samedi 18 novembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 105-106-107-108-109-110 sur 151

Mardi 14 novembre

Je me suis acheté une pédale d'effet pour le violoncelle, la Particule 2 de Red Panda. Ça fait très longtemps que je pense à cet achat, ça se compte en terme d'années. Des années avant d'oser dépenser 350$ sur mon occupation principale. C'est comme ça. Dire que je me suis demandé sérieusement si je n'allais pas m'acheter les très belles mitaines Louis Vuitton en vente à la boutique au rez-de-chaussée. Une certaine mathématique absurde m'a fait passer à l'action sur la pédale : en voulant prendre des nouvelles des mitaines, je me suis rendu compte qu'elles n'étaient plus disponibles sur le site, qu'elles avaient donc été vendues et que je devrais arrêter de me demander si je n'allais pas faire la dépense. Autrement dit, je venais de faire une économie de 400$ en ne les achetant pas. Donc j'avais le budget pour la pédale.

J'ai reçu la pédale hier, et aujourd'hui j'ai fait une petite tournée du quartier pour trouver un power supply et des fils. Puis j'ai fait mes premiers essais. La Particule 2 opère en synthèse granulaire, un procédé vraiment pas évident à comprendre et appliquer. Je le savais, maintenant au travail. Comme n'importe quel outil, il faut mettre les heures de pratique.

Puis tiens, j'ai reproduit mon programme de mardi passé d'aller nager à la plage horaire de 17 h 15 à 18 h au YMCA avant d'enchaîner avec un concert triple à la Downtown Music Gallery. Non sans tergiverser toute la journée, car il y avait aussi une de mes anciennes collègues de classe du temps où on était à l'université qui donnait une conférence à Columbia Unversity, où elle est maintenant chargée de cours, sur la compositrice Kaija Saariaho. J'aurais vraiment aimé revoir ma collègue, le sujet m'interpelle, mais il faut bien faire des choix.

Je pense beaucoup à ça ces jours-ci, faire des choix. À New York, il y a tellement d'options qu'on peut passer la journée à tergiverser, à se demander à quel évènement aller, choisir entre ce qui a le potentiel d'avancer sa « carrière », apprendre quelque chose pour « développer ma pratique », etc. Et au final le temps de tergiverse est du temps perdu. Il faut choisir. Et nécessairement tourner le dos à quelque chose qui avait le potentiel d'être déterminant. Il faut aiguiser son focus, ou s'éparpiller volontairement. J'apprends quelque chose, mais je ne sais pas quoi exactement. En lien avec l'attention et les choix. Je vais finir par mettre le doigt dessus. Il faudrait aussi que je me donne le droit de ne pas toujours être en train de vouloir apprendre quelque chose. En tout cas, j'adore New York.

14 novembre @ Downtown Music Gallery, Chinatown Manhattan
trio [Kenneth Jimenez (contrebasse), Camila Nebbia (sax ténor), Randy Peterson (batterie)]
trio [Marc Edwards (batterie), Gian Perez (guitare électrique), Michael Gilbert (basse électrique)]
Patrick Golden Group [Sally Gates (guitare électrique), Patrick Golden (guitare électrique), Matt Hollenberg (bass VI), Ryan Siegel (sax)]

Une autre soirée de musique incroyable à DMG. Le premier set me fait découvrir la saxophoniste Camila Nebbia, dont les idées se renouvellent sans cesse. Elle décortique ses phrases, les reprend un peu selon un traitement thématique, mais toujours avec beaucoup de passages juste de textures ou de gestes, en frôlant le free jazz sans exactement y aller. Avec un superbe contrebassiste que j'avais vu à iBeam il y a quelques jours dans un grand ensemble, qui pousse le trio ici et qui sonne gros de même. Le tout soutenu par un drummer très réactif. Puis le deuxième set comme une épreuve d'endurance. Ils partent dans le piton et n'arrêtent pas. Le guitariste fait des faces de guitar god et c'est excellent, j'ai rarement vu cette attitude en musique improvisée. Le bassiste pitonne comme j'ai rarement vu et sonne bien saturé avec de la grosse distorsion. Alors que le guitariste et le bassiste me donnent l'impression de jeunes loups avides de shred, le drummer est un vieux de la vielle qui ne laisse pas sa place, jeu non stop très très rapide. En arrivant au troisième set, il ne me reste plus d'énergie ni d'attention, j'écoute un peu plus distraitement avant de rentrer à pied comme à mon habitude.

Mercredi 15 novembre

Une journée à ne pas sortir de l'appart. L'impression d'avoir manqué à mon devoir. Il faut absolument que je réécoute le podcast de Daphnée B. sur les artistes en résidence. Je vais le réécouter et y répondre ici, c'est tellement juste. Notamment ce choc de passer de notre pauvreté relative au luxe de l'appartement en résidence (une table à manger?!) et cette obligation de performer qu'on se donne soi-même face à l'institution à qui on dit merci merci merci. À suivre j'y pense depuis 2 semaines, je vais finir par le faire.

Longue séance de yoga. Très longue pratique de violoncelle avec la Particule 2, j'y vais méthodiquement. Faire à souper, une batch de pâtes. Je tergiverse, aller voir l'inimitable Norvégien Lasse Marhaug à Artsists Space ou je ne sais plus quoi. Finalement je me range du côté de la majorité pour une fois, celle qui reste chez-soi devant l'écran.

Tellement de films se passent à New York, il faudrait bien que je m'y intéresse (n'était-ce pas mon devoir, comme artiste en résidence à NYC?). Maintenant que je connais la ville un peu, je reconnais des endroits réels dans les œuvres de fiction, mais selon ma propre expérience. Je choisis d'écouter After Hours de Martin Scorsese, une comédie plutôt humour noir sortie en 1985. Un financier à la vie platte rencontre une femme dans un café et décide de la rejoindre dans Soho (mon quartier). S'ensuit une longue nuit pleine de rebondissements aussi improbables les uns que les autres. Sans identifier de repères directement, je note les éléments typiques de Soho : rues en pierres, escaliers de secours en ornements de façades.

Jeudi 16 novembre

Évidemment qu'il faut que je me venge de mon oisiveté de la veille (comme si la pratique de violoncelle ne comptais pas). J'en profite pour aller visiter une autre bibliothèque, la Jefferson Market Library, ancien palais de justice construit en 1833.

Je traîne même mon lunch. Je travaille là toute la journée sur l'ordinateur avant de me diriger vers Columbia University manger mes pâtes au froid dehors parce qu'il faut y étudier pour pouvoir s'asseoir à l'intérieur. À 80 000$ de frais de scolarité par année au baccalauréat, il faut bien qu'il y ait des avantages étudiants. J'y suis pour un concert à 20 h.

ambiance sur le campus de Columbia University

16 novembre @ Miller Theatre at Columbia University, Morningside Heights Manhattan
Zorn@70 Barbara Hannigan + John Zorn
Star Catcher (2022) [Stephen Gosling (piano), Barbara Hannigan (voix)]
Split the Lark (2021) [Barbara Hannigan (voix), JACK Quartet [Jay Campbell (violoncelle), David Fulmer (violon), Christopher Otto (violon), John Richards (alto)]]
Liber Loagaeth (2021) [Stephen Gosling (piano), Barbara Hannigan (voix), Jorge Roeder (contrebasse), Ches Smith (batterie)]
Ab Eo, Quod (2021) [Jay Campbell (violoncelle), Stephen Gosling (piano), Barbara Hannigan (voix), Sae Hashimoto (vibraphone, percussions), Ikue Mori (électroniques)]
Pandora’s Box (2013) 
Barbara Hannigan (voix), JACK Quartet [Jay Campbell (violoncelle), David Fulmer (violon), Christopher Otto (violon), John Richards (alto)]]
Nazdar Poupon Nazdar [Stephen Gosling (piano), Barbara Hannigan (voix)]

La légendaire chanteuse d'opéra et cheffe d'orchestre spécialiste de musique contemporaine Barbara Hannigan. Dont j'ai écouté tous les vidéos sur youtube. Devant moi en chair et en os. Dans un programme tout John Zorn, parfois assez casse-gueule. Elle est vraiment bonne pour vrai. Mais on dirait que le fait qu'elle soit bien réelle la diminue presque. Comme si passer de la fiction de l'écran à la réalité du corps dans l'espace la rend plus humaine, donc moins idéale, moins surhumaine. Un des moments marquants de La recherche du temps perdu de Proust est la première fois où le narrateur voit l'actrice surnommée la Berma. Il se l'est imaginée pendant des pages et des pages, il est prêt à être charmé par celle qu'il tient déjà pour la meilleure actrice de son époque. Mais... « Mais en même temps tout mon plaisir avait cessé; j'avais beau tendre vers la Berma mes yeux, mes oreilles, mon esprit, pour ne pas laisser échapper, une miette des raisons qu'elle me donnerait de l'admirer, je ne parvenais pas à en recueillir une seule. Je ne pouvais même pas, comme pour ses camarades, distinguer dans sa diction et dans son jeu des intonations intelligentes, de beaux gestes. Je l'écoutais comme j'aurais lu Phèdre, ou comme si Phèdre elle-même avait dit en ce moment les choses que j'entendais, sans que le talent de la Berma semblât leur avoir rien ajouté. » Mon expérience devant Hannigan est certainement plus positive que celle du narrateur de Proust devant la Berma, mais peut-être que je voudrais moi aussi que la matérialisation de la cantatrice fut plus grandiose, plus grande que nature encore. Si je revois Barbara Hannigan, peut-être que tout comme le narrateur de La recherche, quelque 600 pages plus loin, je réussirai à être transporté par la réalité de l'artiste telle quelle, libérée du filtre de l'imagination.

Au programme, des pièces qui vont du murmure à l'éclat, de la dissonance au bruit en passant pas des passages presque pop, je croyais même entendre Tori Amos au piano pendant quelques secondes. Les musicien·nes sur scène sont renversants, Zorn sait bien choisir ses interprètes. La dernière pièce était une surprise, pas au programme, avec un texte en français dont je n'ai pas compris grand chose, jusqu'au titre, que Zorn a pourtant dit 3-4 fois. Pour une pièce qu'il a écrite quand il avait 15 ans, chapeau! Il écrit bien pour le piano, ce qui n'est pas une mince affaire. Mais qui est ce John Zorn, comment fait-il pour en faire autant dans sa vie? Adolescent, il aurait étudié l'orchestration et le contrepoint en autodidacte en repiquant des musiques de film. Bin voyons! Il a quitté un bacc. en composition après même pas deux ans. Il pourrait se contenter de composer de la musique de concert. Mais il compose de la musique de films, de la musique pour ensemble d'improvisateur·ices, de la musique qui touche à la tradition juive, du free jazz, des trucs plus musique contemporaine comme ce que j'ai vu ce soir. Puis il a une étiquette de disques avec des centaines d'albums, de lui et d'à peu près tout ce qui bouge en musique improvisée. Puis il administre la petite salle The Stone où, 4 jours par semaine, des musicien·nes qu'il sélectionne lui-même produisent des concerts. Et il n'a pas l'air brûlé, au contraire, à 70 ans il monte sur scène avec ses culottes d'armée modèle camouflage noir et blanc, son t-shirt lette, et est chez-lui partout. Né à New York tu dis.

Vendredi 17 novembre

Réveillé un peu tôt, je scroll sur instagram. Les enfants pleurent en Palestine. Tout le monde pleure partout dans le monde, sauf les quelques caves qui fabriquent les armes, les vendent, les utilisent. Il n'y a plus d'eau. Le clash est vraiment intense, j'ai encore une boule dans la gorge des images que je vois quand je passe à une pub de lunettes soleil, puis à une annonce de concert à aller voir. Comment est-ce qu'on peut continuer à vivre alors que c'est le génocide d'un peuple? C'est fucké. La dernière élection à Gaza remonte à 2006. Ça veut dire qu'il n'y a personne en bas de 34 ans qui a voté pour le Hamas, c'étaient des enfants au moment de l'élection. Et de l'autre côté c'est pas mieux, le gouvernement à Israël a été élu à un bizarre de moment politique et aujourd'hui à peu près personne dans la population est de leur côté. Et ici, que ce soit aux États-Unis ou au Canada, tout le monde qui a une tête sur les épaules demande un cessez-le-feu. Demander un cesser-le-feu, quand on y pense, c'est le bout de la marde. Pourquoi est-ce qu'il y a des commencez-le-feu. Des le-feu tout court. Faites donc fondre tous les guns et fabriquez des chaises roulantes avec. Au Québec ça se demande bien sérieusement si Catherine Dorion est-tu punk ou est-tu pas punk, et les Cowboys fringants sont soudainement le band préféré de tout le monde. Bon bin...

On vit pareil, c'est étrange. Et parmi les joies de vivre, il y a celle de tomber par hasard quand même, après deux heures de doom scrolling, sur une publication de Kim Gordon, la bassiste de Sonic Youth et artiste dans mon panthéon des meilleures depuis longtemps, une publication qui dit que des places viennent d'être ajoutées pour un show de danse. Quoi, Kim Gordon a co-chorégraphié un spectacle de danse? Et c'est où? New York City évidemment. New York University Skirball à 10 minutes de marche de moi. Take my money! La danse, c'est toujours tellement cher. À 46$, pas si pire, mais c'est 65$ en canadiens. En tout cas rendez-vous ce soir.

Entre temps, je file à un café très instagramable pour finir la rédaction d'un dossier pour un appel de projets. En collaboration avec la danse justement. Ça complète le travail sur ce sur que je rédigeais hier. Une autre bouteille à la mer. Punk ou pas punk, come on.

17 novembre @ NYU Skirball, Greenwich Village Manhattan
dans le cadre du festival Dance Reflections by Van Cleef & Arpels
TAKEMEHOME de Dimitri Chamblas et Kim Gordon [Marion Barbeau (danse), Marissa Brown (danse), Eli Cohen (danse), Eva Galmel (danse), Pierrick Jacquart (danse), François Malbranque (danse), Jobel Medina (danse), Salia Sanou (danse), Kensaku Shinohara (danse)]


Les portes ouvrent, « à la demande des artistes »
juste 5 minutes avant que ça commence, sur ce décor

Le spectacle de danse est excellent. Neuf danseur·euses sur scène. Un moment donné, il y en a 5 debout sur des amplis de guitare en train de juste répéter un accord de guitare électrique toustes ensembles. Image puissante, et quel son! Les guitares sont calibrées très exactement sur le son de Kim Gordon. Le reste de la musique lui ressemble aussi. Je vis une émotion quand sa voix émerge enfin après une trentaine de minutes de drône : « take me home » qu'elle dit de sa voix un peu fausse instantanément reconnaissable, le titre de la pièce. Quelques images fortes, dont le début où des personnes du public sont choisies pour se coucher sur le dos sur scène et créer une contrainte supplémentaire aux passages des danseur·euses. Un moment donné, un danseur se gargarise pendant de longues minutes avec un liquide bleu pâle qui laisse des coulisses sur son visage; il fait couler le reste du liquide sur la bouche d'une des danseuses et les deux sont marqués jusqu'à la fin du spectacle. Une équipe de corps tous tellement différents, agiles, charismatiques. Sinon, ce n'est pas un spectacle qui change ma vie, mais il y a bien quelque chose de jouissant d'entendre de la musique si bonne à un show de danse. Par moments, la musique est tellement bonne que les danseur·euses peuvent quasiment prendre une pause et chiller sur scène pendant qu'on écoute. Quand tout le monde est en train de quitter la salle à la fin, je vois Kim Gordon arriver, ignorer complètement un fan qui veut lui dire qu'il a aimé bla bla bla, et continuer une conversation technique sur la projection du son dans la salle. Work!

Après tout ça, je vais m'asseoir au Washington Square Park juste à côté et j'observe les gens. Plusieurs petits groupes, plusieurs seuls comme moi, ça fait du skateboard, ça fume du pot, ça jase, plusieurs joueurs de musique, tam tam par-ci, guitare par-là, des itinérant·es, des fils de riche, des afros, des tresses, des blondinets, des casquettes. Le temps est doux ici, le moins de novembre n'a rien de l'invivable début d'hiver québecois que je connais habituellement. Des centaines de personnes chillent au Washington Square Park. Dans mes écouteurs, Nirvana live à Seattle en 1994 (ça vient de sortir pour les 30 ans de l'album In Utero) et je me sens pour un instant comme j'ai pu me sentir ado, une cassette de Nirvana bien usée dans mon walkman en train de regarder les skateurs au carré d'Youville.

Samedi 18 novembre

Aller nager ou ne pas aller nager? Aller à un concert-évènement des Musicians for Gaza, aller à un concert dans un sous-sol à Brooklyn ou rejoindre des amis qui vont voir Hunger Games au cinéma? Pratique de violoncelle? Finalement ma piscine à Stuyvesant High School est fermée pour la fin de semaine et il n'y a plus de place au YMCA. Je vais au café Now or Never écrire ceci. Pratique de violoncelle en revenant. Et direction Brooklyn.

18 novembre @ radicle wine, Clinton Hill Brooklyn
Weasel Walter (guitare électrque)
Brandon Lopez (contrebasse)
quartet[Tim Dahl (basse électrique, voix), Richard Edson (batterie), Matt Nelson (sax soprano, sax ténor), Hans Young Binter (piano fender rhodes)]

Weasel Walter est un drôle de personnage; sait ce qu'il fait, sait ce qu'il vaut. On jase pendant un moment, on a eu une mauvaise expérience avec la même musicienne il y 10 ans. Il dit que ces jours-ci, il se concentre à faire la musique qu'il aime même si personne ne l'écoute. Amen! Je le connaissais comme drummer, finalement il fait son solo à la guitare électrique et wow très hot, il manie ses pédales d'effet comme une deuxième instrument et j'ai l'œil pour ça ces jours-ci avec mon travail sur la Particule 2. Après Weasel Walter, c'est Brandon Lopez qui se livre à la contrebasse, tellement intense pour le peu de personnes sur place. Intransigeance et intégrité.

Pendant que le dernier set s'installe, je jase pas mal avec un autre des spectateurs, un musicien qui ne joue pas ce soir, mais que j'ai déjà vu quelques fois en concert. Ça fait du bien de sentir comme une petite ouverture pour moi dans la communauté. Le dernier set est renversant. Fort volume, tellement qu'on a peine à entendre le pianiste qui fait des signes que son ampli est au maximum. Bien qu'il n'y ait pas un rythme qu'on peut suivre, on se croirait dans un show punk. La salle minuscule et maintenant bondée comme par magie. Ça sent l'alcool, surtout le scotch et le vin de riche de la boutique sous laquelle on se trouve. Les gens bougent au son de la musique, un moment donné il y a quasiment un slam. Le bassiste-chanteur domine le band. J'apprends plus tard qu'il est un collaborateur de longue date de la légendaire Lydia Lunch, en plus d'avoir toute une feuille de route de rocker parmi le free jazz. J'apprends à l'instant, en écrivant ceci, que le drummer est en fait un acteur qui a joué dans plus d'une centaine de films en plus d'avoir été le premier drummer de Sonic Youth en 1981. Bin coudon!

Dimanche 19 novembre

Aujourd'hui, je suis dans un autre café instagramable, le Stone Street Café de la rue Broome, let's go et j'essaie de finir d'écrire ceci, qui n'arrête plus de s'allonger. Je voudrais ne rien oublier de ce que je vois à New York. Je voudrais nager beaucoup plus. Je voudrais pratiquer beaucoup plus. Je voudrais pousser beaucoup plus pour jouer avec des musicien·nes de la scène, voire même prévoir des concerts. Je voudrais passer beaucoup plus de temps à prévoir les mois à venir en répondant aux appels de projet et en travaillant mes demandes de subventions (je suis dans un stand-by insoutenable sur un dossier, où Toronto ne me donne aucune nouvelle depuis le 12 septembre, malgré ma relance du 30 octobre, je suppose que je devrais déjà tout préparer, plan A et plan B pour le dépôt de mon projet total le 6 décembre). Je voudrais aller voir plus d'art, notamment de la danse et de l'art performance, qui se passent évidemment ici assez pour remplir en double et en triple tous les jours de tous les calendriers. Retourner au MoMA passer du temps de qualité avec une ou deux œuvres sélectionnées. Je voudrais prendre le temps de réfléchir plus loin à ce que je veux que mon expérience ici m'apporte. Je voudrais faire quelque chose pour Gaza (tant qu'à rien faire). Je voudrais consacrer du temps aux débuts d'amitiés que je forme ici, car je repars dans à peine un peu plus un mois. Et avec tout ça, je ne suis même pas encore à la page 200 (sur 1100 quelque) du 2e tôme sur 3 de La recherche du temps perdu. Toute est dans toute.

Et c'est un peu ça la question des choix, de tergiverser. Ce soir il y a un concert de Lydia Lunch, peut-être la seule occasion de ma vie de voir cette artiste importante pour plusieurs artistes que moi je trouve importants. Il y a aussi un concert à P.I.T. où je pourrais peut-être un peu plus poursuivre ce sur quoi je travaille plutôt que d'envoyer mon attention sur la scène parallèle de Lydia Lunch. Ah!

Demain, je rencontre un pianiste taïwanais pour une session. Il faudra que je prenne une pause au milieu de notre rencontre, pour rejoindre une réunion avec des gens de Québec au sujet d'un concert en mai prochain. Puis j'ai un concert à voir à Sisters, Brooklyn. Ou bien mon yoga du lundi. Ou bien nager.

[Ici Rémy du futur, le 7 janvier 2024 après avoir passé près de 2 h à chercher quand est-ce donc que j'avais vu Cecilia Lopez pour la première fois... eh bien c'était ce soir du dimanche 19 novembre, et je ne l'avais pas noté.]

19 novembre @ P.I.T. Property is Theft, Williamsburg Brooklyn
trio [Cecilia Lopez (synthé analogue), Brandon Lopez (contrebasse), Mat Maneri (alto)]
Sam Newsome Trio [James Paul Nadien (batterie), Adam Lane (contrebasse), Sam Newsome (sax, objets)]

lundi 13 novembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 98-99-100-101-102-103-104 sur 151

Mardi 7 novembre

J'ai enfin essayé la piscine du YMCA à Chinatown. Il a fallu s'inscrire, remplir les formulaires (j'avais fait ça la dernière fois, quand ça avait pris tellement de temps que je n'avais pas pu aller nager), j'ai pris un forfait de 5 passages et j'ai pu en utiliser 2 d'un coup pour inclure mon amie et lui épargner une partie des formulaires. Il faut être à l'heure, la piscine est disponible de 17 h 15 à 18 h 00 top chrono. Parfait pour enchaîner avec un concert pas très loin à 18 h 30.

7 novembre @ Downtown Music Gallery, Chinatown Manhattan
duo [« Melvin Bauer » (batterie), Simon Kanzler (électroniques)]
trio [Nathan Chamberlain (guitare), Selendis Sebastian Alexander Johnson (trombone),  Joshua Mathews (batterie)]
trio [Dave Grollman (ballons, poésie, percussions), James Paul Nadien (percussions), Brenna Rey (guitare électrique préparée)]

On est entré et c'était déjà magique. Drummer vraiment fantastique, au jeu souple et varié, pas très fort, en contrôle absolu. Il est Français ou Belge ou les deux, une découverte. Son approche était comme magnifiée, puis retournée, propulsée de milles façons dans le kaléidoscope iridescent du joueur d'électroniques, qui avait placé ses micros près de la batterie.

En deuxième set, comme un rituel. Un trio qui commence n'importe comment. Un moment donné, Selendis déchire, à l'aide d'une clé, l'emballage de plastique d'un CD qu'elle vient de se procurer (on oublie qu'on est dans un magasin de CDs après tout) et utilise le disque dans le pavillon du trombone pour un son texturé. Un moment, le guitariste trouve quelque chose qui sied aussi bien aux élucubrations de Selendis qu'avec le langage très ténu du nouveau drummer. Le trio reste sur cette texture très longtemps, excellent.

Après deux sets comme ça, on n'a plus trop l'énergie ou la concentration d'en apprécier un troisième. Heureusement pour nous, le trio de la fin nous réserve quelque chose d'assez jouissif où une très belle, puisée à même un langage assez vulgaire, invite un presque nudité des deux percussionnistes alors que la guitariste triture son instrument à plein volume.

Mercredi 8 novembre

J'ai enfin fini mon maudit CV en anglais. Une bonne chose de faite. En soirée, un concert dont une partie est inspirée du son des manifestations new-yorkaises des derniers jours réclammant un cessez-le-feu en Palestine.

Tous les matins je me réveille et s'alternent sur mon instagram les annonces de concerts enthousiastes et les images d'enfants terrorisés à Gaza, qui serrent dans leur bras des petits chats, ce papa avec les restes de son enfant dans un sac de plastique blanc, les présidents du monde qui ne font rien, la stupidité intellectuelle de ceux qui font l'amalgame entre vouloir la paix et haïr le peuple juif, les manifestations auxquelle je ne participe pas, les lettres que je n'ai pas signées, les numéros de téléphone où je n'ai pas appelé. Un·e violoniste perd un contrat parce qu'elle a partagé des propos pro-palestiniens sur sa page. La guerre, pareille niaiserie écœurante.

Je suis là en train d'enlever 5,25$ de mon tableau de dépenses quand j'oublie de ramasser la facture de mon café, pour être réglo avec le fisc, et pendant ce temps des gens larguent des bombes sur des hôpitaux sans aucune conséquence du monde civilisé. Voyons. Et je suis figé devant l'absurdité de se donner la mort. Les dieux. Le pétrole. Je l'impression de ne rien comprendre à la situation. Malgré mon exposé oral en deuxième année du primaire, en 1990, pour lequel j'avais choisi comme sujet le conflit israelo-palestinien. Je pourrais lire toutes les thèses de doctorat du monde que je restrais seulement témoin des hommes et leur besoin de dominer. Que ça.

Ouf, bon. En tout cas. Un concert où je sens mon point de vue vaguement exprimé. D'accord. En attendant de faire mieux.

8 novembre @ iBeam, Gowanus Brooklyn
duo [« Melvin Bauer » (batterie), Todd Neufeld (guitare)]
PROTEST [« Melvin Bauer » (batterie), Carlo Costa (batterie), Kenneth Jimenez (contrebasse), Simon Kanzler (électroniques), Barbara Kasomenakis (projections, peinture en direct), Santiago Leibson (piano), David Leon (sax), Todd Neufeld (guitare), Kenny Warren (trompette), Hans Young Binter (clavier)]

J'étais bien content d'entendre le drummer de la veille dans ce nouveau contexte en duo. Puis j'ai trouvé qu'on ne lui faisait pas beaucoup de place dans le deuxième set. Mais un nonet improvisé, c'est un défi de taille. Je n'ai pas entendu une note du piano ou presque, malgré les dimensions de l'instrument acoustique et les habiletés du pianiste. Sinon, pas si mal. Au final, je n'ai pas trop senti le sujet de l'heure, sauf peut-être dans la peinture rouge de l'artiste au rétroprojecteur.

Jeudi 9 novembre

Journée de touristes. On prend le traversier d'un heure pour aller voir la plage de Rockaway, et s'imaginer de quoi elle a l'air envahie par les baigneurs l'été. Bien de revoir l'eau un peu. On mange un nachos dégueulasse avant de revenir. Puis c'est le moment de visiter la fameuse Jazz Gallery.

9 novembre @ Jazz Gallery, NoMad Manhattan
Angel of Air/ Angel of Water [Melissa Almaguer (claquettes), Christina Carminucci (claquettes), Samantha Feliciano (harpe, voix), Natalie Greffel (basse électrique, voix), Shinya Lin (électronique), Lesley Mok (batterie), Franklin Rankin (guitare)]

Je me surprend à être surpris à la fin quand Melissa Almaguer prend le micro pour remercier son ensemble et mentionner au passage que tout ce qu'on vient de voir et d'entendre était improvisé. Ok! Bien sûr. Les claquettes, ça aurait pu être déplacé, mais au contraire. Méchante belle combinaison de personnes et d'instruments sur scène. J'aurais pu en reprendre.

Vendredi 10 novembre

Journée de travaillottage. Quelques emails en journée, en début de soirée. Je me fais une session de nage en milieu de soirée. Puis on se rejoint pour aller manger de la pizza en fin de soirée. Puis le café où on voulait se poser est fermé alors on rentre bien sagement. Ma visite est bien sage et ça me convient parfaitement.

Samedi 11 novembre

Journée des vétérans, la bibliothèque qu'on voulait visiter après le bain de foule à Bryant Park est fermée. Ils ont déjà sorti le sapin de Noël et la patinoire extérieure là-bas. On prend une très longue marche. Un autobus très bondé. Une dernière épicerie ensemble.

Dimanche 12 novembre

La bibliothèque est ouverte. On lit un peu. Je devrais être là en train d'écrire ceci au lieu de rester dans l'appartement. Bah, quand l'inspiration vient, on la prend.

12 novembre @ Prospect Series Apt, South Slope Brooklyn
trio [« Melvin Bauer » (batterie), Tony Malaby (sax tenor, sax soprano), Todd Neufeld (guitare)]
trio [Sean Ali (contrebasse), Leila Bordreuil (violoncelle), Joanna Mattrey (alto)]

Encore ce même drummer, toujours aussi bon. Il s'est vraiment booké un séjour intense à New York, des concerts presque tous les soirs. J'ai vu aussi qu'il avait des sessions d'enregistrement? Je me demande comment il a fait pour obtenir autant de concerts. Je me demande combien de temps d'avance il a dû s'y prendre.

On est dans un bel appartement bien fenestré dans un très beau secteur de Brooklyn. Il y a un cimetière en face, où je vois sur la carte que se trouve la tombe de Basquiat. Le dernier trio est vraiment bon. Les cordes, ça fait du bien à l'âme. J'échange quelques mots avec les musiciennes qui me semblent passablement défoncées. Parfait.

Lundi 13 novembre

Retour du grand bruit à l'appartement. Ça me rappelle le début de l'été quand on drillait le toit au-dessus de ma tête à journée longue. Maintenant, c'est la rue. Des immenses camions et toutes leurs fumées poussent des souffles, des grognements, des klaxons. On retourne toute la surface de la rue. Ça vibre de partout. Yoga ce soir?

Ma visite est partie, le dernier tiers du séjour est entamé.

Go Rémy Go

lundi 6 novembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 93-94-95-96-97 sur 151

1er novembre @ trans-pecos, Ridgewoods Queens
Jennifer Pyron (voix, électroniques)
duo [Aliya Ultan (violoncelle), Drew Wesely (guitare électrique préparée)]
Levi Liu (électroniques, percussions corporelles électroniques)
Hypersurface [Carlo Costa (batterie), Lester St. Louis (violoncelle), Drew Wesely (guitare électrique préparée)]

J'ai laissé mes invité·es vivre leur vie de touristes pendant que je rencontrais le contrebassiste Conner Simmons à 17 h (cool session!) et allais à ce concert en fin de journée. Une rare visite à Queens, ce quartier que j'ai autant de difficulté à décrire que Brooklyn. Comme partout peut-être, il y a probablement autant de Queens que de gens qui en font l'expérience.

Pyron avait la prestance et le charisme de l'art performance, du rituel, de la cérémonie, mais le volume élevé forçait à se boucher les oreilles et, tant qu'à moi, vivre une expérience moins complète. Levi Liu était incroyable avec les percussions corporelles électroniques; chacun de ses gestes semblait devenir sacré alors que des sons lourds étaient produits par les mouvements du corps. Hypersurface étaient aussi tellement bons, comme la dernière fois que je les avais vus, mais renouvelés par cette amplification.

Jeudi 2 novembre

Les invité·es me sortent au restaurant pour déjeuner. 120$ US à trois pour chacun un œuf bénédictine et un café, par chance que ce n'était pas moi qui payais. Puis je les laisse partir et me fais une journée de travail : réunion vidéo avec un organisme pour mon projet de duo en novembre 2024, relances email de d'autres organismes pour ce même projet (envoyez donc, c'est stressant), edit et mix de ma session de la veille avec le contrebassiste, envoyer ça par wetransfer, début de travail sur mon nouveau CV en anglais qui doit crier « artiste de calibre international », un café au soleil avec plus de emails, petite pratique de violoncelle.

Puis on se rejoint pour aller toustes ensemble au fond de Brooklyn, dans un des fonds de Brooklyn, voir ce concert.

2 novembre @ Record Shop, Red Hook Brooklyn
Kaelen Ghandhi (sax tenor)
duo [Sandy Ewen (guitare électrique préparée), Teté Leguía (basse électrique préparée)]
Toadal Package [Cosmo Gallaro (guitare électrique), James Paul Nadien (batterie), Brenna Rey (basse électrique)]

Trois sets qui me font réfléchir à la structure musicale, plus largement à la structure en art. Je pense habituellement le découpage du temps, ou de l'espace, en terme de sections. La pièce commence d'une certaine façon, une ambiance distincte est créée, puis un geste musical ou autre amène un changement et on est soudainement, ou graduellement, « ailleurs »; un nouvel espace défini se crée alors et est maintenu pendant un moment. Cette expérience de mouvement-stasis se répète et à la fin, on parlera d'une pièce en x sections de telles durées chacunes. Au cours de ce concert, la musique ne se présente pas en sections. J'en discute avec mon amie, elle trouve que la musique se passe comme un tunnel dans lequel on avance. Oui, il y a des œuvres qui se déploient, se déploient sans arrêt, sans créer de sections. Je repense à l'énorme Jackson Pollock aperçu au MoMA.

Réflexion en dialogue avec : se sentir aspiré par New York, versus soi-même l'absorber, voire même s'en nourrir. Ou simplement passer au travers comme le train dans son tunnel. Ou encore se laisser traverser par la ville comme l'être vivant debout au travers duquel passent toutes ces ondes radio.

Vendredi 3 novembre

Changement de visite. Deux ami·es partent, je lave les draps et profite d'un peu de temps seul. Puis trois amies arrivent, trois amies d'enfance qu'il me fait tellement plaisir de réunir ici. Une arrive de la France, l'autre de Montréal, l'autre de Québec. Petit congé de travail. Je me donne un petit congé enfin.

Samedi 4 novembre

Activités de touristes : on va au Guggenheim, on marche dans Central Park. Le beau temps est infini à New York.

Dimanche 5 novembre

Activités de touristes : on va au mémorial du World Trade Center, on prend le traversier pour Staten Island — judicieuse façon d'avoir une vue imprenable sur le sud de Manhattan avec le New Jersey à gauche et Brooklyn à droite, puis de passer très près de la fameuse statue de la Liberté, le tout pour moins de 4$ — on se rend compte en riant qu'il n'y a absolument rien à faire à Staten Island, un autre beau tour de traversier pour revenir, on achète des bagels, on passe devant l'ancien loft de Yoko Ono, on s'assoit dans le parc derrière l'hôtel-de-ville où j'avais passé ma nervosité avant les classes de danse de Max Cookward en août, on traverse le Brooklyn Bridge (wow) et toutes ses pacotilles à vendre, on va au marché aux puces Brooklyn Flea (re-wow). Puis on se fait des quesadillas à l'appartement et j'amène tout le monde à un concert.


5 novembre @ P.I.T. Property is Theft, Williamsburg Brooklyn
duo [Tony Gedrich (contrebasse amplifiée, basse électrique), Crystal Penalosa (électroniques, voix)]
duo [Ben Bennett (percussions), Michael Foster (saxophones, objets)]

Deux duos tellement bons encore. Toustes des musicien·nes virtuoses, mais chacun·es selon des critères différents. Penalosa virtuose du charisme, ses quelques mouvements nous tirent à l'avant dans le son dont elle manipule le timbre de façon très subtile. Gedrich virtuose de la bonne humeur, du plaisir de jouer, d'envoyer des notes de contrebasse qui entrent dans la machine et tournent pendant de longues minutes. Bennett virtuose du spasme précis précis, du volte-face bien mesuré, instantané. Foster virtuose des souffles et des sections, aussi de l'organisation de cette soirée.  

Lundi 6 novembre

Je continue à travailler sur mon CV. Ce n'est que demain que je ferai la paix avec tout le temps que ça me prend pour une tâche qui m'apporte si peu, que j'ai l'impression que je devrais réaliser en quelques minutes seulement. J'écris ceci. Concert ce soir? Yoga du lundi soir? Mieux vaut passer un peu de temps avec les amies avant leur départ.

mardi 31 octobre 2023

studio du Québec à NYC : jours 86-87-88-89-90-91-92 sur 151

25 octobre @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
The Throw [Erik Friedlander (violoncelle), Mark Helias (contrebasse), Ches Smith (batterie)]

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre de Erik Friedlander. Un moment donné, je n'ai pas encore fait le tour de toute la musique possible et impossible à écouter, passée, présente et future, et Friedlander est l'un de ces musiciens sur mon radar auquel je n'ai pas encore donné de temps. Je suis donc arrivé au concert sachant qu'il est un violoncelliste très important de la musique improvisée, expérimentale, etc. Difficile d'être déçu quand on n'a pas d'attentes. J'en conclus donc que j'avais des attentes malgré tout, sans le savoir. Car à vrai dire, j'ai été un peu déçu.

Le batteur Ches Smith faisait partie du trio. Je l'ai vu quelques fois au cours des derniers mois. Un excellent drummer, du genre qui n'arrête pas, très énergique. Il était incroyable d'inventivité dans le Cobra que j'ai vu John Zorn diriger à Roulette. Il avait la précision relax des virtuoses quand je l'ai vu jouer les pièces très écrites de John Zorn au Miller Theater. Dans ce contexte en trio par contre, le set-up jouait contre lui peut-être.

Le trio a commencé à jouer et tout de suite le problème de balance était évident. Smith offrait des plages sonores qu'il concevait clairement comme toile de fond au violoncelle et la contrebasse. Mais le son de la batterie (acoustique) enterrait complètement les instruments (amplifiés). Peut-être ne s'en rendait-il pas compte, il avait un haut-parleur juste derrière la tête. Peut-être prenait-il la posture de celui de qui ce n'est pas le problème. Ça avait un peu l'air de ça.

En tout cas, ça a fini par se placer. C'est quand même ça la musique improvisée, on s'adapte aux situations. Le violoncelle et la contrebasse ont monté le son, la batterie a diminué, mais l'acoustique de la salle ne leur laissait pas de chance.

la lune (presque pleine) très charismatique au retour

Friedlander connaît ses gammes. Son approche est basée sur les notes, disons 95% du temps, car il a bien quelques moments où la texture et le geste prennent le dessus. Notamment une très belle fin où il a presque complètement déroulé sa corde la plus grave. Il utilise parfois une pédale d'effets qui harmonise automatiquement la note qu'il est en train de jouer en plus d'ajouter un peu de reverb. Et à cause de son choix d'harmonie (la quarte au dessus), ses quelques interventions avec effet sonnaient assez jazz fusion années 80. Pas tellement un compliment.

Sinon, qui dit notes, dit souvent référence culturelle. La gamme diatonique évoque la musique classique, la pentatonique évoque les musiques de tradition asiatiques, il y a les gammes qu'on associe au jazz, à la musique turque, etc. On n'est pas en terrain neutre et j'ai été surpris qu'un grand nom comme Friedlander revienne si souvent au mode dorien, sans autre impulsion que le réflexe peut-être (ce n'est pas une mauvaise chose non plus), qu'il cite telle gamme japonaise, tel univers mélodique un peu convenu.

Le contrebassiste se démenait en arrière et j'ai senti que les trois musiciens étaient content de leur concert à la fin. Mais sans plus. À moins que ce ne soit de la projection de ma part, car je suis sorti de là en me disant, « pas pire! », ce qui est à la fois tièdement satisfaisant et une manifestation de la pire des réactions : l'indifférence. Je suis parti sans parler à personne, 0/10 pour moi sur les relations publiques.

Jeudi 26 octobre

Grosse journée de travail. Pour une rare fois, j'éprouve une certaine satisfaction alors que la journée se termine et que j'ai réussi à soumettre mes projets pour deux évènements majeurs (en 2024... et 2025, ça y est, on est là) en plus de relancer mon assureur pour le violoncelle (erreur dans mon dossier de renouvellement) et travailler sur un enregistrement qui sera mis en ligne dans les prochains mois. Pas de concert, pas de natation, aucune dépense à ajouter à mon tableur NYC budget.

Vendredi 27 octobre

Relancer l'assureur. Travail sur la pochette du vinyle que je lance dans les prochains moins. Suivis sur d'autres dossiers. Une marche au petit café que j'aime bien sur Waverly. J'arrête au dépanneur sur le chemin du retour, où on me fait un wrap falafel. Puis l'orchestre.

27 octobre @ Wu Tsai Theater, David Geffen Hall, Lincoln Center, Upper West Side Manhattan
for your eyes only, John Zorn [NY Phil, Brad Lubman (chef)]
Dawning for improvising musicians and orchestra, Kinan Azmeh et Layale Chaker [NY Phil, Kinan Azmeh (clarinette), Layale Chaker (violon), Brad Lubman (chef)]
Gougalōn, Unsuk Chin [NY Phil, Brad Lubman (chef)]

Je crois bien qu'encore une fois je m'étais fait des attentes malgré ma philosophie habituelle. Après tout, on ne paye pas 46,93 dollars canadiens (le concert le moins cher de toute la saison du NY Phil) sans penser que ça devrait être pas pire. La première pièce était assez représentative de l'univers difficilement représentatif de John Zorn. Écrite en 1989, elle faisait se juxtaposer des ambiances très typées, certaines rythmées, d'autres plus abstraites, toujours dans une recherche de contrastes d'une section à l'autre. Il y avait plusieurs instrumentistes sur scène, mais on était loin d'un orchestre complet.

La deuxième pièce m'intéressait plus particulièrement. Une pièce qui se décrit « pour musicien·nes improvisateurices et orchestre ». Intéressant. J'ai écrit un « Concerto pour violoncelle et ensemble » il y a plusieurs années, où toute la partie du soliste est improvisée, j'avais hâte de voir comment d'autres s'en sortiraient, dans le contexte d'un orchestre d'interprètes formées à la classique plutôt qu'un ensemble spécialisé en musique improvisée. J'avais oublié que l'improvisation, ça désigne toutes sortes de pratiques. Incluant une trame d'accompagnement pour jammer des mélodies un peu prévisibles. Ceci dit, c'était tellement bien joué. Les deux solistes-compositeurices sont des virtuoses, ils vivent la musique jusqu'au bout des doigts. Mais c'est ça, le mélange des solistes, leur musique plutôt arabisante — il est originaire de la Syrie, elle du Liban, les deux habitent (ensemble?) à Brooklyn selon les notes de programme — avec l'orchestre très léché, ça m'a un peu laissé sur mon appétit. On était un peu dans la trame sonore de film, je ne sais pas. C'était bon. J'était déçu.

La dernière pièce au programme, de la compositrice Unsuk Chin, était plus substantielle. Le parallèle avec la pièce de Zorn était très intelligent. Encore un concert bien pensé, exemplaire.

Je rentre à pieds et croise deux amis par hasard! Je les joins pour une rare petite bière dans un bar.

Samedi 28 octobre

Travail de montage vidéo ce matin. L'autre jour au concert organisé chez moi, un personnage de la scène de musique improvisée new-yorkaise s'est pointé. Il est de tous les concerts, officiels comme non officiels, Peter Whitney, mieux connu sous son nom instagram jaguarpsychosis, longue barbe grise pointue, utilisant sa cane comme trépied, filme la musique improvisée et diffuse des extraits sur sa page. On raconte qu'il est bien difficile d'obtenir les fichiers originaux de sa part, mais j'ai réussi. J'avais une autre source vidéo d'un ami qui était là et qui m'a fait la surprise de filmer tout mon duo. Alors, quelques heures de surimpression et de fignolage, exporter, téléverser, annoter. Et voilà le travail, mon duo avec la joueuse de piccolo sur youtube.

Puis il y a eu un article sur moi dans La Presse et j'ai pris le temps de faire un post facebook à ce sujet, qui s'avère très populaire, coudon. La photo est vraiment cute avec le petit arc-en-ciel. Malheureusement, encore un titre qui me présente comme un « survivant » (voir la revue de presse initiale). J'imagine que ça entre bien dans le champ lexical à l'approche de l'Halloween, avec les zombies, vampires, revenants et autres esprits. Et c'est de bonne guerre d'attirer l'attention du lectorat avec une pincée de trauma porn, pour ensuite livrer un portrait sommes toute positif et fidèle à la conversation qu'on a eue. Je comprends. C'est chill. Salutations à l'auteur, qui lira peut-être ceci.

Après tout ça, encore un peu de travail sur la pochette du vinyle. Puis un café sur le bord de l'eau, question de ne pas avoir manqué toute la magnifique journée à rester en dedans. Un ami me rejoint. Je vais manger un burger en solo. Puis une deuxième chance pour Erik Friedlander!

New York le 28 octobre 2023, à 17 h 22, il a fait 27°C aujourd'hui

selfie de coucher de soleil

pleine lune sur la ville

28 octobre @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
Electric Snowfall [Erik Friedlander (violoncelle), Ikue Mori (électroniques), Kevin Norton (percussions, vibraphone)]

Vraiment bon concert, tiens donc. Friedlander déposé dans le bon jardin déployait pas mal plus de ressources que l'autre fois. Ou c'était plus adapté à mon oreille. Ou mes attentes étaient basses. Ou j'étais mieux disposé. Ou tout ce à quoi touche la percussionniste électronique au laptop Ikue Mori se transforme en or. Ou le percussioniste et vibraphoniste Kevin Norton réussissait à étonner et pousser Friedlander tout le long. J'ai reconnu quelques gammes caractéristiques au violoncelle, et la finale du concert était par hasard exactement la même que le mardi précédent : dérouler la grosse corde jusqu'à ce que ça oscille et ça ballotte et il n'y a plus de note. Un adon. Un bon choix. Un bon concert.

Dimanche 29 octobre

Ce matin au menu, une pièce de 45 minutes que je soumets pour une compilation sur une étiquette montréalaise, à sortir en décembre. C'était l'étape finale de ce projet. Réécouter le mix fait pas un bon ami, valider le format, envoyer le tout à l'étiquette avec un petit mot. Hop! Après j'ai niaisé un peu.

Au fait, je dois absolument réussir à m'accorder une journée de congé. Je n'y arrive pas du tout, ma liste de choses à faire est pleine, ça pousse. Mais un jour il faudra bien, ça fait depuis avant même de partir pour la semaine à Rimouski que je m'en fais la promesse.

Ce soir, après une bonne session de nage, concert très sympathique d'un ami que j'ai connu à l'université, presque dans une autre vie. Il a composé de la musique pour le classique du cinéma muet Das Cabinet des Dr. Caligari. Sommet de l'expressionnisme allemand, ce serait le premier film d'horreur. La musique était super.

Brooklyn Art Haus, Williamsburg Brooklyn
Anthime Miller (violoncelle, voix, piano, composition), Ava Vyvyan Avanti (alto, viole de gambe), Nicolas Rastegar (basson, flûte traversière, harmonica, piano, composition)

Très impressionnant de voir ces multiinstrumentistes à l'œuvre, ne jouant jamais du même instrument plus de quelques minutes. Un moment donné, Anthime et Nicolas changent même de place pour nous offrir un moment violoncelle-piano. Mais je n'étais pas attentif. Ça arrive! Ça arrive et j'ai décidé que c'était bien correct, pour une fois, d'assister à un concert en écoutant à moitié, en prenant les bons moments. J'ai passé une excellente soirée.

Lundi 30 octobre

Ce matin je fais un peu de promo pour le concert monnomest auquel j'ai décidé que j'allais assister. Je me paye un aller-retour en avion à Montréal, très jet set de ma part! Don't cancel me. Dans mon gros appartement de riche, au dessus de la collection de sacoches à 30 000$, un 450$ d'avion est si vite parti. Je m'en fais rembourser une bonne partie par la production de toute façon, et il fallait vraiment que j'y sois. Autant pour la compositrice, qui me dédie sa pièce, que pour moi.

Après, j'écris plusieurs emails de suivis pour mon projet de tournée en duo en novembre 2024. Il faut vraiment que j'avance ce projet, que j'obtienne toutes les conversations d'ici la fin du mois de novembre pour pouvoir faire la demande. Ark! Décidément pas la partie du travail qui me plait. J'aide un ami pour de la rédaction justement. Puis une bonne pratique de violoncelle. Pas de concert ce soir, mais retour au yoga, épicerie, un peu de routine sans tout à fait jamais répéter les mêmes choses dans le même ordre. Combinatoire de la vie.

Mardi 31 octobre

J'écris ceci en direct d'un café très instagramable.

Le mot de passe du wifi est « mosswall », et je suppose que ça symbolise tout l'effort qui a été mis dans ce bout de mur couvert de faux lichen (pas sur la photo). Le café ferme plus tôt que je pensais. Dehors, je vois les préparatifs pour la parade d'Halloween, gros évènement annuel ici. Pour ma part, j'ai des amis qui arrivent de Montréal. Qui arrivent juste à temps pour que je les traînent tout de suite attraper la fin d'un concert.

31 octobre @ Downtown Music Gallery, Chinatown Manhattan
Trio [Marco Cappelli (guitare classique modifiée amplifiée), Chris Cochrane (guitare électrique), James Paul Nadien (batterie)]

On entre en plein milieu du set et on est tout de suite soufflés par la présence et l'intensité des musiciens. On est soufflés et on est aussi aspiré par le sous-sol. On est trois et, comme je pensais, on double presque la taille de l'auditoire en s'ajoutant. Excellent concert. On jase un peu avec les musiciens. On arrête à une place de nouilles, scusez de hand-pulled noodles, qui m'a semblée bien authentique avec tout le personnel qui parlait mandarin. À moins que ce ne soit un des dialectes dont les youtubers américains qui voyagent se servent pour impressionner d'autres américains. Je réfère à ceci, pour qui n'est pas tombé encore dans ce vortex youtube.

Mercredi 1er novembre

Je commence la journée en complétant ceci. Les amis ont bien dormi, je leur ai fait des toasts dorées, ils partent bientôt dans la ville, je vais rester travailler. Sur quoi? Je ne sais plus, ce n'est pas le choix qui manque. Tiens donc, l'assureur me répond. J'ai un truc à faire rapidement pour la coop à Québec. Ah oui, il faut payer le loyer aussi. Mais je pense bien qu'à force de travailler tous les jours je vais finir par toucher le fond. Dans le bon sens de toucher le fond, le fond de la liste de choses à faire, pas le fond de moi qui crash parce que je ne suis pas capable de m'accorder de congé. À 17 h, j'ai la visite d'un contrebassiste et on se fait une petite session en duo. Ce soir, un concert dans Queens?

mercredi 25 octobre 2023

studio du Québec à NYC : jours 81-82-83-84-85 sur 151

20 octobre @ Wu Tsai Theater, David Geffen Hall, Lincoln Center, Upper West Side Manhattan
Mifiso la sodo, György Ligeti [NY Phil, David Robertson (chef)]
Concert Românesc, György Ligeti [NY Phil, David Robertson (chef)]
Piano Concerto, Elena Firsova [NY Phil, Yefim Bronfman (piano), David Robertson (chef)]
Serenade No. 1, Johannes Brahms [NY Phil, David Robertson (chef)]

Un programme et un chef qui n'ont pas tellement mis en valeur l'orchestre, il me semble. Les deux pièces de Ligeti n'avaient rien de la complexité et la profondeur qui caractérisent habituellement ce compositeur, la pièce de Firsova ressemblait parfois à un exercice de style et bien des clichés côtoyaient les quelques trouvailles de la compositrice, et la pièce de Brahms était aussi prévisible qu'interminable. Ça sonnait bien par contre, les musicien·nes de l'orchestre — étonnamment toustes assez agé·es — jouaient les passages les plus difficile les doigts dans le nez, le chef, expressif, et pas nécessairement à l'avantage de sa direction, tenait bien son orchestre, le premier violoncelle partageait ce maniérisme de théâtralité qui n'apporte pas grand chose au son, mais qui ne lui enlève rien non plus, chacun son genre, la salle sonne bien, on entend tout.

Étonnant qu'un programme aussi beau en théorie, exemplaire même, avec une pièce très récente (2020) d'une compositrice établie mais moins connue peut-être, deux pièces d'un grand maître de la musique du XXe siècle et un classique bonbon, ait donné lieu à un concert au final aussi conservateur. Bizarre choix de pièces. J'ai rendez-vous avec le New York Philharmonic à nouveau ce vendredi 27 octobre, dans un programme tout John Zorn. Hâte de voir jusqu'où le même orchestre peut aller, sous une autre baguette et dans un contexte plus dynamique.

Samedi 21 octobre

Visite au MoMA! On se promène dans un dédale de petites galeries, d'étonnement en étonnement. Je ne m'attendais pas à voir en personne autant de peintures iconiques de l'histoire de l'art du dernier siècle. L'atmosphère n'est pas au recueillement, il y a du monde et il faut passer, il faut y aller sinon on n'aura jamais le temps de tout voir. Je suis surpris qu'il n'y ait pas plus de décorum, de rituel, autour des œuvres qu'on rencontre. Peut-être qu'il y en a trop! Par exemple, chaque tableau de Rothko aurait mérité sa propre pièce dédiée il me semble, à l'écart des autres, une expérience pour le public, un hommage à l'œuvre, un piédestal, une trame sonore optionnelle, un texte explicatif. Mettez-moi en charge et il faudra décupler la superficie du musée.

Normand et moi au MoMA!

Vite de même, les pièces qui m'ont le plus marquées : la Roue de bicyclette de Marcel Duchamp, les peintures incroyablement charismatiques de Malevitch, les Mondrian, l'énorme Jackson Pollock, le bout de la Nuit étoilée de Van Gogh aperçu derrière les têtes, la pièce inouïe consacrée aux énormes Nymphéas de Monet, le minuscule Dalí, la vidéo de fesses diverses qui marchent par Yoko Ono. Sans compter les Picasso, Miró, Warhol, il y en a tellement. Un feu ici et c'est la majorité du contenu des livres d'histoire de l'art moderne qui disparaît.

Dimanche 22 octobre

22 octobre @ Studio du Québec à New York, Soho Manhattan
commissaire Selendis Sebastian Alexander Johnson
duo [Layla Rose Greene (danse), Lia Simone Sachs (violoncelle)]
duo [Rémy Bélanger de Beauport (violoncelle), Samantha Kochis (piccolo)]
duo [Clara Joy (guitare, voix), Aliya Ultan (violoncelle)]
duo [Anna Abondolo (contrebasse), Emmanuel Michael (guitare électrique)]

La délégation du Québec à New York avait fait livrer des craquelins
et une belle assiette de fromage et fruits séchés

Le concert à mon appartement a été un succès! Musicalement, je trouve que j'ai bien joué mais rien de transcendant ne s'est passé, ni de ma part ni de la part des autres artistes. J'ai rencontré beaucoup de nouvelles personnes, l'ambiance au début un peu frette s'est réchauffée et à la fin tout le monde était confortable. Aucun bris, aucun vol, aucun stress, des gens ont même croisé l'actrice Uma Thurman en partant dans l'ascenseur. Mission accomplie.

Une partie du public dans l'appartement

Mon duo, photo par Normand Babin!

Lundi 23 octobre

Je suis vraiment dû d'un congé mais je n'y arrive pas, car tout ce qui avait été mis de côté pendant mon voyage à Québec, Rimouski et Montréal, puis le concert à mon appartement, est maintenant en retard. Il faut relancer les gens, reprendre les emails. Je vais quand même à la rencontre du correspondant de la Presse à New York en fin d'avant-midi, et au yoga ce soir.

Je me sens dans le jus. Même mon blog ici n'a plus de réflexions depuis un moment, je l'écris dans l'urgence de cocher un autre item sur la liste, je résume les faits et ne prend pas le temps. Ça viendra, ça reviendra. 

Mardi 24 octobre

24 octobre @ Downtown Music Gallery, Chinatown Manhattan
Trio [Steve Hirsh (batterie), Matt Hollenberg (guitare électrique baryton), Dave Sewelson (sax baryton)]
Quartet [Sally Gates (guitare électrique), Steve Hirsh (batterie), Matt Hollenberg (guitare électrique baryton), Dave Sewelson (sax baryton)]
Duo [Sally Gates (guitare électrique), Elliott Sharp (sax)]

Rien à signaler pour ce petit concert qui s'est terminé juste assez tôt pour que je passe faire un bout d'épicerie au Target sur le chemin du retour. J'ai été manger des nouilles au beurre de peanut au Shu Jiao Fu Zhou, autre élément coché sur ma liste de choses à faire et à voir. Bientôt le Guggenheim.


Photo au hasard prise en me rendant au concert; au loin, le Manhattan Bridge

Mercredi 25 octobre

Aujourd'hui, je tente de rattraper du travail. Voyons c'est difficile d'avoir la ligne au Consultat général de France à Québec. J'envoie un email. Je réponds à un truc. Téléphones à une amie et un ami qui s'en viennent me visiter bientôt. Organiser. Écrire ceci. Puis je vais nager. Puis à un concert à The Stone.

Quelques photos de ma participation au concert du GRILL avec DDK le 17 octobre passé, photos de Christian Bujold



vendredi 20 octobre 2023

studio du Québec à NYC : jours 69-70-71-72-73-74-75-76-77-78-79-80 sur 151

Lundi 9 octobre

Deux concerts en une journée

9 octobre @ First Street Green Cultural Park, Bowery Manhattan
présentation de Arts For Art InGardens
Chris Williams Trio [gabby fluke-mogul (violon), ​Lesley Mok (batterie), Chris Williams (trompette)]
duo [Che Chen (percussions), Anaïs Maviel (voix)]
William Hooker Trio [Hilliard Greene (contrebasse), William Hooker (batterie), John King (guitare électrique)]

Alors que je trouve donc que je passe inaperçu à New York, et que j'ai comme hâte d'être reconnu par celleux que je considère mes pairs, j'ai été agréablement surpris quand le trompettiste Chris Williams est venu me voir pour me serrer la main, me dire qu'il m'avait remarqué dans l'assistance à de nombreux concerts et se présenter. Ça m'a vraiment fait plaisir. Puis c'est le guitariste Chris Cochrane... J'ai souvent envie de d'utiliser le qualificatif « légendaire » pour parler des gens ici, le guitariste légendaire Chris Cochrane. C'est que c'est mérité! Dans son cas, il joue nonstop dans la scène new-yorkaise depuis les années '80, avec John Zorn, Zeena Parkins, Marc Ribot, Brian Chase, etc. Il était dans le public pour ce petit show d'après-midi lui aussi, et il est venu me voir après, juste comme ça. Il se rappelait m'avoir vu au (fantastique) concert de son trio The Chutneys, la fois où j'ai vaincu Times Square. Plus récemment, son duo avec la violoncelliste Lori Goldston était super aussi. Tout qu'un guitariste. Alors, il vient me voir et me demande mon contact, comme ça, parce qu'il veut m'envoyer de la musique par email qu'il me dit. Il n'est pas sur les réseaux. Ok! Ok! J'existe. Pas de nouvelles depuis par contre.

9 octobre @ Artists Space, Chinatown Manhattan
soirée Abasement 66, DJ Sandy Lane, Scott Kiernan (visuels)
duo [gabby fluke-mogul (violon), Fred Frith (violon)]
duo [Tom Thayer (instruments inventés, voix, électroniques, projections, composition), Henry Thayer (instruments inventés, voix, électroniques, projections)]
duo [A. Helicopter (sax), Dr. Evilletown (guitare électrique)]
The Ghost [Michael Foster (saxophones, composition), John Moran (contrebasse), Joey Sullivan (batterie)]

Grosse soirée à Artists Space. C'est un des lieux dont j'avais entendu parler avant de venir à New York. Un sous-sol assez grand, plafonds hauts, espace tout béton avec des projections manipulées en direct tout au long de la soirée, sur trois murs. Peut-être 150 personnes, les prestations duraient 20-30 minutes chacunes, et il fallait attendre au moins 45 minutes entre chacune, avant la prochaine affaire. Ce n'était pas un showcase qui s'enfile, mais plutôt une soirée élaborée par des gens qui aiment chiller et boire une coupe de vin, une bière, en jasant en écoutant la bonne sélection du DJ. Entrée gratuite!

On se serait cru sur le plateau de tournage d'un film sur la vie artistique de New York, quelque chose qui n'aurait existé que dans la fiction de ce qu'on se raconte plus tard sur un certain endroit, une certaine époque. C'était quasiment trop cliché, trop parfait, un peu plus et Andy Warhol débarquait avec Yoko Ono et Patti Smith. Ambiance artistes visuels. Spottez-moi dans la documentation officielle. Au lieu des héros du passé toutefois, c'était des super musicien·nes qui se présentaient sur scène, certain·es que je vois habituellement jouer devant 15-20 personnes dans le fond de magasins de disques ou autres petites salles. Il y avait un genre de compositeur et inventeur d'instruments qui jouait avec son fils, un ado en lunettes fumées plus charismatique que tout le reste. Né dedans! Puis le trio The Ghost en finale était aussi décapant que la dernière fois que je les avais vus, mais là c'était une version un peu très écho dans la grande salle. Gros show pareil, juste par les moyens mis dans l'enrobage : salle, lumières, visuels.

Mardi 10 octobre

Je commence la journée renversé par une entrevue que je lis, donnée il y a quelques semaines par le saxophoniste de The Ghost. ll parle de son approche queer de la musique improvisée, de son envie de connecter l'identité gay, les luttes LGBTQ+ à son travail de musicien. Des questions pas évidentes auxquelles j'ai tellement réfléchi et pour lesquelles je n'ai jamais trop trouvé d'écho dans ma communauté Ma perception du milieu de la musique improvisée, expérimentale, etc. est d'ailleurs tellement hétéronormée depuis toujours, que je n'avais même pas remarqué que le disque de The Ghost, que j'ai littéralement tenu dans mes mains et observé, appelé très explicitement « Vanishing Pleasures » et montrant une scène de bondage gay comme pochette, je n'avais même pas remarqué qu'il partait d'une perspective queer. Bin voyons. À suivre.

Journée d'admin, Puis j'ai été nager en soirée, puis spontanément j'ai été voir un film dont j'avais écouté le cinéaste en entrevue la veille sur un des podcasts que j'écoute régulièrement. Dicks: The Musical. Assez drôle, mais pas à se pitcher dans les murs. Je ne suis pas un très bon public pour l'humour. Le film était en avant-première à NYC cette semaine, je ne sais pas à quel point ni quand il va être distribué et montré internationalement. Quand je disais que NYC donne l'impression d'être le centre du monde, c'est ça aussi. J'entends parler d'un film, hop c'est ici et seulement ici qu'on peut le voir tout de suite avant qu'il ne se répande au reste du monde.

Mercredi 11 octobre

Journée d'admin, séance de lecture dans un café, lavage en prévision de mon voyage à Rimouski. Comme je n'étais presque pas sorti de la journée, j'ai décidé d'aller faire un tour au karaoké animé par Glace Chase avant de me coucher. Je la trouve bien drôle et c'est un des seuls endroits ouverts les soir à moins de 10 minutes de marche d'ici qui ne soit pas un restaurant chic intimidant.

Jeudi 12 octobre

Journée de ménage et de préparation au voyage.

Vendredi 13 octobre

6 h 30 : réveil, douche, manger un peu, vider la poubelle
7 h 30 : départ de mon appart vers le métro — je suis rentré sans payer! Ça a adonné comme ça, je traînais toutes mes affaires, je fouillais pour mon téléphone avec lequel swiper pour ouvrir le tourniquet, le métro est arrivé, une grande porte de côté s'est ouverte, je me suis élancé et hop bye à la new-yorkaise devant le contrôleur qui n'a évidemment pas bronché — puis la bus (gratuite!) jusqu'à l'aéroport. Tout s'est passé exactement à la minute prévue.
8 h 30 : la file pour entrer en zone internationale, passer les bagages dans le détecteur, tout a été très simple
10 h 45 : vol New York - Montréal parti à l'heure, arrivé à l'heure
13 h 15 : vol Montréal - Québec parti à l'heure, arrivé à l'heure
14 h 15 : lift de l'aéroport à mon appart à Québec, coupage du cadenas pour libérer mon vieux violoncelle pas bon sur lequel je vais jouer à Rimouski, drop de linge d'été au fond du garde-robe, prendre le linge d'hiver et une pédale de volume à la place dans ma valise
18 h : lift chez mon hébergement et ami et coupe de cheveux
21 h : chill et amitiés au Foubar

Ça a donc bien bien été.

Samedi 14 octobre

10 h : petite marche dans le Vieux-Québec, on croise du monde!
13 h : lift pour Rimouski
18 h : arrivée au airbnb, bonne pratique pour dérouiller le vieux violoncelle, ça va être ça qui va être ça, souper aux pizza pochettes, la seule option végé dans l'épicerie-dépanneur #rimouski

Dimanche 15 octobre

Première répétition avec le GGRIL et DDK

vue correcte de Rimouski

Lundi 16 octobre

Deuxième répétition avec le GGRIL et DDK. Je suis allé nager en soirée.

photo volée sur le facebook à Jonathan

Mardi 17 octobre

Troisième répétition avec le GGRIL et DDK, concert en soirée.

17 octobre @ salle Telus, Rimouski
présenté par Québec Musiques Parallèles
DDK [Jacques Demierre (piano, composition), Axel Dörner (trompette, composition), Jonas Kocher (accordéon, composition)], GGRIL [Robert Bastien (guitare électrique), Rémy Bélanger de Beauport (violoncelle), Clarisse Bériault (hautbois, objets) Isabelle Clermont (harpe électrique), Sébastien Côrriveau (clarinette basse), Olivier D'Amours (guitare électrique), Alexis Gagnier-Michel (violoncelle), Mathieu Gosselin (sax baryton), Jonathan Huard (vibraphone, percussions), Pascal Landry (guitare classique), Antoine Létourneau-Berger (ondes martenot, percussions), Éric Normand (basse électrique), Alexandre Robichaud (trompette), Gabriel Rochette-Bériau (trombone), Catherine Savard-Massicotte (violon)]

Me voilà encore en train de parler de « légendes », mais difficile de faire autrement surtout avec Axel Dörner, trompettiste iconique de la scène berlinoise depuis les années 90, que j'ai vu tellement de fois en concert, Une approche vraiment unique de l'instrument et de la musique en général, basée sur des choix de timbres très précis, qui percent au travers n'importe quelle texture ambiante qu'ils soient fort ou doux, et des choix vraiment délibérés de placements du son dans le temps. Dörner attend, prépare un son, le place avec minutie et force, même dans le cas des sons à la limite de l'audible, et tient son bout pendant un moment. Il s'arrête et recommence avec quelque chose de complètement différent.

Travailler à ses côtés, c'était faire l'expérience de cette attitude là, de proche et aussi en soi-même, se faire prêter les clés de ce mode d'interaction si particulier en musique improvisée.

Même impression avec Jacques Demierre, avec qui j'avais déjà joué en 2017. Lui est basé en Suisse, actif depuis je ne sais pas combien d'années, il a l'air de jouer pas mal partout en Europe. Son approche du piano est étonnante, il l'a comme domestiqué, comme un maître avec son chien; autant il peut le caresser et lui faire chanter toutes les harmonies, autant quand il se décide à lui donner une taloche, on voudrait pas être à sa place et ça jappe, ça couine, ça fait tous les temps. Demierre est vraiment smatte en plus, il a toute une réflexion sur la musique.

Jonas Kocher est aussi établi en Suisse. J'ai jamais entendu un accordéon qui descendait aussi grave et montait aussi aigu. Un de ses effets-signature, à Kocher, c'est de tenir une note suraigüe, très faiblement et sans bouger ou preque, au moment où tout le monde arrête de jouer; la note est tellement haute qu'au début on se demande si elle fait partie de la musique ou si elle ne vient pas d'un sillement électrique quelque part dans la salle, puis on se rend compte qu'on l'entendait depuis tantôt au-dessus de toute la texture sonore, et qu'elle est maintenant dénudée devant nous, fragile et perçante. Je découvre Kocher avec ce projet, un super improvisateur et organisateur, rallieur, explicateur, de bonne humeur.

En concert, nous avons joué une pièce de 45 minutes où l'improvisation rencontrait certains repères dans le temps. À mon avis, la version concert n'était pas excellente. Encore une preuve que l'improvisation c'est vrai et c'est risqué. « Risqué et audacieux », c'est écrit dans mon texte standardisé de démarche artistique (qu'il faudrait que je révise d'ailleurs). Peu importe, il y a eu de vraiment bons moments en répétitions et ça valait le trouble d'aller jusqu'à Rimouski. Et je suis payé quand même.

Mercredi 18 octobre

9 h 30 : lift Rimouski - Québec

13 h : arriver à Ste-Foy, endroit tellement inhospitalier. Où aller quand on a 2 h à attendre dans le coin de l'hôtel de ville? Pas de cafés, rien. La bibliothèque, j'ai niaisé là un peu.
15 h 30 : covoiturage Québec - Montréal
19 h : chill en terrain connu

18 octobre @ Casa Obscura, Montréal
série des mercredimusics
trio [Jean Derome (sax, objets), Bernard Falaise (guitare électrique), Pierre Tanguay (batterie)]

J'étais content d'arriver à temps pour ce concert. J'ai repensé aux premiers concerts que j'ai vus à la Casa Obscura en 2006, 2007, puis tous les mercredis ou presque, jusqu'à 2011. Les musiciens que je voyais là étaient un peu des idoles (j'exagère, mais quand même, ils avaient l'expérience, la feuille de route et surtout le langage, leur musique me transportait), aujourd'hui ce sont plutôt mes collègues. Quoique, 50 ans de métier, comme j'en jasais avec Pierre Tanguay, c'est 50 ans de métier.

Jeudi 19 octobre

9 h 30 : visite d'une super amie
11 h 10 : départ du train Montréal - New York tellement à l'heure, à la minute près
23 h : arrivée à l'appart, ouf.





En vrai, je n'ai pas vu le temps passer. Je ne le ferais pas toutes les semaines, mais cette fois le voyage en train était parfait pour moi. Très relax. Beaux paysages tout le long. J'ai mangé en masse au petit café, j'ai trié toutes mes factures du voyage, écouté en masse de tik tok. J'ai enduré des maudits Québecois saouls sur le White Claw et une banlieusarde de Saint-Lambert m'a toussé derrière la tête tout le long du trajet quand je n'étais pas au wagon restaurant, mais sinon tout le monde était tranquille. Même le train est tranquille, peu bruyant. J'aurais pu rester dedans quelques heures de plus, je n'ai même pas eu le temps de lire mon Proust ou écrire mon blog.

Vendredi 20 octobre

Aujourd'hui : épicerie direct en se levant, écrire ceci, vider ma valise et concert du NYPhil avec de la très belle visite de Toronto!

Je commence à être fébrile pour le concert ici dans l'appartement après-demain.




dimanche 8 octobre 2023

studio du Québec à NYC : jours 60-61-62-63-64-65-66-67-68 sur 151

J'ai pris du retard dans mon blog. Et plus les jours avancent, plus le résumé s'allonge et plus je procrastine. Il y a eu plusieurs journées consacrées à la rédaction de demande de bourse, que j'ai réussi à envoyer à temps le 4 octobre. Ce sera donc le Conseil des arts du Canada et non mon lectorat de blog qui aura à souffrir le fruit et l'usufruit de ma pensée sous forme écrite pour les jours qui ont précédé le 4 octobre. Au cours de ces quelques jours d'apnée d'ailleurs, mon rapport à la ville a changé, je l'ai vécue non comme un endroit à arpenter mais comme un support à mon activité régulière. J'aurais pu être sur une montagne de Suisse ou dans un appartement louche donnant sur un parking à Rimouski que ça aurait été pareil. Pas tout à fait. Est-ce que j'ai donné tout ce que j'avais lors de la rédaction? Oui. Est-ce que j'ai bien utilisé tous les caractères alloués? Mieux que jamais. Est-ce ça fera en sorte que j'aurai ma part des millions de dollars canadiens qui sortent supposément des coffres pour financer la culture? Rien n'est moins sûr. Ma bouteille à la mer est partie.

Je ne donne pas trop de détails sur mes projets, peut-être pour me protéger un peu. Dans 6 mois, j'aurai la réponse de ce que j'ai déposé cette semaine, et si la réponse est négative (bis) je n'aurai que moi à gérer, tandis que si j'en parle à tout le monde, il faudra qu'en plus je console tout le monde de leur déception pour moi. N'importe quoi. Sans en dire trop, j'ai demandé cette semaine du budget pour payer des répétitions avec 5 personnes qui joueront des solos que je compose, auxquels se joindra un quatuor en fin de parcours. C'est pour ce même projet que j'ai essuyé un premier refus il y a un mois. La nouvelle rédaction fut quand même pénible. Pé-ni-ble.

Qu'est-ce qu'on fait quand on a transformé son cerveau en érable d'amérique et que tout le jus est maintenant à la cabane à sucre? On magasine niaiseusement. Je continue à me demander si je ne fais pas une folie de mitaines Louis Vuitton ridiculement chères, d'autant plus que j'ai les mains gelées ces jours-ci avec les 10°C. bien humides des soirées automnales. Je pense aussi m'acheter un petit ordinateur super cheap pour retrouver le plaisir de toujours avoir un ordi sur moi et aller travailler spontanément n'importe où n'importe quand sans avoir à traîner ma bonne machine si efficace mais si lourde et qu'il ne faudrait vraiment pas que je me fasse voler. Je regarde les reviews de chromebooks, j'ai même été en regarder quelques uns en personne au Best Buy. À suivre.

Samedi 30 septembre

Visite d'une amie poète de Québec. C'était cool de lui faire profiter de l'intimité que je développe avec la culture musicale champ gauche de NYC et pouvoir l'inviter voir de la musique et du texte dans un petit parc samedi, puis dans un magasin de disques le lendemain.

Un beau bain de foule samedi, modeste quand même, pour voir et entendre — parfois on n'entendait vraiment pas très bien, malheureusement, surtout le violoncelle, tiens donc! — une pièce très « musique contemporaine d'avant-garde new-yorkaise des années 70 » du violoncelliste et compositeur Arthur Russell. Ça rappelait des pièces de John Cage dans l'intérêt pour la complexité résultant d'un aléatoire bien mesuré. Arthur Russell est un des seuls exemples de violoncellistes un peu rock que je connaisse, même un peu grunge avant le temps, le tout avec à peu près un seul album d'importance à ce que je sache. Arthur Russell était gay, et personne ne me l'a jamais dit. Pourtant les exemples de gays qui font de la musique qui sort des sentiers battus sont si rares, il faudrait en parler plus. Reflet de son époque, il est mort des suites du sida en 1992. Un autre qu'on a perdu dans ces années là, alors que le « cancer gay » n'avait pas la cote dans les laboratoires de recherche. Je ne savais pas que Russell avait des études assez poussées en composition aussi, et la pièce qu'on a vu était maladroite, mais donnait un bon exemple de l'état d'esprit de l'époque, avec une partition qui comporte plusieurs choix que les interprètes doivent faire pour eux-mêmes ou imposer au groupe. Coudon, est-ce que je suis en train d'écrire la demande de bourse de Arthur Russell? En tout cas j'ai beau chercher partout, je trouve les noms des musiciens, mais pas qui faisait quoi.

30 septembre @ New York City AIDS Memorial, West Village Manhattan
Arthur Russell, City Park [Nat Baldwin (??), Lea Bertucci (voix, électroniques, bandes sur reel-to-reel), Nick Hallett (voix?), David Van Tieghem (batterie?), Alex Waterman (violoncelle), Peter Zummo (tables-tournantes?)]

Dimanche 1er octobre

J'ai terminé du gros montage pour joindre à ma demande de financement, puis quelques heures de rédaction dans un café, puis je me suis permis un concert.

1er octobre @ P.I.T. Property is Theft, Williamsburg Brooklyn
Webb Crawford (solo guitare électrique)
duo [Fred Moten (poésie), Brandon Lopez (contrebasse)]

Lundi 2 octobre

Rédaction toute la journée, puis mon yoga du lundi. Je suis revenu à pieds pour continuer à m'aérer les idées un peu. Par hasard, je suis tombé sur l'épicerie Trader Joe's où il m'a semblé avoir vraiment beaucoup de deals et un achalandage jeune et un peu chaotique. À réessayer pour la prochaine épicerie. Pas de concert! 

Mardi 3 octobre

Rédaction toute la journée, puis toute la soirée jusqu'à 1 h 30 AM. Pas de concert!

Mercredi 4 octobre

Fin de la rédaction, dépôt de la demande, puis j'ai été nager et j'ai été voir un concert. Fred Frith est un guitariste qui fait son affaire depuis vraiment longtemps. J'avais pris une classe de maître en improvisation avec lui en 2006! C'était à Montréal, il avait joué un soir en duo avec Danielle Palardy Roger et c'est un des meilleurs concerts de musique improvisée que j'ai jamais vus. Cette fois à NYC il a joué en trio avec gabby fluke-mogul (violoniste que j'aime beaucoup) et une percussionniste vraiment hot que j'entendais pour la première fois en personne. Leur trio était très bon, mais on aurait dit qu'on sentait qu'il leur manquait de temps, me semble que ça jouait pressé d'aller d'une chose à l'autre.

4 octobre @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
duos, trio [Nava Dunkelman (percussions), gabby fluke-mogul (violon amplifié), Fred Frith (guitare électrique)]

Jeudi 5 octobre

J'avais une réunion en ligne le matin pour prendre des nouvelles d'une amie et jaser du mastering et du graphisme de notre vinyle à venir. Puis j'ai tenté de prendre congé du travail un peu, j'ai été lire à Central Park. J'ai mangé une crêpe aux épinards trop chère avec toutefois un excellent café filtre d'un des nombreux kiosques sur place.

Entre la réunion et le parc, j'ai fait un détour par le luthier Finlay + Gage. Qui sait, peut-être que mon prochain violoncelle se trouve à NYC? On m'a présenté les quelques instruments qui pourraient potentiellement me convenir sur place, je vais prendre rendez-vous au cours des prochains jours pour prendre le temps d'essayer tout ça. J'ai aussi pensé qu'il pourrait être intéressant de leur présenter mon violoncelle, voir s'ils ont des idées pour l'améliorer. Je ne sais pas combien ils chargent. Le name-dropping de violoncellistes expérimentaux jouait au niveau expert de la part du représentant des ventes : Erik Friedlander oui il vient ici depuis dix, vingt ans; oui si tu voyais Okkyoung Lee arriver avec sa pile d'archets; Lester St.Louis bien sûr quel excellent violoncelliste; tu connais Leila Bordreuil oui évidemment sinon je vous aurais mis en contact, bla bla bla.

Break de concert, je me suis couché très tôt j'étais burrrrn.

Vendredi 6 octobre

J'ai été lire et manger un bagel au parc en me levant. Puis la pluie et j'ai pris quelques heures pour mettre à jour mon document de dépenses NYC, que j'avais délaissé depuis quelques jours. Classer les reçus papier, les reçus email, les dépenses pas de reçu, valider à quel point les prix décuplent dans mon compte en argent canadien. Puis j'ai fait un peu de yoga à la maison pour me secouer. Puis ma pratique de violoncelle. Puis un concert.

6 octobre @ MISE-EN_PLACE, Greenpoint Brooklyn
présentation de Anti Social Music et Eli Wallace
duo [Ingrid Laubrock (sax ténor, sax soprano), Tom Rainey (batterie)]
Hypersurface [Carlo Costa (batterie, objets), Lester St. Louis (violoncelle), Drew Wesely (guitare électrique]
Eli Wallace Quintet [Michael Foster (sax ténor, sax soprano), Steve Swell (trombone), Michael TA Thompson (percussions), Victor Vieira-Branco (vibraphone), Eli Wallace (piano, percussions)]

C'était dans un espace vraiment écho, genre de galerie d'art faite sur le long au milieu de nulle part au dessus d'un garage dans un quartier industriel. Le duo était vraiment hot, c'est la première fois que je voyais vraiment Ingrid Laubrock briller comme soliste wow. Son langage est difficile à décrire, mais c'est pas du hasard ce qu'elle fait. Beaucoup de notes qui, bien qu'elles se suivent parfois en de grands gestes sur toutes l'étendue du saxophone, ne sonne jamais jazz ou super fucké. Après, Lester St.Louis au violoncelle était encore une fois renversant, dans une esthétique complètement différente de ce que je l'ai vu faire les 3-4 autres fois que je l'ai vu. Un truc hyper ténu, retenu, plein de textures qui se rencontraient entre les instruments. Chaque fois que je vois ce violoncelliste là il fait quelque chose de différent de la fois précédente. En fin de soirée, le quintette était poche. La batterie jouait trop fort, entraînant avec elle le sax et le trombone (les seuls à pouvoir l'accoter) pendant que le pianiste se démenait et qu'on n'entendait rien. Pas correct ça, il me semble que quand on n'entend pas quelqu'un, on se calme. En tout cas! En plus c'est le pianiste qui organisait la soirée. On ne saura jamais l'étendue de son jeu.

Samedi 7 octobre

Une grande marche me mène au Best Buy voir un inventaire très réduit, au Stranded un magasin de disques que j'avais sur ma liste (un des soixante-dix onglets ouverts sur mon ordi, que je peux maintenant fermer, j'ai vu ce qu'il y avait à voir), au D and Q Computers où il n'y a rien à vendre finalement, au café Thayer dont le slogan « books and coffee » m'inspire à lire quelques pages, au Desi Galli petit resto indien pas cher en chemin puis au métro vers un show d'appartement.

Le métro sort parfois de son parcours sous-terrain et passe plutôt par-dessus la ville, comme lors de ce transfert de Brooklyn à Queens

7 octobre @ l'appartement de Selendis, Ridgewood Queens
commissarié par Selendis Sebastian Alexander Johnson, série « We Are Greater Than (The Sum [From 1 To Selendis’s {=?=} Choice] Of 4n) », épisode #14/6.1
Henry Plotnick (solo piano électronique)
Rocío Días de Cossío (solo violoncelle)

C'était ma première fois dans le quartier Queens. Ça ressemble pas mal à Brooklyn, du moins le secteur Ridgewood où j'étais. Je suis surpris de ces concerts d'appartements. On entre chez quelqu'un, sa brosse à dents et son rasoir traînent dans la salle de bains, je m'assois par terre dans le cadre de porte de sa chambre où on devine le lit défait, il y a sa décoration pas belle; l'hôte partage son intimité avec les inconnu·es. Je trouve incroyable que des gens osent recevoir comme ça apparemment sans crainte de se faire voler, mais ce qui m'impressionne (?) le plus, c'est le partage. Ma chumme Natasha Kanapé Fontaine titrait « N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures ». Chez-soi, c'est l'âme un peu, en tout cas c'est là qu'on entasse toutes ses manifestations matérielles. Proust, sors de ce corps! Est-ce que j'inviterais des gens à voir un concert dans mon salon à Québec? Peut-être. Pourquoi pas, dans le fond? Pourquoi garder si précieux nos espaces?

Le solo de violoncelle était cool, j'y ai reconnu beaucoup de choses que je fais moi aussi. Ça m'a fait réfléchir à ce que ça veut dire jouer en solo. Pourquoi on fait ça, pourquoi on s'impose aux gens comme ça, avec nos sons, nos expériences. Il y en a toujours trop. La violoncelliste était très jeune, je pense, originaire du Mexique et à NYC depuis peu, je pense. On a jasé de mon expérience à Mexico, on s'est promis de se revoir. À suivre. Le saxophoniste était vraiment bon à la fin, il a joué à peine quelques minutes alors qu'il avait une demi-heure à sa disposition, fournissant sans le savoir une bonne réponse à mes questionnements précédents.

Sur le chemin du retour, il était encore tôt et je me suis permis une très rare bière dans un bar. En attendant le métro, j'ai trouvé sur internet des recommandations pour des bars où il est possible d'aller lire tout seul sans se sentir trop pas à sa place. C'est New York après tout, il s'agit de vouloir quelque chose d'assez précis pour en formuler la demande à Google pour le trouver. Je me suis ramassé au Blurp Castle, un petit bar où il est uniquement permis de chuchoter. Exactement la bonne ambiance, ça fait du bien de quitter la rue tellement bruyante pour entrer dans un endroit sombre où on marche sur un vieux tapis brun. Quand le volume des conversations augmente, le barman fait shhhhhhhh et tout le monde baisse le ton en riant de la situation absurde dans laquelle iels ont choisi de se mettre. L'endroit est situé à une vingtaine de minutes de marche de chez moi, mais je n'étais pas habillé pour le froid que la nuit avait imposé alors je suis rentré en métro. J'allais dire « j'ai pris le train », c'est comme ça qu'on dit ici.

Dimanche 8 octobre

Matinée virtuelle avec quelques amis en visioconférence, de qui j'étais content d'avoir des nouvelles. Puis bien du niaisage et du tergiversage, je veux aller voir un show dans un parc mais pas traîner mon ordi lourd, je veux écrire mon blog sur l'ordi mais pas rester à la maison, je magasine les laptops pas chers et ultralégers et je perds du temps de soleil, je veux aller nager mais je ne peux pas tout faire. Finalement, me voilà dans un café-bar de Brooklyn, voisin du concert où je vais dans un instant. Je suis là si longtemps que l'ambiance de café est devenue ambiance de bar. En ce moment les gens prennent une bière en écoutant un vieux film en noir et blanc qui a l'air pas mal drôle. En retrait, il y a moi et un autre gars chacun sur nos ordis, et une fille en train de lire.

8 octobre @ P.I.T. Property is Theft, Williamsburg Brooklyn
trio [Sean Ali (contrebasse), Leila Bordreuil (violoncelle), Joanna Mattrey (alto)]
duo [Daniel Carter ()Austin Williamson,  (on verra qui joue quoi) 

Prochaines dates importantes : 13 octobre, mon aller-retour à Rimouski. J'ai mon vol pour aller à Québec, je sais où je vais dormir le 13 (Québec), 14-15-16-17 (Rimouski), 18 (Montréal?), je fais la liste de ce que je vais aller chercher dans mon appart — principalement : violoncelle pas bon, archet correct, manteau d'hiver — et ce que je vais rapporter — vêtements d'été, Tôme 1 du Proust — il me reste à trouver comment je reviens à NYC à bas prix.

Prochaines dates : 20 octobre, de retour à NYC, concert du NYPhil avec un bon ami! 22 octobre, je reçois chez moi la série de concerts de Selendis. 27 octobre, autre concert du NYPhil. 31 octobre au 4 novembre, visite de deux ami·es, j'héberge les deux premières nuits. 3 novembre au 13 novembre, visite de 4 amies que j'héberge. 5 novembre, je joue dans l'orchestre d'improvisateur·ices. 16 novembre, gros concert Zorn/Hannigan.

6 décembre. Date limite pour proposer un projet de tournée, cette fois ce sera pour le « novembre 2024 » qui occupe ma pensée depuis plus d'un an déjà, on and off comme les cycles de la lunes. Rassembler les contrats de tous les organisateurs, salles de concerts, trouver les frais d'hôtel pour toutes les villes, frais de transport... ça a l'air si facile quand on découpe tout ça en petits morceaux.  15 au 23 décembre, visite familiale que j'héberge. 31 décembre fini.