mercredi 19 juillet 2017

Naked State : Jour moins 2

Le train est un non-lieu. Entre Québec et Montréal, je pourrais être entre Leipzig et Prague, entre Paris et Montbard. On m'a fait monter en premier, privilège de la princesse du violoncelle. Il pleut depuis le départ. J'ai pu enfin manger, boire deux cafés, je laisse le temps -- de transport cette fois -- faire son mystérieux travail de distanciation.

Je me suis réveillé le coeur chaviré, les jeunes cicatrices toutes ouvertes encore une fois. Marie Uguay parlerait d'un changement de saison et écrirait, quelque part, « transbordement ».

J'ai fait mes bagages dans le brouillard. J'ai bien vu la lumière franche sur le mur et on m'a dit qu'il faisait chaud. J'ai refait ma liste, troqué le sac à dos pour une valise en plus d'un autre sac à dos, diminué la quantité de disques, mis un peu de douleur dans la vaisselle, écrit une décharge pour que mon amie puisse récupérer un colis en mon absence.

- cahier de notes / bloc-notes quadrillé
- Marie Uguay, « Queer Phenomenology » de Sara Ahmed
- serviette blanche, serviette bleue
- coton ouaté noir manches longues / coton ouaté noir pas de manches / jogging vert
- gilet de cachemire noir
- 3 t-shirts / 5 boxers / 5 bas
- 10 copies de D'éclisses + 3 copies de Thuya Live @ the CLUB + 7 flexi disques
- violoncelle + 2 archets + diapason + résine à archet + pinces
- sandales
- sac messager
- tabac + filtres + papier + un lighter de plus (acheté à la gare de train)
- enregistreuse + fil noir + fil blanc + batteries
- cell + plug de cell
- shampoing / revitalisant / brosse / pâte / déo / crème solaire / crème aloès / crème à raser / rasoir / coupe-ongles / fer plat / peigne / savon
- lunettes soleil
- barres Cliff (à acheter)
- chasse-moustique (à acheter)
- bouteille d'eau

C'est trop. « Il y en a toujours trop », j'a déjà dit ça. Mais ça va, j'ai envie de doux, de mou, de chaud, et quand on part avec deux serviettes, la valise s'impose de toute façon.

En train, je commande le nouveau disque de Lana del Rey, je vérifie l'adresse de l'amie qui m'héberge à Toronto ce soir, j'écris à un ami que je verrai demain, je relis le communiqué de presse qui sera envoyé par Arts Unfold. Je suis le poster-boy de la résidence Naked State, ils utilisent ma photo pour illustrer la résidence.

Je m'éloigne lentement mais sûrement. Je m'éloigne, je m'approche.
Les prochains jours seront plus pertinents.


mardi 18 juillet 2017

Naked State : Jour moins 3

J'ai fermé mon agenda d'un geste affirmatif : « Je choisis la vie d'artiste. » Je viens de refuser un emploi. J'avais obtenu la convocation en entrevue il y a plusieurs semaines, j'écrivais presque déjà le nom de la compagnie à mon horaire. En entrevue, j'ai appris qu'on me demandait 3 journées complètes par semaine, au lieu des 15 h affichées sur l'offre d'emploi. J'ai hésité. La stabilité est tentante, l'emploi valorisant, à peu près aucun investissement mental, à 5 minutes de chez moi. Puis il aurait fallu que je sois libre la semaine du 28 août pour la formation. « Je choisis la vie d'artiste. » Fuck, je ne peux pas m'imaginer travailler dans un bureau de 9 à 5, 3 jours par semaine. J'ai senti le déclic se faire dans mon corps, au moment de dire non, la poche de sable s'ajouter sur mon barrage de façon permanente. Puis j'ai fait une tournée de poignées de mains. J'ai eu un fou rire dehors.

Je passe la soirée avec des amis sur le toit. J'écoute Sonic Youth, Washing Machine, pendant que le lavage du départ se passe au sous-sol.

Minuit, je fais mes bagages, je pense à faire mes bagages. Je partirai en train demain 13 h avec un sac à dos et mon violoncelle, dans un étui rigide parce que c'est le règlement.

Il y a des départs plus faciles que d'autres.

Je vais créer, changer d'air pour toucher à autre chose, me placer dans un contexte nouveau pour voir ce qui se passe. Je commence par passer 2 jours à Toronto, puis j'enchaîne 10 jours de résidence de création Naked State Art Residency à Bare Oaks Family Naturist Park en Ontario, à une heure de route de Toronto. Ensuite je repasse 2 journées à Toronto et je reviens.

Sur le site de Bare Oaks, onglet « First visit », paragraphe « Que dois-je apporter? ». Une crème solaire, des lunettes de soleil, un chapeau, une serviette pour vous asseoir et peut-être une seconde serviette pour vous sécher après la baignade (mais nous louons aussi des serviettes au bureau). Pour vous inscrire, il vous faut un moyen de paiement et une pièce d’identité avec photo. Il est bon de prévoir aussi quelque chose à manger et à boire, un bon bouquin et un sac de plage pour transporter vos affaires.

Je prends des notes. La nourriture est incluse dans mon forfait. Y aura-t-il des draps sur le lit? Est-ce que j'aurai froid? J'ai envie d'apporter, pour les soirées froides, ce que je possède de plus confortable. La liste.

- violoncelle + 2 archets + diapason + résine à archet + pinces
- 15 copies de D'éclisses + 5 copies de Thuya Live @ the CLUB + 10 copies de mon flexi disque
- cahier de notes / lecture : les poèmes de Marie Uguay, « Queer Phenomenology » de Sara Ahmed
- enregistreuse + fil noir USB + fil blanc Mac + batteries
- laptop + plug
- cell + plug + écouteurs
- sac messager
- serviette blanche, serviette bleue
- sandales
- 3 t-shirts / 5 boxers / 5 bas
- coton ouaté pas de manches
- coton ouaté noir
- gilet de cachemire noir
- joggings verts
- crème solaire / crème à raser / rasoir
- shampoing / revitalisant / savon
- brosse + pâte / déo / coupe-ongles
- tabac + filtres + papier + un lighter de plus
- lunettes soleil
- barres Cliff (à acheter)
- chasse-moustiques (à acheter)

Ça ne rentrera jamais dans un sac à dos.