mercredi 13 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 39-40-41-42-43 sur 151

J'ai un premier concert qui s'en vient! Ce sera bien modeste, le lundi 18 septembre devant un petit public au magasin de disques « Record Shop » à Red Hook, Brooklyn, et j'ai bien hâte. Je joue en trio avec des gens que je ne connais pas du tout, un contrebassiste (et mouvements?) et un corniste-vocaliste (et flûtes de bois?).

L'affiche élaborée par Sandy Ewen imite une boîte de réception gmail

Au cours des derniers jours, j'ai repris le travail sur mon projet de petite tournée en novembre 2024 (des emails, des emails, du stress, de la pression, des mini-succès, des mini-déceptions, de l'attente), sur mon vinyle à venir (édition de maquettes pour le matriçage, des emails pour confirmation de coûts, choix de la compagnie avec qui faire affaire pour le pressing) et sur mon aller-retour à Rimouski le mois prochain (essayer de trouver un violoncelle local, appel à la réceptionniste de l'école de musique du Bas-Saint-Laurent aka la personne la plus incompétente à qui j'ai parlé depuis longtemps, messages à deux violoncellistes locaux sans succès, check la page de amigo express régulièrement car les covoiturages d'octobre commencent à sortir).

Samedi 9 septembre

Ce soir là j'ai été voir une légende vivante, Roscoe Mitchell, saxophoniste, 83 ans. De combien de légendes vivantes n'ai-je jamais entendu la musique encore? De combien de légendes tout court? Il faudrait que j'écoute de la musique 24 h sur 24 en rattrapage il me semble. Mais ce n'est pas l'idée. Les hasards de se faire présenter des gens, leur musique; se faire présenter des musiques, leurs gens. Roscoe Mitchell jouait en duo avec John McCowen à la clarinette contrebasse. Du funambulisme leur affaire, toujours sur le bord de tomber, toujours repris de mains de maîtres. Le tout dans une église gothique à l'humidité et la chaleur étouffantes, dont les fenêtres n'ont pas dû être ouvertes depuis sa construction en 1844. J'exagère. L'organisation a distribué des petits éventails à tout le monde, et l'auditoire s'est transformé en champ de papillons géants.

9 septembre @ First Unitarian, Brooklyn Heights Brooklyn
présentation de ISSUE
Beam Splitter [Audrey Chen (voix, synthétiseur), Henrik Munkeby Nørstebø (trombone, électroniques)]
duo [Roscoe Mitchell (saxophone basse, saxophone sopranino), John McCowen (clarinette contrebasse, flûte à bec) 

En première partie, l'artiste que j'étais venu voir : Audrey Chen. Anciennement violoncelliste, maintenant vocaliste. Virtuose vocaliste. Elle a sa propre avenue, son propre boulevard à elle toute seule dans l'univers des gens qui font de la musique avec leur face et leurs cordes vocales. Elle jouait sous le nom Beam Splitter, duo avec un tromboniste absolument incroyable. Leur musique joue avec l'amplification très forte de sons qui autrement seraient peu audibles. On se sent comme à l'intérieur du trombone, à l'intérieur de la bouche, et ça prend aux tripes, quand même. J'écoute leur plus récent disque en écrivant ceci, et je confirme que ça ressemble très bien à ce que j'ai vu en concert, sauf un détail fort étonnant : les durées des pièces. Sur disque, Beam Splitter propose des petites vignettes de moins de 2 minutes, puis une longue pièce de 22 min (je reconnais bien ce chiffre, la limite poussée à bout de ce que peut prendre un côté de disque vinyle), alors qu'en concert ç'a été une longue plage de 45 minutes, en constante évolution. Gros show. Audrey Chen est vraiment épeurante, dans le bon sens. Son disque Jitter avec son trio Mopcut est dans mon panthéon personnel des meilleurs albums jamais entendus.

Dimanche 10 septembre

Rien à signaler en ce dimanche 10 septembre. J'avais prévu aller voir un concert extérieur en après-midi, mais il a été annulé à cause de la pluie. Je vois dans mes dépenses que j'ai été prendre un café avec une chocolatine, ah oui, ça me revient, pas toutes les journées se doivent d'être exceptionnelles. Puis j'ai fait une bonne pratique de violoncelle, accompagné du nouveau speaker enfin.

Lundi 11 septembre

Je me suis permis une rare sortie au restaurant, tiens. Je n'avais plus rien à déjeuner alors je me suis payé une crêpe ricotta, épinards au Cafe Reggio pas très loin d'ici. J'en ai profité pour lire Proust, mais aussi envoyer plusieurs messages de travail à ma petite table et lire quelques pages des sites du CALQ et CAC en marchant sur le chemin du retour avec un arrêt à l'épicerie. Il me semble que j'ai travaillé et tourné en rond toute la journée après ça. Bien des gens font ça au bureau je suppose.

Début de la session de yoga ce soir là, qui aura maintenant lieu les lundis de 19 h à 20 h. Un peu flush pour la vie d'amateur de concerts. Je voulais aller voir Ingrid Laubrock justement, en duo avec des électroniques, mais c'était 25$ et c'était à 20 h (ouverture des portes à 19 h) à Roulette, cette salle où j'étais arrivé 30 minutes à l'avance l'autre fois par erreur, et où j'avais été étonné de voir une longue file commencer à entrer. J'ai choisi le yoga pour cette fois. Pas de concert. Sortir du yoga à la noirceur à 20 h plutôt qu'à 19 h — la classe était une heure plus tôt cet été — m'a donné un feeling d'automne.


Ma vue en sortant du yoga à Stuyvesant High School

Je n'ai assisté à rien de spécial en ce 11 septembre, mais le très beau Tribute in Light du 9/11 Memorial a accompagné ma marche du retour. Un bel hommage bien sobre alors que les tours jumelles revivent chaque année pour quelques heures sous forme de faisceaux de lumière blanche jusque dans le ciel. Sur la photo, on dirait qu'un seul faisceau sort d'un petit gratte-ciel, mais c'est une illusion, en tournant plus loin, on voyait bien les deux faisceaux partant du sol.

Mardi 12 septembre

L'horaire de la piscine a aussi changé depuis la rentrée. En semaine, ouverture à 19 h, que j'ai fini par skipper car le temps passait vite et j'ai préféré aller à ce concert en plusieurs parties.

12 septembre @ Downtown Music Gallery, Chinatown Manhattan
Flip City [David Aaron (sax), Dave Gould (batterie), Nick Panoutsos (contrebasse)]
trio [Jon Elbaz (piano électronique), Aidan O'Connell (contrebasse), Brandon Terzakis (batterie)]
Steve Baczkowski (solo sax)

Le set de Steve Baczkowski était incroyable. J'ai jasé un peu avec Bruce, le propriétaire de Downtown Music Gallery. Un vrai passionné, il n'a manqué aucune édition du FIMAV depuis 1987, il organise des concerts tous les mardis à son magasin, pas de prix d'entrée, de 18 h 30 à 22 h 30, il connaît tout le monde, toutes les étiquettes de disques, je le croise aussi à The Stone et à d'autres concerts en ville. Un personnage, un pilier.

Mercredi 13 septembre

C'est aujourd'hui ça. Le soleil est revenu. Plan du jour réaliste : écrire ceci, écrire un document de directives pour le matriçage de mon vinyle à venir, pratique de violoncelle, natation en soirée.

vendredi 8 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 37-38 sur 151

Finalement mon plan de mercredi n'était pas réaliste. Après les 53 minutes de retard sur mon plongeon du midi dans le site du CALQ, je me suis connecté et j'ai commencé une demande de subvention (recyclage de celle qui vient d'être refusée). J'ai passé une demi-heure là dessus à trouver le bon titre et le bon résumé, utilisant tous les caractères disponibles. Ça m'a épuisé, et au lieu de faire le bel après-midi productif prévu, j'ai dû niaiser sur internet, écouter des vidéos drôles qui n'impliquent rien de l'intellect. Et j'ai fini par me secouer vers 16 h, fait une pratique de violoncelle très satisfaisante, été nager pour 19 h et j'ai pu arriver à temps pour un très bon concert à 20 h 30. Journée sauvée.

6 septembre @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
trio [Wendy Eisenberg (guitare électrique, voix), Ryan Sawyer (batterie, voix), Lester St. Louis (violoncelle)]

C'est bien de revoir un concert une deuxième fois, dans un contexte différent, c'est rare que ça se produit. J'avais vu ce trio il y a une semaine, dans une salle où on les avait amplifiés comme un groupe de indie rock des années 2010 : gros bass drum, guitare léchée, violoncelle bien en arrière. À The Stone, presque pas d'amplification sauf l'ampli de Wendy Eisenberg sur scène (très fort, à la new-yorkaise), ça donnait sec mettons. Et le trio a donné presque le même show les deux fois, quelques pièces qui s'enchaînent sur une heure. Wendy Eisenberg amène une influence indie folk à son jeu sinon assez free, atonal, un peu free jazz. Presque pas d'effet, malgré le pedal board avec son nom dessus.

Jeudi 7 septembre

Mon plan de la veille ayant échoué, j'ai décidé de le reprendre en partie. En commençant par plier du linge qui traînait sur le rack depuis quelques jours, puis l'épicerie mon activité préférée (sarcasme). Avec la canicule, il fallait être stratégique et éviter le soleil direct à tout prix en revenant! Puis j'ai dîner, un peu de niaisage internet, un peu de lecture au café pas loin, une excellente pratique de violoncelle, retour à la nage pour 19 h et retour à un autre concert à 20 h 30.

7 septembre @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
duo [Caroline Davis (sax, voix), Wendy Eisenberg (guitare électrique, voix)]

Première fois que je voyais ou même entendais Caroline Davis. J'ai vraiment aimé son approche un peu off quand ça lui tente, hyper technique si ça lui tente, très fort, très doux, puis la voix aussi comme gênée et pas gênée à la fois. Elles ont fait des compositions où il y avait une bonne part d'improvisation, de lousse, un peu comme le trio d'hier. Et encore une fois je reconnais un peu plus le jeu de Wendy Eisenberg. C'est une fine line l'univers des notes, de la musique où il y a principalement de notes et moins de bruits, toujours à un cheveu d'évoquer Beethoven, k.d.lang ou John Patitucci. À la guitare, on ajoute la géométrie du manche, les frettes, ce que la main humaine est capable de faire. En tout cas Eisenberg a trouvé sa façon d'être un peu en dehors de tout ça, sans avoir peur de montrer ses racines.

Vendredi 8 septembre

Je pense que le refus du CAC m'affecte plus que ce que je ne le voudrais. Je voudrais passer à un autre appel tout de suite. Je trouve ça assez frustrant de n'avoir droit à aucun retour, d'accepter que je ne saurai jamais pourquoi mon projet n'a pas passé. Ça me fait penser à mon premier cours du bacc. en composition avec le marâtre professeur John Rea. Il nous avait donné comme premier devoir write a beautiful melody et j'avais passé des heures là dessus à réfléchir à ce que voulait dire la beauté pour moi, à ce que voulait même dire « une mélodie », jusqu'où on peut pousser ça, un enchaînement de notes, ça se chante? j'avais essayé tellement d'affaires, et puis j'avais couché sur papier tsé mon magnum opus sur une ligne, presque remis en tremblant la plus belle mélodie que j'avais pu imaginer. Rea m'avait retourné mon papier avec la note D (mauvais), aucun commentaire et la demande de le refaire. Faut tu être une vidange! Je commençais l'université, j'étais dans un milieu de jeunes à qui on a servi Brahms au déjeuner depuis la plus tendre enfance pendant que chez moi c'était Ginette Reno et Jeff Filion, et malgré ça j'avais réussi à être accepté à McGill, j'avais développé une compréhension et surtout une vrai passion pour la musique contemporaine, expérimentale, et là il fallait écrire une beautiful melody et je n'avais aucune idée de ce que ça pouvait bien vouloir dire, dans le contexte, et surtout pour ce vieux con là. J'ai fini par comprendre que puisque c'était le cours de composition tonale, il fallait faire des pastiches de Mozart, Beethoven, etc. Ça n'a jamais été explicité, mais l'esthétique de cette époque là c'est : symétrie, simplicité de l'harmonie. Si je n'ai jamais eu de plaisir dans la classe de Rea, et dans aucune situation où j'ai été proche de cet immonde individu, au moins j'ai fini par pouvoir m'assoir dans son bureau, lui donner le plaisir de me faire sentir comme de la marde en personne, et repartir enfin avec un peu de feedback. Là le CAC c'est : des dizaines d'heures de travail, investissement émotif quand même, 6 mois d'attente, un refus dans une lettre générique, puis plus rien. Est-ce qu'il y avait une erreur dans mon budget? Est-ce que j'avais mal copié-collé un paragraphe? Est-ce que le jury a vraiment trouvé que le projet n'était pas intéressant? We'll never know! Et là je redépose sensiblement le même projet, juste à un autre jury, et il faut recréer l'enthousiasme et la fraîcheur alors que j'ai l'impression d'essayer de vendre quelque chose qu'un autre a brisé.

Aujourd'hui, je niaise je niaise je niase je niaise un lavage séchage étendage pliage vider le lave-vaisselle (ça y est, je ne lave plus jamais la vaisselle à la main) je me fais un deuxième café. Le speaker est en route, je vais enfin pouvoir écouter de la musique chez moi.

nouvelles lunettes de natation (devant) bien reçues, même marque même modèle, j'étais vraiment dû 


mercredi 6 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jour 36 sur 151

Mercredi 6 septembre

J'ai oublié de noter hier que la délégation a accepté de se procurer un speaker pour l'appartement. Je vais donc bientôt pouvoir écouter de la musique un peu plus fort, et même m'amplifier au besoin si je joue dans une situation où c'est préférable.

Aujourd'hui je me fais un horaire.

9 h en direction du très viral sur tik tok Popup Bagels NYC
achat minimum de 3 bagels et une schmear (mot emprunté directement du yiddish, donc de la tradition juive du bagel, sur lequel on étend, en anglais spread ou smear, en allemand schmieren, typiquement du fromage à la crème, ce que j'ai fait)

manger au Washington Square Parc en écrivant, en jasant sur mon cell, en observant les gens, et le temps file.

12 h prendre une heure pour lire les sites du CALQ et du CAC, à la recherche de :
- quoi faire avec mon projet qui vient d'être refusé
- sur quoi appliquer pour ma tournée novembre 2024
- les dates de tombées
pourquoi est-ce que les dates de tombées sont-elles si difficiles à trouver?! Ça dit qu'on peut déposer en tout temps, ok, mais dans les petits caractères on découvre que les demandes déposées après une telle date ne seront pas traitées avant 6 mois. Ça s'appelle une date de tombée ça.
Ça me gruge TELLEMENT d'énergie penser à des demandes de subvention, je sais pas comment les fameux « artistes subventionnés » (y en a-t-il tant que ça?) font pour faire ça saison après saison. Je me réserve 1,5 h là-dessus aujourd'hui, pas plus pas moins, comme une cuillerée de sirop pour la toux. Je suis déjà en retard de 20 minutes en publiant ceci. Et en retard de 53 minutes après avoir répondu à 3 emails que j'avais laissés en suspends depuis la mi-août concernant la tournée novembre 2024.

13 h 30 douche, pratique de violoncelle

16 h épicerie

18 h 30 me diriger vers la piscine, qui ouvre maintenant à 19 h, et nager jusqu'à 20 h

20 h 30 concert à The Stone

mardi 5 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jour 35 sur 151

Mardi 5 septembre

Je regarde les mitaines Louis Vuitton tous les jours. Ce serait une dépense folle, une dépense très Soho Manhattan New York, une preuve de l'envoûtement de la ville, un enflammement, transverbération. Mais pas encore. Je me suis quand même permis des lunettes de natation sur amazon, car les miennes sont complètement jaunies et laissent entrer l'eau — au « centre du monde », c'est la livraison sans frais en trois jours —, j'ai aussi acheté mon agenda Hobonichi pour 2024, car oui c'est au début septembre qu'il faut faire ça sinon il n'en reste plus, puis je me suis payé un petit médaillon de Lilith que je zieutais depuis plus d'un an, mais dont les frais d'expédition au Canada m'avaient toujours rebuté.

J'ai mon billet sur la guest list pour ce soir, spectacle de danse extérieur avec utilisation de basses fréquences et de panneaux de verre amplifiés à 19 h. Je crois que ça me donnera le temps d'aller voir un autre concert à 17 h. D'ici là, pratique de violoncelle? Il paraît qu'il fait 40°C en température ressentie à Québec! Ici, ouais ça va monter à 34°C avec 36°C en température ressentie vers 16 h.

5 septembre @ Thomas Erben Gallery, Chelsea Manhattan
duo [Michał Dymny (?), Shahzad Ismaily (?)]

5 septembre @ High Line, Chelsea Manhattan
Alexis Blake : Crack Nerve Boogie Swerve [Sofia Borges (panneaux de verre amplifiés), Marissa Brown (danse), Stefanie Egedy (basses fréquences), Kennedy Hill (danse), Hannah Seiden (danse), Leah Wilks (danse)]

lundi 4 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 32-33-34 sur 151

Samedi 2 septembre

Le site web principal que je consulte pour les concerts fonctionne par mois, c'est-à-dire que sur sa page sont affichés les concerts pour le mois seulement. Pas plus, pas moins. Donc le 31 août, je n'avais aucune idée de ce qui s'en venait pour les semaines à venir! Le 1er septembre j'ai lu en diagonale toute l'offre du mois qui commençait. Et le 2 septembre, j'ai pris un bon moment pour éplucher les trois prochaines semaines.

Puis j'ai été lire dans un café, dont j'ai appris qu'il s'agissait d'un projet de Hugh Jackman. Je ne pourrais pas dire qui c'est, mais je connais son nom, et le café était bon. Puis j'ai été nager. Puis je suis revenu.

Puis j'ai été voir un spectacle présenté par Relative Pitch Records, une étiquette de disque qui publie vraiment du bon stock et dont les publications régulières sur instagram donnent vraiment à voir le meilleur de ce qui se fait ici. Ici donc partout, on se sent vraiment au centre du monde à New York, j'y reviendrai sûrement, il y a moyen de sentir que tout le reste de la carte du monde est une banlieue insignifiante. Ceci dit, encore un concert vraiment solide, dans une salle où on était 10 personnes.

2 septembre @ Ibeam, Gowanus Brooklyn
duo [Sofia Borges (batterie), Signe Emmeluth (sax)]
quartet [Sofia Borges (batterie), Signe Emmeluth (sax), Brandon Lopez (contrebasse), James McKain (sax ténor)]

Ça y allait! Je suis arrivé passablement en retard, en partie parce que j'étais distrait en train de trouver à distance de l'hébergement pour Ingrid Laubrock de passage à Québec avant son concert à Rimouski, anecdote que j'ai racontée à son complice de longue date Brandon Lopez, ajouté à la dernière minute au concert. Vraiment impressionnant ce musicien. 

Dimanche 3 septembre

Est-ce ma journée de congé? Je pensais qu'on était samedi, que la veille avait été un vendredi. Je me suis levé et j'ai tout de suite été lire dans un café. Le soleil était déjà haut dans le ciel, il faudra éventuellement que j'arrête de m'en vouloir de ne pas me lever tôt quand mon occupation prioritaire est d'aller voir des concerts qui se terminent tard. Le soleil chauffait donc et j'essayais de me compresser sous le minuscule auvent. Sous quel angle se laisser emporter par New York aujourd'hui? Je vérifie que je ne vais pas manquer un concert qui aurait pu changer ma vie. Ok. Prendre un des traversiers qui entourent l'île? Une autre fois. Regarder les parcs, tous les parcs, tiens High Line, ça a l'air beau, 20-25 minutes de marche, go.

J'ai bien failli pogner un coup de chaleur, paysage peu ombragé au trajet ralenti par mille touristes, mais j'ai vu ce qu'il y avait à voir là. Un ancien rail de chemin de fer en hauteur, où la végétation croît grâce au hasard de graines transportées par les oiseaux il y a des dizaines d'années et au travail acharné de bénévoles, puis de développeurs. Aujourd'hui, une promenade bien aménagée, bien jolie, où on voit autant de l'ultramoderne tout en verre que du gentrifié générique ou des traces d'histoire bien vivante. Un moment, un vieux bloc appartement de 1934 au mur dangereusement effrité qui laisse poindre la brique, semble narguer ce bel immeuble tout en courbes complété en 2016 de l'architecte Zaha Hadid, juste avant qu'on arrive aux plus récents The Shed et Vessel (ils ont de la misère avec celui là, fermé au public).

De retour à l'appartement, repos, repos, un petit tour café lecture en début de soirée, puis une pratique de violoncelle jusqu'à 21 h. Toujours aucune communication avec le voisin d'en haut, dont j'entends le pas pressé et lourd pas mal tous les jours.

Lundi 4 septembre

J'ai essayé le lave-vaisselle. Ça m'aura pris un mois à plier. Une partie de moi a peur d'embarquer complètement dans le luxe, monter monter monter et que le retour à mon petit appartement de Québec soit un écrasement. Il y en a qui diront qu'un lave-vaisselle c'est la base, mais pour moi c'est loin, très loin des mes objectifs de vie; une question de choix, d'avoir trouvé un certain équilibre en diminuant les dépenses plutôt qu'en augmentant les revenus, bien que je travaille là-dessus aussi, et on voit que ça ne marche pas tout le temps, comme les demandes de subventions, par chance que j'organise mes flûtes, et donc l'absence de lave-vaisselle, pour ne pas compter là-dessus. Alors j'ai rempli le lave-vaisselle, il ne partait pas, j'ai cherché le bouton « start », j'ai écouté un tutoriel youtube de réparation de lave-vaisselle, je me suis demandé s'il n'était pas débranché, je n'ai pas trouvé la prise, je me suis imaginé vidant le lave-vaisselle et essayant de nettoyer le fond, je me suis imaginé demander aux gens de la délégation s'il y avait un problème avec le lave-vaisselle avant que j'arrive, j'ai imaginé leur surprise que j'aie fait la vaisselle à la main depuis un mois. Puis j'ai été étudier le panneau électrique, que j'avais dû fermer au complet l'autre fois quand il y a eu les chutes Niagara en pleine nuit dans la cage d'escalier. Une des switches que j'avais laissées fermées, car elle n'était pas identifiée, était juste sous une switch marquée « Kitchen ». Brrrr brrrr brrr et voilà le travail, c'était la switch du lave-vaisselle, je suis un vrai mécano.

J'utilise le lave-vaisselle. J'utilise l'ascenseur (juste pour monter, quand même, je descends encore par l'escalier). J'utilise l'air climatisé (je l'ai ouvert hier, retour de canicule, ça faisait plus d'une semaine que je n'y avais pas touché). Je profite donc, avec modération, de ce qui est à ma disposition maintenant, plutôt que de m'en empêcher pour prévenir quelque fictive dégringolade future.

Je me suis acheté encore deux billets pour des concerts de John Zorn  à venir. C'est maintenant où jamais. Le 21 septembre « Music for Strings » avec la pièce Sigil Magick qui est tout à fait dans ma talle, et une opérette pour deux violoncelles(?!). Le 16 novembre avec la grande soprano Barbara Hannigan que j'ai tellement regardée sur youtube, je ne peux pas manquer ça. 25$ du billet, plus les frais, plus le taux de change : total 79,55$ canadien. Pas trop de ça, pas trop.

J'ai une invitation, c'est à dire un billet gratuit, encore, pour aller cette fois à un show de danse avec un bon focus sur la musique, des basses fréquences qui font trembler tout le corps à ce qu'il paraît. C'est la percussionniste qui m'invite, on se connaît (à peine) de Berlin, elle va jouer des panneaux de vitre amplifiés. Demain ou après-demain.

Sinon, je commence à avoir envie de sortir dans un bar un soir. Pas pour un concert, juste un bar, queer si possible, avec de la musique pas trop désagréable pour moi. Je fais mes recherches, c'est plus compliqué que ça en a l'air.

vendredi 1 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jour 31 sur 151

Finalement j'ai été voir deux concerts hier.

31 août @ Fotografiska Museum, Gramercy Manhattan
Lynn Ligammari trio [Lynn Ligammari (sax ténor), ?? (contrebasse), ?? (batterie)]

Je ne trouve plus nulle part les noms des autres musiciens, un peu poche quand même. La musique était très conventionnelle, du jazz de hall d'entrée, très bien joué, la saxophoniste sonnait bien et improvisait bien, mais tu voyais que c'était une gig safe, fallait pas jouer trop fort, les gens étaient là pour le verre de vin. En tout cas je pense. Le contrebassiste avait l'air vraiment bon, mais il n'avait même pas pris la peine d'apporter son ampli alors on devinait plus qu'on entendait clairement ce qu'il faisait. Le concert était supposé d'être en deux parties, avec une vibraphoniste solo pour complémenter le trio, mais elle avait dû se désister, comme je l'avais supposé hier.

En tout cas ça m'a donné envie d'aller voir ce qui se passait à The Stone à la place, à quelques minutes de marches en passant par Union Square (je commence à mieux me repérer dans la ville) et je n'ai pas été déçu.

31 août @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
Live Low to the Earth in the Iron Age [Mir Naqibul Islam (tabla), Shahzad Ismaily (guitare électrique), Eyvind Kang (viole d’amour)]

Euh wow. C'est le projet de Eyvind Kang, un altiste collaborateur régulier de John Zorn, Bill Frisell, mais aussi quelqu'un qui a joué avec Sunn O))), Mr. Bungle, fait les arrangements pour Blonde Redhead, etc. Trois musiciens sur scène assis par terre, Eyvind Kang arrive en disant genre ne faites pas attention à nous, on va s'accorder pendant un moment. Et en effet, sa viole d'amour a je ne sais pas combien de cordes, il met un shruti box virtuel sur son cell et tous les trois s'accordent lentement, à l'oreille. Tellement charismatiques, Shahzad Ismaily en particulier joue sur une belle jazzmaster blanche bien usée et a tout l'air d'un gourou bienheureux, avec son crâne particulier et son air relax et souriant.

Ils ont joué quatre pièces, mais la deuxième a fait pas mal tout le concert, elle a dû durer près d'une heure. Ça a commencé par une intro à la guitare seule, qui semblait sortir directement d'un vieil album de Mogwai ou Slint. Très lent, très simple. Puis la viole d'amour est entrée et j'ai rarement vu autant de virtuosité dans la retenue. Le gars a du contrôle d'archet pour tout le monde dans la salle réuni. Aucun vibrato, son jeu est souple, que de longues notes tenues, et il joue tellement juste c'est incroyable. Il n'a rien à prouver à personne. Puis à mesure que les tablas embarquent on est quelque part en Inde dans une tradition musicale qui m'échappe. Ça m'a vraiment rappelé les disques de Yehudi Menuhin avec Ravi Shankar. Et référer à ça finit de montrer mon manque de culture à ce niveau. Quel concert!

Vendredi 1er septembre

Aujourd'hui, je magasine un speaker bluetooth. Je niaise en masse dans l'appart, je fais un lavage, la vaisselle, laver la poubelle. Ce soir je suis sur la guest list pour un concert. Oh que oui! J'adore être sur la guest list. D'ici là, je vais aller lire un peu, me faire une batch de rotini pour souper. La température commence à baisser, je traîne mon coton ouaté ce soir.

1er septembre @ Public Records Sound Room, Gowanus Brooklyn
Darlin’ [Wendy Eisenberg (guitare électrique), Lester St. Louis (violoncelle), Ryan Sawyer (batterie)]
Amirtha Kidambi’s Elder Ones [Alfredo Colón (sax ténor, électroniques), Amirtha Kidambi (voix), , Jason Nazary (batterie), Matt Nelson (sax soprano), Lester St. Louis (contrebasse, violoncelle)]

Le centre communautaire où je vais nager et où je fais mon yoga vient de sortir l'horaire d'automne. Ils offrent, inclus dans le membership que j'ai déjà payé, des cours de natation et du tai chi! Eh bien, ça serait l'occasion d'essayer ça, j'y pense.

jeudi 31 août 2023

studio du Québec à NYC : jours 28-29-30 sur 151

C'est peut-être une évidence, mais je réalise qu'aller voir des concerts est une partie de mon travail. Ce n'est pas parce que c'est agréable que ce n'est pas du travail. Ce n'est pas parce que j'ai envie de le faire que ce n'est pas du travail. Quand je pense au « travail » pourtant, pour moi c'est nécessairement une des deux catégories suivantes : nuisance ou musicien live. La catégorie nuisance a primé pendant mes 20 premières années d'emploi, le travail dans ce cas est quelque chose que je ne ferais pas autrement que pour l'argent, quelque chose qui empêche de faire ce qui est important pour moi : faire la potiche à l'accueil « bonjour, oui la conférence est au 2e étage à droite », faire du crissing (papier 1, papier 2, coupon, cocarde, reçu de paiement, crisser dans l'enveloppe, mettre l'étiquette générée avec un macro Excel sur l'enveloppe, mettre le timbre, mettre sur la pile, recommencer), corriger 150 examens et travaux d'élèves entre le 24 et le 27 décembre, « bonjour, oui on fait une étude aujourd'hui sur les habitudes des... », etc. Pas surprenant dans ce cas que j'aie de la misère à considérer la musique comme un travail. Mais la musique live est manifestement du travail, puisqu'elle vient avec un chèque de paye, un montant que je mets dans mes impôts sous la catégorie travail. Et quand il n'y a pas de paye comme ça arrive souvent, l'analogie avec les fois où il y avait une paye est tellement directe que oui, pour moi ça compte comme du travail, dans la catégorie du travail qui me tente.

Je m'entends chercher les aspects de l'activité « aller au concert » qui me sont désagréables, pour que ça compte comme du travail, pour que l'occupation « travail » y colle mieux. Car mon axiomatique évolue bien lentement; quand d'emblée je dis que le travail peut être une chose agréable, on voit que je n'y crois pas vraiment au-delà de la théorie. Delà de la. Il faut s'y rendre, au concert, et ça pourrait être désagréable, mais j'apprécie la plupart du temps le déplacement, un effort oui, épreuve parfois insurmontable je l'avoue, surtout partant du divan, mais une excuse parfaite pour bouger et, quand je suis dans une autre ville, voir des endroits en chemin que je n'aurais pas vu autrement. Christophe Colomb dirait « découvrir », ou peut-être quelque chose comme « descouvroyer », confirmant en tout cas qu'il porte bien son nom. Le concert est parfois mauvais où trop fort, et là je reste car on ne sait jamais ce qui peut se passer après 45 min de sauce brune, je reste parfois par politesse aussi. Persévérer dans l'insupportable, voilà une bonne caractéristique, un classique du monde du travail. Axiomatique, légitime. Enfin — car tout ce qui précède n'est vraiment qu'une introduction — la partie la plus difficile d'aller voir un concert, quand on finit par admettre que ça fait partie de son travail, c'est d'être vu et de se présenter. Et ça, ça ça tire du jus. Je ne suis pas si gêné ni maladivement introverti, mais aller briser la glace à un·e musicien·ne après son set, honnêtement ça me répugne un peu. La personne converse avec ses ami·es et je dois attendre, un peu de côté, comme si de rien n'était, n'ayant pas du tout l'air mal à l'aise même si je suis seul dans ma gang quand tous les autres sont en petits groupe, je dois attendre la bonne fenêtre d'opportunité pour placer mon « heyyyy nice set » qui sonne tellement cheap, mon « thanks for the music » pendant lequel je m'imagine avec de grands yeux avec des étincelles comme un personnage dans un anime, ou mon ridicule « that was amazing »; je suis la NASA et je calcule les mouvements du ciel avant de lancer ma sonde spatiale Opportunity, et comme elle, j'attends ensuite de savoir si j'ai atteint mon objectif. Au contraire d'une expédition scientifique par contre, l'objectif de mon alunissage, de mon amarsissage, n'est pas précis. 25 ans de small talk de covoiturage avec des inconnu·es s'ajoutent donc à toutes mes connaissances sur le milieu de la musique improvisée pour générer un bout de conversation et, idéalement, placer « Rémy Bélanger de Beauport », puis « cello » avant de pouvoir partir, soulagé. The eagle has landed.

Ça fait donc près d'un mois que je travaille tous les jours, c'est ça que je voulais dire. Il me faut ralentir la cadence, juste un tout petit peu, pour tenir jusqu'au bout. Prévoir une première journée de congé, où je ne toucherai pas à mon email et où je n'irai pas voir un concert en lien avec ma vie de musicien. Tiens, un synonyme intéressant, « vie » au lieu de « travail ». Prendre un congé de sa vie un instant, pour mieux y revenir.

Alors ce lundi 28 août, après une journée passée à mixer mes super duos avec Kwami Winfield (travail, j'admets), j'ai été au yoga de 18 h puis j'ai pris une longue marche sur le bord de l'eau, au hasard, remontant par le Financial District. Passer par hasard par Wall Street, la fameuse, c'est un autre feeling que se rendre compte qu'on est sur la rue Arago Est, mettons.

Mardi 29 août

La déception. Une des parties du travail de musicien qui me dérange le plus est l'écriture de demandes de subventions. Ça m'écœure au point que j'ai de la misère à ouvrir les pages web du CAC et du CALQ. Pour mon projet de série de concerts en novembre 2024, je dois chercher les dates limites des dépôts. En fait, je dois tout d'abord lire sur les différents programmes pour savoir dans quoi appliquer. Ça fait des mois que c'est sur ma liste de choses à faire; des mois pendant lesquels j'ai lu d'une part des centaines et des centaines de pages bien plus ambitieuses de Proust, et d'autre part des centaines et des centaines de descriptions beaucoup plus insipides du côté de tinder. Introduction : établir à quel point ça me mets sans connaissance juste la pensée de la demande de subvention, check.

La déception donc, à 9 h 56 le mardi 29 août, quand j'ai su que ma demande de subvention déposée le 5 avril 2023 à 21 h 40 avait été refusée. 6 mois d'attente. Fuck. Tout le travail derrière ça. Surtout, avoir eu à déranger 9 musicien·nes incroyables pour leur quêter des lettres d'appui, lettres d'intérêt, textes de bio. Puis toutes les journées passées à vivre de café les yeux et l'esprit saturés de mon texte. Les extraits sonores, vidéo créés spécialement pour bien expliquer au jury. Les bouts de partitions, se vendre, montrer que ma démarche va au-delà de..., s'inscrit dans..., permet à... Et surtout l'odieux d'une obligation de rêver. Les demandes de subventions demandent des dates, des échéanciers, il faut se projeter dans l'avenir, il faut y croire. Et immanquablement, on finit par y croire. On finit par déroger à la raisonnable « vie sans espoir » qui permettrait d'avancer et de recevoir les bonnes nouvelles pour des bonnes nouvelles plutôt que des confirmations banales, et les mauvaises nouvelles comme des jambettes inconséquentes plutôt que de véritables échecs. La demande de subvention, quand elle demande de montrer que notre projet est viable, réalisable, quand elle exige jusqu'aux dates et horaires de répétition, force l'espoir. Et plus l'espoir est grand, plus ça fait chier de se le faire refuser.

La déception, mais ç'a déjà été pire. On dit que les refus c'est normal et c'est vrai, c'est statistiquement vrai. On dit que les refus on s'y habitue et c'est faux, mais j'ai déjà été plus démoli que ça, j'ai déjà eu moins de contrôle sur le vertigineux de mes espoirs.

La déception. Il faudra écrire à toustes les collaborateur·ices pour leur annoncer, avec juste la bonne dose de « ça va bien aller », de déception bien sentie mais pas trop, de « on continue », que le projet n'a pas passé et que les heures de travail qu'iels m'ont accordé ne seront pas payées. Pas pour l'instant.

Car la déception, c'est aussi une déception prospective. Quelle suite donner? Il faudra revenir sur les lieux du trauma, repasser par les mêmes chemins, les mêmes épreuves et étapes qui ont abouti à l'échec la fois précédente. Reprendre espoir, être sincère sinon le jury va s'en rendre compte. Évidemment, trouver un moyen de redéposer une demande de subvention pour le même projet, mais peut-être sous un autre aspect, à un autre organisme, dans un autre programme, etc. La première étape : récolter les commentaires du jury parce qu'à date tout ce que j'ai c'est un générique « Bien que votre demande ait obtenu la note minimale dans chacune des catégories d'évaluation, elle n’a pas obtenu une note assez élevée pour recevoir une subvention. » Et, plus loin « Nous ne sommes pas en mesure de fournir une rétroaction sur les demandes de subvention antérieures. » Depuis quand? Il me semblait que c'était la base.

Cuver la déception. M'asseoir sur le divan pendant quelques heures, de jour, ce que je ne fais jamais.

Puis la vie (le travai?) continue. Une excellente pratique de violoncelle suivie de mon 2 km de nage — 80 longueurs pour les intimes — suivi d'un souper au Noodle Village (pas si bon malgré les éloges en ligne), suivi d'un concert, yeah.

29 août @ Freddy's, South Slope Brooklyn
duo [Shayna Dulberger (contrebasse), Lucia Stavros (harpe)]
duo [Ed Bear (sax baryton amplifié), Paul Feitzinger (percussions amplifiées)]
trio [Sean Ali (contrebasse préparée), Carlo Costa (batterie), Sandy Ewen (guitare électrique, électroniques)]

Je regardais le show en me disant à quel point ces lieux pour la musique expérimentale sont importants et ne tiennent pas à grand chose. Cette fois, le bar Freddy's est quand même sympathique, mais sa salle de concert, une pièce avec un maximum d'une quinzaine de places assises, cachée entre deux cloisons, ressemble plutôt à un ancien débarras. Beaucoup moins chic et spacieux que le débarras du Murphy's à Québec, dans la même catégorie. Mais nous y voilà, irréductibles du mardi soir, irréductibles de toutes les déceptions, bravant les kilomètres pour finir les doigts dans les oreilles dans le bout de cymbale amplifiée du deuxième set et la yueule à terre pour tous les états traversés pendant le troisième set.

Mercredi 30 août

Mission : renouveler mon contrat de téléphone. Encore une fois, c'est différent d'aller à la boutique de son fournisseur cellulaire sur Broadway Avenue plutôt qu'aux galerie de la Capitale c'est mode et merveille. Je me suis tout autant fait fourrer, mais ça ne m'a pas empêché de passer une belle journée. Car depuis deux jours j'avais épuisé les données sur mon cell et je me promenais de wifi gratuit en wifi gratuit. En arrivant au T-Mobile j'ai demandé c'était combien passer à un meilleur forfait, la fille m'a répondu que pour 10$ de plus j'avais 12 Go de données au lieu de 6,5 Go, j'ai dit ah ouais pourquoi pas, elle m'a dit j'ai apporté les modifications en prenant 10$ sur ton compte en ligne, j'ai dit quelque chose comme attends peu ça veut dire que le paiement que j'ai essayé de faire en ligne l'autre fois et pour lequel je n'ai reçu aucune confirmation a marché?, elle m'a dit quelque chose comme bin il y avait 25$ dans ton compte et il y en a maintenant 15$, j'ai dit attends peu t'as pas renouvelé mon contrat pour le mois prochain?, elle a dit non tu as maintenant 12 Go de data jusqu'au prochain cycle de facturation, j'y dit bin le prochain cycle de facturation c'est genre après-demain je viens-tu de payer 10$ pour 4 jours d'internet, elle me dit bin tu peux essayer de tout dépenser 12 Go en quelques jours c'est facile avec des vidéos youtube, j'y dit c'est pas ça l'idée j'ai juste besoin de google maps, silence, et je lui demande si là pour le 3 septembre il faut que je repaye, elle me dit que oui il y avait maintenant 15$ dans mon compte et il faut en ajouter car mon nouveau forfait est 35$, j'y dit attends peu là je m'attendais à ce que l'ajustement à mon compte se fasse au prorata du nombre de jours qui restent au mois, elle me répond qu'elle comprend, et j'ai vraiment senti qu'elle venait de comprendre ce qui venait de se passer, et qu'elle s'en crissait royal et que c'était la meilleure attitude possible dans la situation, elle me dit donc qu'elle comprend, mais que c'est comme ça que la compagnie fonctionne. Alors j'ai un nouveau forfait de téléphone avec le double de data, parce que c'est pas vrai que pour sauver 10$ je vais m'empêcher d'envoyer un petit vidéo de ce que je vois à mes ami·es de temps en temps. Priorités.

Dépité, mais pas si affecté que ça, j'ai loadé mon google maps et me suis rendu compte que j'étais proche de Union Square, autre lieu emblématique que j'avais prévu aller voir. Bon plan de dîner. C'était platte. J'ai poursuivi mon ascension de Broadway jusqu'au Madison Square, où j'ai lu pendant un bon bout avant de me rendre à un autre excellent concert de la série de Pioneer Works à Times Square.

30 août @ Times Square, Midtown Manhattan
HxH [Lester St. Louis (laptop, objets, électroniques), Chris Williams (laptop, électriques)]

Leur musique de bruits devenait la ville. The City. La ville devenait leur musique aussi, s'engouffrant dans les ordinateurs avec ses cris aigus de touristes, ses ambulances, ses klaxons, le frétillement des lumières. Autant je m'étais déçu moi-même de ma réaction de faiblard lors de ma première visite à Times Square, autant je profite maintenant de cet état un peu second dans lequel me mettent toutes ses surenchères visuelles, auditives, olfactives, et même tactiles avec les bouffées de vent chaud, la densité épaisse de l'activité humaine et machine. Une journée donc à fréquenter quatre points d'ancrage, que dis-je cinq repères psychogéographiques sur Broadway : la boutique T-Mobile, Union Square, Madison Square, Times Square, puis l'épicerie Whole Foods où ma miche de pain à 8$ a bien ajouté un autre volet de surenchère new-yorkaise. Je suis rentré, j'ai soupé à l'heure des boss et j'ai écouté des vidéos niaiseux, question de ne pas trop trop travailler.

Jeudi 31 août

Mission renouveler mon contrat de téléphone, prise 2. Finalement il s'agit de mettre de l'argent à partir de ma carte de crédit sur mon profil T-Mobile, et bien que je ne reçoive pas de confirmation ou reçu, le montant finit par apparaître sur ma balance et me voilà prêt au prochain cycle de facturation le 3 septembre. Entre temps, écrire ceci est bien en masse il est déjà 14 h [15 h après deux clémentines, relecture et corrections]. Violoncelle, café-lecture, un concert dans un bar appelé « Berlin Under A »? un concert d'une vibraphoniste qui s'appelle Sasha Berliner? Décidément. Sur le site web de Sasha Berliner, je vois qu'elle joue à Rimouski demain, impossible qu'elle soit vraiment sur le programme tantôt. À moins d'un jet privé. À suivre. Je dois aussi me trouver un kit de son, je ne vais pas passer encore 4 moins avec juste un petit speaker blue tooth dans mon appart. C'est mon travail.