasin, pas de prix d'entrée, de 18 h 30 à 22 h 30, il connaît tout le monde, toutes les étiquettes de disques, je le croise aussi à The Stone et à d'autres concerts en ville. Un personnage, un pilier.

Mercredi 13 septembre

C'est aujourd'hui ça. Le soleil est revenu. Plan du jour réaliste : écrire ceci, écrire un document de directives pour le matriçage de mon vinyle à venir, pratique de violoncelle, natation en soirée.

vendredi 8 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 37-38 sur 151

Finalement mon plan de mercredi n'était pas réaliste. Après les 53 minutes de retard sur mon plongeon du midi dans le site du CALQ, je me suis connecté et j'ai commencé une demande de subvention (recyclage de celle qui vient d'être refusée). J'ai passé une demi-heure là dessus à trouver le bon titre et le bon résumé, utilisant tous les caractères disponibles. Ça m'a épuisé, et au lieu de faire le bel après-midi productif prévu, j'ai dû niaiser sur internet, écouter des vidéos drôles qui n'impliquent rien de l'intellect. Et j'ai fini par me secouer vers 16 h, fait une pratique de violoncelle très satisfaisante, été nager pour 19 h et j'ai pu arriver à temps pour un très bon concert à 20 h 30. Journée sauvée.

6 septembre @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
trio [Wendy Eisenberg (guitare électrique, voix), Ryan Sawyer (batterie, voix), Lester St. Louis (violoncelle)]

C'est bien de revoir un concert une deuxième fois, dans un contexte différent, c'est rare que ça se produit. J'avais vu ce trio il y a une semaine, dans une salle où on les avait amplifiés comme un groupe de indie rock des années 2010 : gros bass drum, guitare léchée, violoncelle bien en arrière. À The Stone, presque pas d'amplification sauf l'ampli de Wendy Eisenberg sur scène (très fort, à la new-yorkaise), ça donnait sec mettons. Et le trio a donné presque le même show les deux fois, quelques pièces qui s'enchaînent sur une heure. Wendy Eisenberg amène une influence indie folk à son jeu sinon assez free, atonal, un peu free jazz. Presque pas d'effet, malgré le pedal board avec son nom dessus.

Jeudi 7 septembre

Mon plan de la veille ayant échoué, j'ai décidé de le reprendre en partie. En commençant par plier du linge qui traînait sur le rack depuis quelques jours, puis l'épicerie mon activité préférée (sarcasme). Avec la canicule, il fallait être stratégique et éviter le soleil direct à tout prix en revenant! Puis j'ai dîner, un peu de niaisage internet, un peu de lecture au café pas loin, une excellente pratique de violoncelle, retour à la nage pour 19 h et retour à un autre concert à 20 h 30.

7 septembre @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
duo [Caroline Davis (sax, voix), Wendy Eisenberg (guitare électrique, voix)]

Première fois que je voyais ou même entendais Caroline Davis. J'ai vraiment aimé son approche un peu off quand ça lui tente, hyper technique si ça lui tente, très fort, très doux, puis la voix aussi comme gênée et pas gênée à la fois. Elles ont fait des compositions où il y avait une bonne part d'improvisation, de lousse, un peu comme le trio d'hier. Et encore une fois je reconnais un peu plus le jeu de Wendy Eisenberg. C'est une fine line l'univers des notes, de la musique où il y a principalement de notes et moins de bruits, toujours à un cheveu d'évoquer Beethoven, k.d.lang ou John Patitucci. À la guitare, on ajoute la géométrie du manche, les frettes, ce que la main humaine est capable de faire. En tout cas Eisenberg a trouvé sa façon d'être un peu en dehors de tout ça, sans avoir peur de montrer ses racines.

Vendredi 8 septembre

Je pense que le refus du CAC m'affecte plus que ce que je ne le voudrais. Je voudrais passer à un autre appel tout de suite. Je trouve ça assez frustrant de n'avoir droit à aucun retour, d'accepter que je ne saurai jamais pourquoi mon projet n'a pas passé. Ça me fait penser à mon premier cours du bacc. en composition avec le marâtre professeur John Rea. Il nous avait donné comme premier devoir write a beautiful melody et j'avais passé des heures là dessus à réfléchir à ce que voulait dire la beauté pour moi, à ce que voulait même dire « une mélodie », jusqu'où on peut pousser ça, un enchaînement de notes, ça se chante? j'avais essayé tellement d'affaires, et puis j'avais couché sur papier tsé mon magnum opus sur une ligne, presque remis en tremblant la plus belle mélodie que j'avais pu imaginer. Rea m'avait retourné mon papier avec la note D (mauvais), aucun commentaire et la demande de le refaire. Faut tu être une vidange! Je commençais l'université, j'étais dans un milieu de jeunes à qui on a servi Brahms au déjeuner depuis la plus tendre enfance pendant que chez moi c'était Ginette Reno et Jeff Filion, et malgré ça j'avais réussi à être accepté à McGill, j'avais développé une compréhension et surtout une vrai passion pour la musique contemporaine, expérimentale, et là il fallait écrire une beautiful melody et je n'avais aucune idée de ce que ça pouvait bien vouloir dire, dans le contexte, et surtout pour ce vieux con là. J'ai fini par comprendre que puisque c'était le cours de composition tonale, il fallait faire des pastiches de Mozart, Beethoven, etc. Ça n'a jamais été explicité, mais l'esthétique de cette époque là c'est : symétrie, simplicité de l'harmonie. Si je n'ai jamais eu de plaisir dans la classe de Rea, et dans aucune situation où j'ai été proche de cet immonde individu, au moins j'ai fini par pouvoir m'assoir dans son bureau, lui donner le plaisir de me faire sentir comme de la marde en personne, et repartir enfin avec un peu de feedback. Là le CAC c'est : des dizaines d'heures de travail, investissement émotif quand même, 6 mois d'attente, un refus dans une lettre générique, puis plus rien. Est-ce qu'il y avait une erreur dans mon budget? Est-ce que j'avais mal copié-collé un paragraphe? Est-ce que le jury a vraiment trouvé que le projet n'était pas intéressant? We'll never know! Et là je redépose sensiblement le même projet, juste à un autre jury, et il faut recréer l'enthousiasme et la fraîcheur alors que j'ai l'impression d'essayer de vendre quelque chose qu'un autre a brisé.

Aujourd'hui, je niaise je niaise je niase je niaise un lavage séchage étendage pliage vider le lave-vaisselle (ça y est, je ne lave plus jamais la vaisselle à la main) je me fais un deuxième café. Le speaker est en route, je vais enfin pouvoir écouter de la musique chez moi.

nouvelles lunettes de natation (devant) bien reçues, même marque même modèle, j'étais vraiment dû 


mercredi 6 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jour 36 sur 151

Mercredi 6 septembre

J'ai oublié de noter hier que la délégation a accepté de se procurer un speaker pour l'appartement. Je vais donc bientôt pouvoir écouter de la musique un peu plus fort, et même m'amplifier au besoin si je joue dans une situation où c'est préférable.

Aujourd'hui je me fais un horaire.

9 h en direction du très viral sur tik tok Popup Bagels NYC
achat minimum de 3 bagels et une schmear (mot emprunté directement du yiddish, donc de la tradition juive du bagel, sur lequel on étend, en anglais spread ou smear, en allemand schmieren, typiquement du fromage à la crème, ce que j'ai fait)

manger au Washington Square Parc en écrivant, en jasant sur mon cell, en observant les gens, et le temps file.

12 h prendre une heure pour lire les sites du CALQ et du CAC, à la recherche de :
- quoi faire avec mon projet qui vient d'être refusé
- sur quoi appliquer pour ma tournée novembre 2024
- les dates de tombées
pourquoi est-ce que les dates de tombées sont-elles si difficiles à trouver?! Ça dit qu'on peut déposer en tout temps, ok, mais dans les petits caractères on découvre que les demandes déposées après une telle date ne seront pas traitées avant 6 mois. Ça s'appelle une date de tombée ça.
Ça me gruge TELLEMENT d'énergie penser à des demandes de subvention, je sais pas comment les fameux « artistes subventionnés » (y en a-t-il tant que ça?) font pour faire ça saison après saison. Je me réserve 1,5 h là-dessus aujourd'hui, pas plus pas moins, comme une cuillerée de sirop pour la toux. Je suis déjà en retard de 20 minutes en publiant ceci. Et en retard de 53 minutes après avoir répondu à 3 emails que j'avais laissés en suspends depuis la mi-août concernant la tournée novembre 2024.

13 h 30 douche, pratique de violoncelle

16 h épicerie

18 h 30 me diriger vers la piscine, qui ouvre maintenant à 19 h, et nager jusqu'à 20 h

20 h 30 concert à The Stone

mardi 5 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jour 35 sur 151

Mardi 5 septembre

Je regarde les mitaines Louis Vuitton tous les jours. Ce serait une dépense folle, une dépense très Soho Manhattan New York, une preuve de l'envoûtement de la ville, un enflammement, transverbération. Mais pas encore. Je me suis quand même permis des lunettes de natation sur amazon, car les miennes sont complètement jaunies et laissent entrer l'eau — au « centre du monde », c'est la livraison sans frais en trois jours —, j'ai aussi acheté mon agenda Hobonichi pour 2024, car oui c'est au début septembre qu'il faut faire ça sinon il n'en reste plus, puis je me suis payé un petit médaillon de Lilith que je zieutais depuis plus d'un an, mais dont les frais d'expédition au Canada m'avaient toujours rebuté.

J'ai mon billet sur la guest list pour ce soir, spectacle de danse extérieur avec utilisation de basses fréquences et de panneaux de verre amplifiés à 19 h. Je crois que ça me donnera le temps d'aller voir un autre concert à 17 h. D'ici là, pratique de violoncelle? Il paraît qu'il fait 40°C en température ressentie à Québec! Ici, ouais ça va monter à 34°C avec 36°C en température ressentie vers 16 h.

5 septembre @ Thomas Erben Gallery, Chelsea Manhattan
duo [Michał Dymny (?), Shahzad Ismaily (?)]

5 septembre @ High Line, Chelsea Manhattan
Alexis Blake : Crack Nerve Boogie Swerve [Sofia Borges (panneaux de verre amplifiés), Marissa Brown (danse), Stefanie Egedy (basses fréquences), Kennedy Hill (danse), Hannah Seiden (danse), Leah Wilks (danse)]

lundi 4 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 32-33-34 sur 151

Samedi 2 septembre

Le site web principal que je consulte pour les concerts fonctionne par mois, c'est-à-dire que sur sa page sont affichés les concerts pour le mois seulement. Pas plus, pas moins. Donc le 31 août, je n'avais aucune idée de ce qui s'en venait pour les semaines à venir! Le 1er septembre j'ai lu en diagonale toute l'offre du mois qui commençait. Et le 2 septembre, j'ai pris un bon moment pour éplucher les trois prochaines semaines.

Puis j'ai été lire dans un café, dont j'ai appris qu'il s'agissait d'un projet de Hugh Jackman. Je ne pourrais pas dire qui c'est, mais je connais son nom, et le café était bon. Puis j'ai été nager. Puis je suis revenu.

Puis j'ai été voir un spectacle présenté par Relative Pitch Records, une étiquette de disque qui publie vraiment du bon stock et dont les publications régulières sur instagram donnent vraiment à voir le meilleur de ce qui se fait ici. Ici donc partout, on se sent vraiment au centre du monde à New York, j'y reviendrai sûrement, il y a moyen de sentir que tout le reste de la carte du monde est une banlieue insignifiante. Ceci dit, encore un concert vraiment solide, dans une salle où on était 10 personnes.

2 septembre @ Ibeam, Gowanus Brooklyn
duo [Sofia Borges (batterie), Signe Emmeluth (sax)]
quartet [Sofia Borges (batterie), Signe Emmeluth (sax), Brandon Lopez (contrebasse), James McKain (sax ténor)]

Ça y allait! Je suis arrivé passablement en retard, en partie parce que j'étais distrait en train de trouver à distance de l'hébergement pour Ingrid Laubrock de passage à Québec avant son concert à Rimouski, anecdote que j'ai racontée à son complice de longue date Brandon Lopez, ajouté à la dernière minute au concert. Vraiment impressionnant ce musicien. 

Dimanche 3 septembre

Est-ce ma journée de congé? Je pensais qu'on était samedi, que la veille avait été un vendredi. Je me suis levé et j'ai tout de suite été lire dans un café. Le soleil était déjà haut dans le ciel, il faudra éventuellement que j'arrête de m'en vouloir de ne pas me lever tôt quand mon occupation prioritaire est d'aller voir des concerts qui se terminent tard. Le soleil chauffait donc et j'essayais de me compresser sous le minuscule auvent. Sous quel angle se laisser emporter par New York aujourd'hui? Je vérifie que je ne vais pas manquer un concert qui aurait pu changer ma vie. Ok. Prendre un des traversiers qui entourent l'île? Une autre fois. Regarder les parcs, tous les parcs, tiens High Line, ça a l'air beau, 20-25 minutes de marche, go.

J'ai bien failli pogner un coup de chaleur, paysage peu ombragé au trajet ralenti par mille touristes, mais j'ai vu ce qu'il y avait à voir là. Un ancien rail de chemin de fer en hauteur, où la végétation croît grâce au hasard de graines transportées par les oiseaux il y a des dizaines d'années et au travail acharné de bénévoles, puis de développeurs. Aujourd'hui, une promenade bien aménagée, bien jolie, où on voit autant de l'ultramoderne tout en verre que du gentrifié générique ou des traces d'histoire bien vivante. Un moment, un vieux bloc appartement de 1934 au mur dangereusement effrité qui laisse poindre la brique, semble narguer ce bel immeuble tout en courbes complété en 2016 de l'architecte Zaha Hadid, juste avant qu'on arrive aux plus récents The Shed et Vessel (ils ont de la misère avec celui là, fermé au public).

De retour à l'appartement, repos, repos, un petit tour café lecture en début de soirée, puis une pratique de violoncelle jusqu'à 21 h. Toujours aucune communication avec le voisin d'en haut, dont j'entends le pas pressé et lourd pas mal tous les jours.

Lundi 4 septembre

J'ai essayé le lave-vaisselle. Ça m'aura pris un mois à plier. Une partie de moi a peur d'embarquer complètement dans le luxe, monter monter monter et que le retour à mon petit appartement de Québec soit un écrasement. Il y en a qui diront qu'un lave-vaisselle c'est la base, mais pour moi c'est loin, très loin des mes objectifs de vie; une question de choix, d'avoir trouvé un certain équilibre en diminuant les dépenses plutôt qu'en augmentant les revenus, bien que je travaille là-dessus aussi, et on voit que ça ne marche pas tout le temps, comme les demandes de subventions, par chance que j'organise mes flûtes, et donc l'absence de lave-vaisselle, pour ne pas compter là-dessus. Alors j'ai rempli le lave-vaisselle, il ne partait pas, j'ai cherché le bouton « start », j'ai écouté un tutoriel youtube de réparation de lave-vaisselle, je me suis demandé s'il n'était pas débranché, je n'ai pas trouvé la prise, je me suis imaginé vidant le lave-vaisselle et essayant de nettoyer le fond, je me suis imaginé demander aux gens de la délégation s'il y avait un problème avec le lave-vaisselle avant que j'arrive, j'ai imaginé leur surprise que j'aie fait la vaisselle à la main depuis un mois. Puis j'ai été étudier le panneau électrique, que j'avais dû fermer au complet l'autre fois quand il y a eu les chutes Niagara en pleine nuit dans la cage d'escalier. Une des switches que j'avais laissées fermées, car elle n'était pas identifiée, était juste sous une switch marquée « Kitchen ». Brrrr brrrr brrr et voilà le travail, c'était la switch du lave-vaisselle, je suis un vrai mécano.

J'utilise le lave-vaisselle. J'utilise l'ascenseur (juste pour monter, quand même, je descends encore par l'escalier). J'utilise l'air climatisé (je l'ai ouvert hier, retour de canicule, ça faisait plus d'une semaine que je n'y avais pas touché). Je profite donc, avec modération, de ce qui est à ma disposition maintenant, plutôt que de m'en empêcher pour prévenir quelque fictive dégringolade future.

Je me suis acheté encore deux billets pour des concerts de John Zorn  à venir. C'est maintenant où jamais. Le 21 septembre « Music for Strings » avec la pièce Sigil Magick qui est tout à fait dans ma talle, et une opérette pour deux violoncelles(?!). Le 16 novembre avec la grande soprano Barbara Hannigan que j'ai tellement regardée sur youtube, je ne peux pas manquer ça. 25$ du billet, plus les frais, plus le taux de change : total 79,55$ canadien. Pas trop de ça, pas trop.

J'ai une invitation, c'est à dire un billet gratuit, encore, pour aller cette fois à un show de danse avec un bon focus sur la musique, des basses fréquences qui font trembler tout le corps à ce qu'il paraît. C'est la percussionniste qui m'invite, on se connaît (à peine) de Berlin, elle va jouer des panneaux de vitre amplifiés. Demain ou après-demain.

Sinon, je commence à avoir envie de sortir dans un bar un soir. Pas pour un concert, juste un bar, queer si possible, avec de la musique pas trop désagréable pour moi. Je fais mes recherches, c'est plus compliqué que ça en a l'air.