mardi 5 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jour 35 sur 151

Mardi 5 septembre

Je regarde les mitaines Louis Vuitton tous les jours. Ce serait une dépense folle, une dépense très Soho Manhattan New York, une preuve de l'envoûtement de la ville, un enflammement, transverbération. Mais pas encore. Je me suis quand même permis des lunettes de natation sur amazon, car les miennes sont complètement jaunies et laissent entrer l'eau — au « centre du monde », c'est la livraison sans frais en trois jours —, j'ai aussi acheté mon agenda Hobonichi pour 2024, car oui c'est au début septembre qu'il faut faire ça sinon il n'en reste plus, puis je me suis payé un petit médaillon de Lilith que je zieutais depuis plus d'un an, mais dont les frais d'expédition au Canada m'avaient toujours rebuté.

J'ai mon billet sur la guest list pour ce soir, spectacle de danse extérieur avec utilisation de basses fréquences et de panneaux de verre amplifiés à 19 h. Je crois que ça me donnera le temps d'aller voir un autre concert à 17 h. D'ici là, pratique de violoncelle? Il paraît qu'il fait 40°C en température ressentie à Québec! Ici, ouais ça va monter à 34°C avec 36°C en température ressentie vers 16 h.

5 septembre @ Thomas Erben Gallery, Chelsea Manhattan
duo [Michał Dymny (?), Shahzad Ismaily (?)]

5 septembre @ High Line, Chelsea Manhattan
Alexis Blake : Crack Nerve Boogie Swerve [Sofia Borges (panneaux de verre amplifiés), Marissa Brown (danse), Stefanie Egedy (basses fréquences), Kennedy Hill (danse), Hannah Seiden (danse), Leah Wilks (danse)]

lundi 4 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jours 32-33-34 sur 151

Samedi 2 septembre

Le site web principal que je consulte pour les concerts fonctionne par mois, c'est-à-dire que sur sa page sont affichés les concerts pour le mois seulement. Pas plus, pas moins. Donc le 31 août, je n'avais aucune idée de ce qui s'en venait pour les semaines à venir! Le 1er septembre j'ai lu en diagonale toute l'offre du mois qui commençait. Et le 2 septembre, j'ai pris un bon moment pour éplucher les trois prochaines semaines.

Puis j'ai été lire dans un café, dont j'ai appris qu'il s'agissait d'un projet de Hugh Jackman. Je ne pourrais pas dire qui c'est, mais je connais son nom, et le café était bon. Puis j'ai été nager. Puis je suis revenu.

Puis j'ai été voir un spectacle présenté par Relative Pitch Records, une étiquette de disque qui publie vraiment du bon stock et dont les publications régulières sur instagram donnent vraiment à voir le meilleur de ce qui se fait ici. Ici donc partout, on se sent vraiment au centre du monde à New York, j'y reviendrai sûrement, il y a moyen de sentir que tout le reste de la carte du monde est une banlieue insignifiante. Ceci dit, encore un concert vraiment solide, dans une salle où on était 10 personnes.

2 septembre @ Ibeam, Gowanus Brooklyn
duo [Sofia Borges (batterie), Signe Emmeluth (sax)]
quartet [Sofia Borges (batterie), Signe Emmeluth (sax), Brandon Lopez (contrebasse), James McKain (sax ténor)]

Ça y allait! Je suis arrivé passablement en retard, en partie parce que j'étais distrait en train de trouver à distance de l'hébergement pour Ingrid Laubrock de passage à Québec avant son concert à Rimouski, anecdote que j'ai racontée à son complice de longue date Brandon Lopez, ajouté à la dernière minute au concert. Vraiment impressionnant ce musicien. 

Dimanche 3 septembre

Est-ce ma journée de congé? Je pensais qu'on était samedi, que la veille avait été un vendredi. Je me suis levé et j'ai tout de suite été lire dans un café. Le soleil était déjà haut dans le ciel, il faudra éventuellement que j'arrête de m'en vouloir de ne pas me lever tôt quand mon occupation prioritaire est d'aller voir des concerts qui se terminent tard. Le soleil chauffait donc et j'essayais de me compresser sous le minuscule auvent. Sous quel angle se laisser emporter par New York aujourd'hui? Je vérifie que je ne vais pas manquer un concert qui aurait pu changer ma vie. Ok. Prendre un des traversiers qui entourent l'île? Une autre fois. Regarder les parcs, tous les parcs, tiens High Line, ça a l'air beau, 20-25 minutes de marche, go.

J'ai bien failli pogner un coup de chaleur, paysage peu ombragé au trajet ralenti par mille touristes, mais j'ai vu ce qu'il y avait à voir là. Un ancien rail de chemin de fer en hauteur, où la végétation croît grâce au hasard de graines transportées par les oiseaux il y a des dizaines d'années et au travail acharné de bénévoles, puis de développeurs. Aujourd'hui, une promenade bien aménagée, bien jolie, où on voit autant de l'ultramoderne tout en verre que du gentrifié générique ou des traces d'histoire bien vivante. Un moment, un vieux bloc appartement de 1934 au mur dangereusement effrité qui laisse poindre la brique, semble narguer ce bel immeuble tout en courbes complété en 2016 de l'architecte Zaha Hadid, juste avant qu'on arrive aux plus récents The Shed et Vessel (ils ont de la misère avec celui là, fermé au public).

De retour à l'appartement, repos, repos, un petit tour café lecture en début de soirée, puis une pratique de violoncelle jusqu'à 21 h. Toujours aucune communication avec le voisin d'en haut, dont j'entends le pas pressé et lourd pas mal tous les jours.

Lundi 4 septembre

J'ai essayé le lave-vaisselle. Ça m'aura pris un mois à plier. Une partie de moi a peur d'embarquer complètement dans le luxe, monter monter monter et que le retour à mon petit appartement de Québec soit un écrasement. Il y en a qui diront qu'un lave-vaisselle c'est la base, mais pour moi c'est loin, très loin des mes objectifs de vie; une question de choix, d'avoir trouvé un certain équilibre en diminuant les dépenses plutôt qu'en augmentant les revenus, bien que je travaille là-dessus aussi, et on voit que ça ne marche pas tout le temps, comme les demandes de subventions, par chance que j'organise mes flûtes, et donc l'absence de lave-vaisselle, pour ne pas compter là-dessus. Alors j'ai rempli le lave-vaisselle, il ne partait pas, j'ai cherché le bouton « start », j'ai écouté un tutoriel youtube de réparation de lave-vaisselle, je me suis demandé s'il n'était pas débranché, je n'ai pas trouvé la prise, je me suis imaginé vidant le lave-vaisselle et essayant de nettoyer le fond, je me suis imaginé demander aux gens de la délégation s'il y avait un problème avec le lave-vaisselle avant que j'arrive, j'ai imaginé leur surprise que j'aie fait la vaisselle à la main depuis un mois. Puis j'ai été étudier le panneau électrique, que j'avais dû fermer au complet l'autre fois quand il y a eu les chutes Niagara en pleine nuit dans la cage d'escalier. Une des switches que j'avais laissées fermées, car elle n'était pas identifiée, était juste sous une switch marquée « Kitchen ». Brrrr brrrr brrr et voilà le travail, c'était la switch du lave-vaisselle, je suis un vrai mécano.

J'utilise le lave-vaisselle. J'utilise l'ascenseur (juste pour monter, quand même, je descends encore par l'escalier). J'utilise l'air climatisé (je l'ai ouvert hier, retour de canicule, ça faisait plus d'une semaine que je n'y avais pas touché). Je profite donc, avec modération, de ce qui est à ma disposition maintenant, plutôt que de m'en empêcher pour prévenir quelque fictive dégringolade future.

Je me suis acheté encore deux billets pour des concerts de John Zorn  à venir. C'est maintenant où jamais. Le 21 septembre « Music for Strings » avec la pièce Sigil Magick qui est tout à fait dans ma talle, et une opérette pour deux violoncelles(?!). Le 16 novembre avec la grande soprano Barbara Hannigan que j'ai tellement regardée sur youtube, je ne peux pas manquer ça. 25$ du billet, plus les frais, plus le taux de change : total 79,55$ canadien. Pas trop de ça, pas trop.

J'ai une invitation, c'est à dire un billet gratuit, encore, pour aller cette fois à un show de danse avec un bon focus sur la musique, des basses fréquences qui font trembler tout le corps à ce qu'il paraît. C'est la percussionniste qui m'invite, on se connaît (à peine) de Berlin, elle va jouer des panneaux de vitre amplifiés. Demain ou après-demain.

Sinon, je commence à avoir envie de sortir dans un bar un soir. Pas pour un concert, juste un bar, queer si possible, avec de la musique pas trop désagréable pour moi. Je fais mes recherches, c'est plus compliqué que ça en a l'air.

vendredi 1 septembre 2023

studio du Québec à NYC : jour 31 sur 151

Finalement j'ai été voir deux concerts hier.

31 août @ Fotografiska Museum, Gramercy Manhattan
Lynn Ligammari trio [Lynn Ligammari (sax ténor), ?? (contrebasse), ?? (batterie)]

Je ne trouve plus nulle part les noms des autres musiciens, un peu poche quand même. La musique était très conventionnelle, du jazz de hall d'entrée, très bien joué, la saxophoniste sonnait bien et improvisait bien, mais tu voyais que c'était une gig safe, fallait pas jouer trop fort, les gens étaient là pour le verre de vin. En tout cas je pense. Le contrebassiste avait l'air vraiment bon, mais il n'avait même pas pris la peine d'apporter son ampli alors on devinait plus qu'on entendait clairement ce qu'il faisait. Le concert était supposé d'être en deux parties, avec une vibraphoniste solo pour complémenter le trio, mais elle avait dû se désister, comme je l'avais supposé hier.

En tout cas ça m'a donné envie d'aller voir ce qui se passait à The Stone à la place, à quelques minutes de marches en passant par Union Square (je commence à mieux me repérer dans la ville) et je n'ai pas été déçu.

31 août @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
Live Low to the Earth in the Iron Age [Mir Naqibul Islam (tabla), Shahzad Ismaily (guitare électrique), Eyvind Kang (viole d’amour)]

Euh wow. C'est le projet de Eyvind Kang, un altiste collaborateur régulier de John Zorn, Bill Frisell, mais aussi quelqu'un qui a joué avec Sunn O))), Mr. Bungle, fait les arrangements pour Blonde Redhead, etc. Trois musiciens sur scène assis par terre, Eyvind Kang arrive en disant genre ne faites pas attention à nous, on va s'accorder pendant un moment. Et en effet, sa viole d'amour a je ne sais pas combien de cordes, il met un shruti box virtuel sur son cell et tous les trois s'accordent lentement, à l'oreille. Tellement charismatiques, Shahzad Ismaily en particulier joue sur une belle jazzmaster blanche bien usée et a tout l'air d'un gourou bienheureux, avec son crâne particulier et son air relax et souriant.

Ils ont joué quatre pièces, mais la deuxième a fait pas mal tout le concert, elle a dû durer près d'une heure. Ça a commencé par une intro à la guitare seule, qui semblait sortir directement d'un vieil album de Mogwai ou Slint. Très lent, très simple. Puis la viole d'amour est entrée et j'ai rarement vu autant de virtuosité dans la retenue. Le gars a du contrôle d'archet pour tout le monde dans la salle réuni. Aucun vibrato, son jeu est souple, que de longues notes tenues, et il joue tellement juste c'est incroyable. Il n'a rien à prouver à personne. Puis à mesure que les tablas embarquent on est quelque part en Inde dans une tradition musicale qui m'échappe. Ça m'a vraiment rappelé les disques de Yehudi Menuhin avec Ravi Shankar. Et référer à ça finit de montrer mon manque de culture à ce niveau. Quel concert!

Vendredi 1er septembre

Aujourd'hui, je magasine un speaker bluetooth. Je niaise en masse dans l'appart, je fais un lavage, la vaisselle, laver la poubelle. Ce soir je suis sur la guest list pour un concert. Oh que oui! J'adore être sur la guest list. D'ici là, je vais aller lire un peu, me faire une batch de rotini pour souper. La température commence à baisser, je traîne mon coton ouaté ce soir.

1er septembre @ Public Records Sound Room, Gowanus Brooklyn
Darlin’ [Wendy Eisenberg (guitare électrique), Lester St. Louis (violoncelle), Ryan Sawyer (batterie)]
Amirtha Kidambi’s Elder Ones [Alfredo Colón (sax ténor, électroniques), Amirtha Kidambi (voix), , Jason Nazary (batterie), Matt Nelson (sax soprano), Lester St. Louis (contrebasse, violoncelle)]

Le centre communautaire où je vais nager et où je fais mon yoga vient de sortir l'horaire d'automne. Ils offrent, inclus dans le membership que j'ai déjà payé, des cours de natation et du tai chi! Eh bien, ça serait l'occasion d'essayer ça, j'y pense.

jeudi 31 août 2023

studio du Québec à NYC : jours 28-29-30 sur 151

C'est peut-être une évidence, mais je réalise qu'aller voir des concerts est une partie de mon travail. Ce n'est pas parce que c'est agréable que ce n'est pas du travail. Ce n'est pas parce que j'ai envie de le faire que ce n'est pas du travail. Quand je pense au « travail » pourtant, pour moi c'est nécessairement une des deux catégories suivantes : nuisance ou musicien live. La catégorie nuisance a primé pendant mes 20 premières années d'emploi, le travail dans ce cas est quelque chose que je ne ferais pas autrement que pour l'argent, quelque chose qui empêche de faire ce qui est important pour moi : faire la potiche à l'accueil « bonjour, oui la conférence est au 2e étage à droite », faire du crissing (papier 1, papier 2, coupon, cocarde, reçu de paiement, crisser dans l'enveloppe, mettre l'étiquette générée avec un macro Excel sur l'enveloppe, mettre le timbre, mettre sur la pile, recommencer), corriger 150 examens et travaux d'élèves entre le 24 et le 27 décembre, « bonjour, oui on fait une étude aujourd'hui sur les habitudes des... », etc. Pas surprenant dans ce cas que j'aie de la misère à considérer la musique comme un travail. Mais la musique live est manifestement du travail, puisqu'elle vient avec un chèque de paye, un montant que je mets dans mes impôts sous la catégorie travail. Et quand il n'y a pas de paye comme ça arrive souvent, l'analogie avec les fois où il y avait une paye est tellement directe que oui, pour moi ça compte comme du travail, dans la catégorie du travail qui me tente.

Je m'entends chercher les aspects de l'activité « aller au concert » qui me sont désagréables, pour que ça compte comme du travail, pour que l'occupation « travail » y colle mieux. Car mon axiomatique évolue bien lentement; quand d'emblée je dis que le travail peut être une chose agréable, on voit que je n'y crois pas vraiment au-delà de la théorie. Delà de la. Il faut s'y rendre, au concert, et ça pourrait être désagréable, mais j'apprécie la plupart du temps le déplacement, un effort oui, épreuve parfois insurmontable je l'avoue, surtout partant du divan, mais une excuse parfaite pour bouger et, quand je suis dans une autre ville, voir des endroits en chemin que je n'aurais pas vu autrement. Christophe Colomb dirait « découvrir », ou peut-être quelque chose comme « descouvroyer », confirmant en tout cas qu'il porte bien son nom. Le concert est parfois mauvais où trop fort, et là je reste car on ne sait jamais ce qui peut se passer après 45 min de sauce brune, je reste parfois par politesse aussi. Persévérer dans l'insupportable, voilà une bonne caractéristique, un classique du monde du travail. Axiomatique, légitime. Enfin — car tout ce qui précède n'est vraiment qu'une introduction — la partie la plus difficile d'aller voir un concert, quand on finit par admettre que ça fait partie de son travail, c'est d'être vu et de se présenter. Et ça, ça ça tire du jus. Je ne suis pas si gêné ni maladivement introverti, mais aller briser la glace à un·e musicien·ne après son set, honnêtement ça me répugne un peu. La personne converse avec ses ami·es et je dois attendre, un peu de côté, comme si de rien n'était, n'ayant pas du tout l'air mal à l'aise même si je suis seul dans ma gang quand tous les autres sont en petits groupe, je dois attendre la bonne fenêtre d'opportunité pour placer mon « heyyyy nice set » qui sonne tellement cheap, mon « thanks for the music » pendant lequel je m'imagine avec de grands yeux avec des étincelles comme un personnage dans un anime, ou mon ridicule « that was amazing »; je suis la NASA et je calcule les mouvements du ciel avant de lancer ma sonde spatiale Opportunity, et comme elle, j'attends ensuite de savoir si j'ai atteint mon objectif. Au contraire d'une expédition scientifique par contre, l'objectif de mon alunissage, de mon amarsissage, n'est pas précis. 25 ans de small talk de covoiturage avec des inconnu·es s'ajoutent donc à toutes mes connaissances sur le milieu de la musique improvisée pour générer un bout de conversation et, idéalement, placer « Rémy Bélanger de Beauport », puis « cello » avant de pouvoir partir, soulagé. The eagle has landed.

Ça fait donc près d'un mois que je travaille tous les jours, c'est ça que je voulais dire. Il me faut ralentir la cadence, juste un tout petit peu, pour tenir jusqu'au bout. Prévoir une première journée de congé, où je ne toucherai pas à mon email et où je n'irai pas voir un concert en lien avec ma vie de musicien. Tiens, un synonyme intéressant, « vie » au lieu de « travail ». Prendre un congé de sa vie un instant, pour mieux y revenir.

Alors ce lundi 28 août, après une journée passée à mixer mes super duos avec Kwami Winfield (travail, j'admets), j'ai été au yoga de 18 h puis j'ai pris une longue marche sur le bord de l'eau, au hasard, remontant par le Financial District. Passer par hasard par Wall Street, la fameuse, c'est un autre feeling que se rendre compte qu'on est sur la rue Arago Est, mettons.

Mardi 29 août

La déception. Une des parties du travail de musicien qui me dérange le plus est l'écriture de demandes de subventions. Ça m'écœure au point que j'ai de la misère à ouvrir les pages web du CAC et du CALQ. Pour mon projet de série de concerts en novembre 2024, je dois chercher les dates limites des dépôts. En fait, je dois tout d'abord lire sur les différents programmes pour savoir dans quoi appliquer. Ça fait des mois que c'est sur ma liste de choses à faire; des mois pendant lesquels j'ai lu d'une part des centaines et des centaines de pages bien plus ambitieuses de Proust, et d'autre part des centaines et des centaines de descriptions beaucoup plus insipides du côté de tinder. Introduction : établir à quel point ça me mets sans connaissance juste la pensée de la demande de subvention, check.

La déception donc, à 9 h 56 le mardi 29 août, quand j'ai su que ma demande de subvention déposée le 5 avril 2023 à 21 h 40 avait été refusée. 6 mois d'attente. Fuck. Tout le travail derrière ça. Surtout, avoir eu à déranger 9 musicien·nes incroyables pour leur quêter des lettres d'appui, lettres d'intérêt, textes de bio. Puis toutes les journées passées à vivre de café les yeux et l'esprit saturés de mon texte. Les extraits sonores, vidéo créés spécialement pour bien expliquer au jury. Les bouts de partitions, se vendre, montrer que ma démarche va au-delà de..., s'inscrit dans..., permet à... Et surtout l'odieux d'une obligation de rêver. Les demandes de subventions demandent des dates, des échéanciers, il faut se projeter dans l'avenir, il faut y croire. Et immanquablement, on finit par y croire. On finit par déroger à la raisonnable « vie sans espoir » qui permettrait d'avancer et de recevoir les bonnes nouvelles pour des bonnes nouvelles plutôt que des confirmations banales, et les mauvaises nouvelles comme des jambettes inconséquentes plutôt que de véritables échecs. La demande de subvention, quand elle demande de montrer que notre projet est viable, réalisable, quand elle exige jusqu'aux dates et horaires de répétition, force l'espoir. Et plus l'espoir est grand, plus ça fait chier de se le faire refuser.

La déception, mais ç'a déjà été pire. On dit que les refus c'est normal et c'est vrai, c'est statistiquement vrai. On dit que les refus on s'y habitue et c'est faux, mais j'ai déjà été plus démoli que ça, j'ai déjà eu moins de contrôle sur le vertigineux de mes espoirs.

La déception. Il faudra écrire à toustes les collaborateur·ices pour leur annoncer, avec juste la bonne dose de « ça va bien aller », de déception bien sentie mais pas trop, de « on continue », que le projet n'a pas passé et que les heures de travail qu'iels m'ont accordé ne seront pas payées. Pas pour l'instant.

Car la déception, c'est aussi une déception prospective. Quelle suite donner? Il faudra revenir sur les lieux du trauma, repasser par les mêmes chemins, les mêmes épreuves et étapes qui ont abouti à l'échec la fois précédente. Reprendre espoir, être sincère sinon le jury va s'en rendre compte. Évidemment, trouver un moyen de redéposer une demande de subvention pour le même projet, mais peut-être sous un autre aspect, à un autre organisme, dans un autre programme, etc. La première étape : récolter les commentaires du jury parce qu'à date tout ce que j'ai c'est un générique « Bien que votre demande ait obtenu la note minimale dans chacune des catégories d'évaluation, elle n’a pas obtenu une note assez élevée pour recevoir une subvention. » Et, plus loin « Nous ne sommes pas en mesure de fournir une rétroaction sur les demandes de subvention antérieures. » Depuis quand? Il me semblait que c'était la base.

Cuver la déception. M'asseoir sur le divan pendant quelques heures, de jour, ce que je ne fais jamais.

Puis la vie (le travai?) continue. Une excellente pratique de violoncelle suivie de mon 2 km de nage — 80 longueurs pour les intimes — suivi d'un souper au Noodle Village (pas si bon malgré les éloges en ligne), suivi d'un concert, yeah.

29 août @ Freddy's, South Slope Brooklyn
duo [Shayna Dulberger (contrebasse), Lucia Stavros (harpe)]
duo [Ed Bear (sax baryton amplifié), Paul Feitzinger (percussions amplifiées)]
trio [Sean Ali (contrebasse préparée), Carlo Costa (batterie), Sandy Ewen (guitare électrique, électroniques)]

Je regardais le show en me disant à quel point ces lieux pour la musique expérimentale sont importants et ne tiennent pas à grand chose. Cette fois, le bar Freddy's est quand même sympathique, mais sa salle de concert, une pièce avec un maximum d'une quinzaine de places assises, cachée entre deux cloisons, ressemble plutôt à un ancien débarras. Beaucoup moins chic et spacieux que le débarras du Murphy's à Québec, dans la même catégorie. Mais nous y voilà, irréductibles du mardi soir, irréductibles de toutes les déceptions, bravant les kilomètres pour finir les doigts dans les oreilles dans le bout de cymbale amplifiée du deuxième set et la yueule à terre pour tous les états traversés pendant le troisième set.

Mercredi 30 août

Mission : renouveler mon contrat de téléphone. Encore une fois, c'est différent d'aller à la boutique de son fournisseur cellulaire sur Broadway Avenue plutôt qu'aux galerie de la Capitale c'est mode et merveille. Je me suis tout autant fait fourrer, mais ça ne m'a pas empêché de passer une belle journée. Car depuis deux jours j'avais épuisé les données sur mon cell et je me promenais de wifi gratuit en wifi gratuit. En arrivant au T-Mobile j'ai demandé c'était combien passer à un meilleur forfait, la fille m'a répondu que pour 10$ de plus j'avais 12 Go de données au lieu de 6,5 Go, j'ai dit ah ouais pourquoi pas, elle m'a dit j'ai apporté les modifications en prenant 10$ sur ton compte en ligne, j'ai dit quelque chose comme attends peu ça veut dire que le paiement que j'ai essayé de faire en ligne l'autre fois et pour lequel je n'ai reçu aucune confirmation a marché?, elle m'a dit quelque chose comme bin il y avait 25$ dans ton compte et il y en a maintenant 15$, j'ai dit attends peu t'as pas renouvelé mon contrat pour le mois prochain?, elle a dit non tu as maintenant 12 Go de data jusqu'au prochain cycle de facturation, j'y dit bin le prochain cycle de facturation c'est genre après-demain je viens-tu de payer 10$ pour 4 jours d'internet, elle me dit bin tu peux essayer de tout dépenser 12 Go en quelques jours c'est facile avec des vidéos youtube, j'y dit c'est pas ça l'idée j'ai juste besoin de google maps, silence, et je lui demande si là pour le 3 septembre il faut que je repaye, elle me dit que oui il y avait maintenant 15$ dans mon compte et il faut en ajouter car mon nouveau forfait est 35$, j'y dit attends peu là je m'attendais à ce que l'ajustement à mon compte se fasse au prorata du nombre de jours qui restent au mois, elle me répond qu'elle comprend, et j'ai vraiment senti qu'elle venait de comprendre ce qui venait de se passer, et qu'elle s'en crissait royal et que c'était la meilleure attitude possible dans la situation, elle me dit donc qu'elle comprend, mais que c'est comme ça que la compagnie fonctionne. Alors j'ai un nouveau forfait de téléphone avec le double de data, parce que c'est pas vrai que pour sauver 10$ je vais m'empêcher d'envoyer un petit vidéo de ce que je vois à mes ami·es de temps en temps. Priorités.

Dépité, mais pas si affecté que ça, j'ai loadé mon google maps et me suis rendu compte que j'étais proche de Union Square, autre lieu emblématique que j'avais prévu aller voir. Bon plan de dîner. C'était platte. J'ai poursuivi mon ascension de Broadway jusqu'au Madison Square, où j'ai lu pendant un bon bout avant de me rendre à un autre excellent concert de la série de Pioneer Works à Times Square.

30 août @ Times Square, Midtown Manhattan
HxH [Lester St. Louis (laptop, objets, électroniques), Chris Williams (laptop, électriques)]

Leur musique de bruits devenait la ville. The City. La ville devenait leur musique aussi, s'engouffrant dans les ordinateurs avec ses cris aigus de touristes, ses ambulances, ses klaxons, le frétillement des lumières. Autant je m'étais déçu moi-même de ma réaction de faiblard lors de ma première visite à Times Square, autant je profite maintenant de cet état un peu second dans lequel me mettent toutes ses surenchères visuelles, auditives, olfactives, et même tactiles avec les bouffées de vent chaud, la densité épaisse de l'activité humaine et machine. Une journée donc à fréquenter quatre points d'ancrage, que dis-je cinq repères psychogéographiques sur Broadway : la boutique T-Mobile, Union Square, Madison Square, Times Square, puis l'épicerie Whole Foods où ma miche de pain à 8$ a bien ajouté un autre volet de surenchère new-yorkaise. Je suis rentré, j'ai soupé à l'heure des boss et j'ai écouté des vidéos niaiseux, question de ne pas trop trop travailler.

Jeudi 31 août

Mission renouveler mon contrat de téléphone, prise 2. Finalement il s'agit de mettre de l'argent à partir de ma carte de crédit sur mon profil T-Mobile, et bien que je ne reçoive pas de confirmation ou reçu, le montant finit par apparaître sur ma balance et me voilà prêt au prochain cycle de facturation le 3 septembre. Entre temps, écrire ceci est bien en masse il est déjà 14 h [15 h après deux clémentines, relecture et corrections]. Violoncelle, café-lecture, un concert dans un bar appelé « Berlin Under A »? un concert d'une vibraphoniste qui s'appelle Sasha Berliner? Décidément. Sur le site web de Sasha Berliner, je vois qu'elle joue à Rimouski demain, impossible qu'elle soit vraiment sur le programme tantôt. À moins d'un jet privé. À suivre. Je dois aussi me trouver un kit de son, je ne vais pas passer encore 4 moins avec juste un petit speaker blue tooth dans mon appart. C'est mon travail.

lundi 28 août 2023

studio du Québec à NYC : jours 26-27 sur 151

Deux concerts le samedi 26 août après l'atelier de danse avec Max Cookward (en y allant, je me suis arrêté un petit moment devant l'ancien loft de Yoko Ono). Sans exception toustes des musicien·nes renversant·es. La chanteuse, what?! Et son pianiste! Le saxophoniste Immanuel Wilkins! Son pianiste?! Le son du drummer avec eux?!

26 août @ Storefront for Art and Architecture, Nolita Manhattan
duo [Ricardo Gallo (piano), Amirtha Kidambi (voix)]
dans le cadre de l'exposition Direct Action de Francisca Benítez

26 août @ Bryant Park, Midtown Manhattan
75 Dollar Bill Little Big Band [Rick Brown (percussion, composition), Che Chen (guitare électrique, composition), Sue Garner (basse électrique), Cheryl Kingan (sax), Talice Lee (violon), Steve Maing (guitare électrique), Jim Pugliese (percussion), Karen Waltuch (alto), Barry Weisblat (percussion, électroniques), Chris Williams (sax)]
Immanuel Wilkins Quartet [Matt Brewer (bass), Immanuel Wilkins (sax, composition),  Kweku Sumbry (batterie), Micah Thomas (piano)]


Après le concert, je suis resté chiller un peu dans l'impossibilité urbaine qu'est Bryant Park

En une journée, passer de l'espace, imaginé de la rue grâce aux lectures et aux images d'archives, d'un loft des années 60, à l'espace très concret d'un petit studio de danse — où la tâche est d'exister à la limite de la conscience, dans des lieux créés sur mesure par l'esprit, vastes et magnifiques selon les instructions de Max Cookward— à l'espace exigu d'une petite galerie d'art ouverte sur un boulevard, où en m'étirant j'aurais pu toucher au piano à queue, au grand espace d'une scène type Festival de jazz dans un parc urbain à un coin de rue de Times Square, encerclé, enchâssé comme la pierre précieuse d'une bague, entre les plus hauts gratte-ciels du monde. New York.

Dimanche 27 août

Je suis en train de réécouter mon duo avec Kwami Winfield et c'est vraiment bon. Ça s'est passé! Un dimanche après-midi comme un autre, dans une petite galerie d'art vide à Brooklyn, un endroit qui a l'air de rien, étroit, quatre murs blancs, mais qui existe finalement depuis plus de 10 ans et fait une différence pour les gens qui le fréquentent. Dont Kwami qui s'en sert pour pratiquer. Dont moi hier le temps d'un duo. Sur l'enregistrement bancal fait sur mon cellulaire, on entend bien quand le métro passe, sans qu'on le voit, juste en face sur des rails surélevés. Ça donne comme une impulsion à la musique, tous les dix minutes une occasion de prendre une autre direction ou choisir de rester, résister.

Après ça, retour à la maison déposer le violoncelle. Et retour à Brooklyn pour aller voir un concert avec une rencontre que j'attendais depuis longtemps, et qui ne s'est pas passée comme je croyais.

Vu en chemin, quai du J-train, station Bowery.
On dirait une partition. Beauté du déclin. Max Cookward parlait de ça aussi.

27 août@ P.I.T. Property is Theft, Williamsburg Brooklyn
trio [Ingrid Laubrock (sax ténor, sax soprano), Brandon Lopez (contrebasse), Tom Rainey (batterie)]

Ce trio roule depuis longtemps et ça paraît. Wow. Je me rappelle les avoir écouté faire des concerts en ligne pendant la pandémie. Il me semble. Brandon Lopez le contrebassiste a une approche du rythme très directe que j'ai beaucoup aimé voir live comme ça. Il regarde le public quand il joue, un trait distinctif, on se sent comme si on faisait partie du band. Je suis par contre un peu déçu que le concert ait été si court (j'ai peut-être manqué une pièce, je pensais bien être arrivé juste assez en retard pourtant, considérant mon expérience au même endroit la semaine passée, quand j'étais arrivé 15 min. en retard et le concert avait commencé une demi-heure après mon arrivée) et que le prix d'entrée 20$ n'ait pas été annoncé (correct pour le prix, mais la surprise ça c'est pas fin, par chance qu'il me restait un 20$ dans mon porte-feuille, là y'en reste plus). En même temps, est-ce que c'est la faute du band, de la salle, ou du late-stage capitalisme que le prix d'entrée n'ait pas été affiché. Je vote pour ce dernier. Toutes les petites places sont obligées de demander des « contributions volontaires », car les redevances pour un établissement qui devient producteur de spectacles sont tellement élevées que les petites salles informelles ne survivraient pas; et par respect pour qui fait la musique, les « contributions volontaires » sont plutôt « exigées ». La nouvelle expression : not a fluff. Enfin, il ne faut pas s'arrêter à ça.

Aussi, j'avoue que j'avais hâte de voir la saxophoniste. On a travaillé ensemble avec le GGRIL en 2015, ou peut-être même 2014, pour un projet de ses compositions repris pour enregistrement et concert en 2018, disque lancé en 2020. Je m'attendais un peu, j'aurais pu m'attendre, il y avait une opportunité, disons, que dis-je, qu'elle fût comme une porte d'entrée pour moi, ou juste un carton d'invitation, ou encore une main tendue, sur la scène new-yorkaise. Eh bien, pantoute. Oui, au moins elle m'a reconnu quand j'ai été la voir. On a jasé un peu, elle s'en va justement à Rimouski dans quelques jours pour un concert avec des collègues. Puis that's it. Même pas de, looking forward to see you, etc. Ça aurait été facile pourtant, une parole en l'air comme ça. En même temps, je ne connais pas tant sa personnalité. Peut-être qu'elle dit jamais ça. Peut-être qu'elle a fait des promesses dans le passé, qu'elle n'a pas pu les garder, et c'est pourquoi maintenant elle évite. Peut-être que tout le monde est après elle ce temps-ci. Je ne sais pas non plus quelle journée elle venait d'avoir. Peut-être aussi qu'elle n'a jamais aimé comment je joue, peut-être qu'elle ne s'en rappelle plus du tout. Peut-être que ses pièces n'avaient rien d'excitant dans la partie de violoncelle. Peut-être qu'elle était indisposée parce qu'elle venait de jouer le même soir que le gros show John Zorn, Sean Lennon, Laurie Anderson. Peut-être qu'elle n'était pas contente de son set. Peut-être qu'elle venait d'apprendre que son frère avait le cancer. On ne sait jamais ce que les gens vivent, je ne le prends pas personnel. Si je ne dis rien, comment est-ce qu'une étrangère peut deviner mes attentes, attentes que moi-même je ne m'étais pas formulées clairement. Et parfois un moment chargé pour quelqu'un est tout à fait anodin pour l'autre.

Lundi 28 août

C'est lundi, le temps de se remettre au travail. Cette semaine : aller renouveler mon contrat de téléphone, loyer et tâche à distance pour mon appart à Québec, travail sur mon vinyle à venir (réécouter, redécoupage, demande de prix, prix avec shipping, relancer le pro du matriçage), travail sur mon projet novembre 2024 (emails avec deux diffuseurs, passer par-dessus mon blocage habituel pour les demandes de subventions et aller rechercher sur quoi appliquer et les dates de dépôt, je stresse tout d'un coup), concert mardi à Freddy's, concert vendredi à Public Records, relancer deux personnes pour des sessions à New York, vérifier la date de la pleine lune pour relancer le GIC,LE à Québec, natation aujourd'hui, puis yoga, compilation des sorties et des dépenses pour ce premier mois à NYC.

Concernant les dépenses, je vis en pauvre comme d'habitude tout en me permettant le plus de concerts possible, mais ça monte vite quand même. Juste hier, déjeuner-café à la maison gratuit, puis aller faire de la musique gratuitement, mais 4$ de métro aller, 4$ de métro revenir, un végé burger cheap sur le chemin du retour en après-midi 14$, un café-chocolatine pour accompagner Proust en début de soirée 16$ (eh oui, 4$ US americano + 6$ US chocolatine + 20% de tip NYC + taux de change), le concert en soirée 4$ de métro aller, 4$ de métro retour, 27$ le concert (le 20$ US « surprise » dont je parlais tantôt), et 24$ pour deux pointes de pizz comme snack de fin de soirée. La pizza, c'était une erreur, il n'y avait pas de liste de prix et ça avait l'air d'une place de pointes pas cher comme d'habitude, mais là c'est la #1 best pizza whatever on ne m'aura pas deux fois. 24$ pour deux pointes, quand l'autre fois j'ai eu ça pour 2$, ce n'était pas 1200% plus savoureux fuck off. En tout cas, ça fait une journée à presque 100$, très over-budget. Par chance que je ne bois pas, je ne fume pas et je ne consomme aucun accessoire de mode. 

samedi 26 août 2023

studio du Québec à NYC : jours 24-25 sur 151

Finalement, j'ai été à deux concerts le jeudi le 24 août après ma journée de niaisage admin. et bruits de construction. Premièrement, un duo de pianos dans la salle de concert du Steinway Hall, la maison new-yorkaise des fameux pianos Steinway. La compagnie a pied à terre à Manhattan depuis 170 ans. Excellent concert par deux jeunes pianistes qui ont vraiment trouvé un équilibre entre texture et pseudo-mélodie, pseudo-rythme, entre l'héritage du piano à l'harmonie floue d'un lointain Debussy ou Ravel, free jazz sans le jazz, le tout avec presque pas de démonstration virtuose, avec toutefois un contrôle évident et même raffiné des gros 9 pieds top-of-the-line Steinway. Ça ne se prenait pas la tête. La foule était majoritairement des ami·es, ça a crié de joie à la fin, c'était beau. À un jet de pierres de Times Square, dans un sous-sol, on entendait parfois le bourdonnement d'un métro qui passait.

24 août @ Steinway Hall, Midtown Manhattan
duo [Rahul Carlberg (piano), Maya Keren (piano)]


24 août @ Brooklyn Art Haus, Williamsburg Brooklyn
Anthime Miller (violoncelle, voix, piano)

Puis j'ai été voir un·e ancien·ne ami·e d'école de l'université. On ne s'était pas vu depuis près de 15 ans! Anthime est virtuose du violoncelle, chanteur·euse pop, opéra, tout ce qu'iel veut, iel peut le faire. Pianiste aussi ça a l'air. C'était un one-person-show, organisé par ellui et pour ellui à l'occasion de sa fête. Bravo! Je suis arrivé une heure en retard, croyant avoir compris comment ça marchait à Brooklyn, mais finalement le show avait commencé à l'heure. Même à ça, j'ai eu droit à plus de 2 heures de spectacle. Des compositions originales au violoncelle solo, violoncelle et voix, des reprises très personnelles au violoncelle et voix ou piano et voix, des bonnes blagues, des habits de scène flamboyants et toute une section violoncelle classique avec pianiste accompagnateur. Chapeau. On va prendre un café bientôt.

Je ne sais plus dans quel dédale de quel corridor de quel parcours de métro je suis tombé là dessus, mais wow l'œuvre en mosaïque.


Vendredi 25 août

Je me suis mis à chercher l'adresse de l'appartement où habitait Charlotte Moorman à New York. Ça m'a mis sur la trace de son ancienne coloc, la célébrissime new-yorkaise Yoko Ono. Cette dernière m'a mis sur la piste du The Dakota, un immeuble légendaire aux appartements tous plus prestigieux et décadents les uns que les autres, près de Central Park. Il s'agit d'une coopérative, et le C.A. aurait refusé Madonna et Cher comme locataires. Bien joué! Incidemment, c'est en face de sa porte principale que l'assassin de John Lennon l'attendait en 1980. Je passerai faire un tour. En m'intéressant au parcours new-yorkais de Yoko Ono, je lis sur un loft qu'elle habitait sur Chambers Street avant de connaître John Lennon. Je connais bien Chambers Street : c'est la rue sur laquelle je tourne pour aller à la piscine; c'est la rue où se trouve le Gibney, dédié aux locaux de danse où j'ai fait l'atelier avec Max Cookward la semaine passée. J'y retourne dans un instant et je vais demeurer attentif au 112 Chamber St., que Yoko Ono louait 50,50$ par mois dans les années 60 et où ont passé John Cage, David Tudor, Max Ernst, Marcel Duchamp et LaMonte Young. Concernant ce dernier, il aurait encore un espace tout près sur Church St. appelé Dream House, que je me promets d'aller visiter. LaMonte Young est une figure énigmatique et extrêmement influente sur cette période de l'avant-garde, énigmatique car il n'y a presque qu'aucun enregistrement disponible. Il paraît qu'il a toujours tout enregistré les sessions auxquelles il participait, les concerts, les compositions, je ne serais pas surpris qu'à sa mort quelqu'un mette la main là dessus et... et quoi? Est-ce qu'il est trop tard pour réhabiliter quelqu'un au panthéon de la musique du XXe siècle? En lien avec LaMonte Young, je tombe sur une série de vidéos où le philosophe et activiste Henry Flint (connu entre autres pour avoir formalisé l'idée d'art conceptuel) présente différentes adresses qu'il a fréquenté à New York. Une petite mine d'or pour cet après-midi de niaisage internet : l'appartement de LaMonte Young (il se rappelle une partition en forme de piñata), le loft de Yoko Ono, le premier appartement de John Lennon et Yoko Ono, le loft de Terry Riley jusqu'à l'appartement de John Cage et Merce Cunningham dans les années 90. Bon, quelques heures ont passé, j'ai oublié l'objet initial de ma quête Moorman.

Au travers de toutes ces adresses de la sous-culture des années 60-70, celle de la Earth Room m'interpelle : 141 Wooster St. J'habite au 111 Wooster St.! Il fallait bien que je fasse tous ces détours pour me rendre compte que je suis presque voisin de cette installation de l'artiste Walter de Maria; un loft serait recouvert de terre, 22 pouces de haut sur 3600 pieds carrés, depuis 1977. J'y vais bientôt.

Oui, une autre journée de niaisage peut-être, ou appelons ça recherche-création car j'ai commencé par un appel important pour un projet secret qui impliquerait le Musée de la civilisation (chhhut) et j'ai terminé par une longue pratique de violoncelle avant de me diriger vers un autre renversant concert à Brooklyn.

25 août @ Record Shop, Red Hook Brooklyn
Série Pool 47 commissariée par 1039 Records
Tizia Zimmerman (accordéon)
duo [Sandy Ewen (guitare électrique), Kevin Murray (batterie, percussion)]
Toadal Package [Cosmo Gallaro (guitare électrique), James Paul Nadien (batterie), Brenna Rey (basse électrique)]

Ayoye, peut-être le meilleur concert que j'ai vu à date. Dans le fond d'un magasin de disques, devant à peine une douzaine de personnes (dont Webb Crawford avec qui j'ai jasé un peu). L'accordéoniste m'a jeté à terre, elle a fait un set d'au moins 30 minutes si c'est pas 45 minutes, une pièce énorme dans laquelle on a eu du gros rumble de basses, des accords lumineux et complexes qui rappelaient Messiaen, toute une section aigue avec les tympans qui créent leur mélodie fantôme — excusez, « émissions oto-acoustiques » — façon Maryanne Amacher, encore toute une section de polyrythmie incroyable, le tout dans une structure comme élastique où ça transitionnait d'une idée à l'autre de façon aussi fluide que captivante.

Ensuite Sandy Ewen, que j'avais vue à Québec et solo, a joué avec un batteur surexcité aux influences plus punk. Un set génial, qui flirtait avec le déjanté sans jamais ni exploser ni montrer de retenue. Deux instrumentistes en feu.

Mais pas aussi en feu que le trio Toadal Package. Un batteur charismatique et surexcité lui aussi, qui me rappelait un peu le chanteur de Tad. Une bassiste à la 5 cordes juste assez hors de controle. Un guitariste pitonneur très technique, mais qui étonnamment ne volait pas la vedette. On avait l'impression d'assister à un show de punk, mais il n'y avait rien de punk finalement, sauf peut-être l'attitude. J'ai vu quelqu'un filmer, je serais curieux de voir ce que ça donne en vidéo. On va probablement me voir dans le coin de l'écran, balançant la tête du début à la fin.

Le fond de la salle est en lattes de bois derrière les musicien·nes et avec le dos à la rue comme ça, on se croirait dans un chalet. J'ai bien jasé avec Sandy Ewen, qui me disait que c'est un de ses endroits préférés où jouer et voir des shows, là et au Freddy's, où elle joue justement mardi prochain. See you there. Oui let's play together. Je vire de t'sour un peu en ce moment, mais j'ai l'impression que dans pas long je pourrais être pas mal occupé. Comme si je l'étais pas déjà. Démesure!

Samedi 26 août

Aujourd'hui :
- 14 h, atelier Movement Meditaton final avec Max Cookward
- 17 h, soit aller nager, soit aller à un concert à la galerie d'art Storefront
- 19 h, soit un gros show jazz à Bryant Park, soit le compositeur-guitariste Elliot Sharp en duo dans un bar, soit un show de noise dans un petit appartement (l'endroit est vraiment connu sous le nom « skinny apt »), soit un ensemble de cuivres dans un bar avec deux musiciennes avec qui j'ai parlé Selendis et Kwami. À suivre.

Ça me fesse encore sur la tête la construction depuis le petit matin. À chaque coup la bâtisse tremble! Un bon test de patience, je vais être dû d'aller faire un tour dans une pièce remplie de terre où rien ne se passe depuis 45 ans.

jeudi 24 août 2023

studio du Québec à NYC : jours 21-22-23 sur 151

J'ai pris une petite pause. Lundi 21 août j'ai bien été au yoga, puis à un bon concert. J'y ai croisé des visages que me sont maintenant connus, pour quelques uns du moins, et j'ai échangé quelques mots, mais sans plus. La disposition de la salle faisait en sorte qu'il fallait se faufiler tout le long du bar, entre des gens déjà entassés dans l'étroit passage, avant d'arriver à quelques tables à l'avant, à peine assez pour une douzaine de personnes assises et trois places au bar, dont la mienne tout au fond.

21 août @ Sisters, Clinton Hill Brooklyn
série Assembly #8, commissaires : Lester St. Louis, Luke Stewart
Weston Olencki (field drum, programmation, woodblocks en plastique avec dispositif mécanique)
Nate Wooley's Mutual Aid Music [gabby fluke-mogul (violon), Russell Greenberg (percussion), Madison Greenstone (clarinette), Katinka Kleijn (violoncelle), Lester St. Louis (violoncelle), Josh Modney (violon), Matt Moran (vibraphone), Weston Olencki (trombone), Nate Wooley (trompette, composition)]
duo [Chuck Bettis (laptop, ipad), Jerry Lim (guitare électrique, ipad)]

Entre les sets, DJLSTR aka Lester St. Louis mettait la musique, un mélange très très éclectique qui passait du techno à la musique contemporaine acoustique, électronique, ambiante, pas ambiante, gossante, pas gossante. Personnage intéressant!

Mardi 22 août

J'avais l'intention de me reprendre pour aller voir une pièce de mon ancien collègue de classe Taylor Brook dans le cadre du festival de musique contemporaine TIME:SPANS, mais arrivé la soirée même, j'ai préféré juste marcher sur la rue Orchard. Les tiktokeuses disaient vrai, très cute cette rue. Ce matin là, je n'avais toujours pas de pain, alors j'ai essayé la boulangerie la plus proche : 15,53$ pour une petite miche de sésame. Il me semble qu'à part ma pratique de violoncelle et une grande marche en soirée, il me semble que je n'ai pas fait grand chose ce mardi là.

Mercredi 23 août

Autre petite journée. J'ai rencontré des gens de la délégation du Québec à New York vers 15 h. Avant ça j'ai lu un peu dans un nouveau café, mangé un bagel d'un nouveau deli, j'ai niaisé. Après, j'ai aussi niaisé, puis je me suis motivé à aller nager. Et en revenant, j'ai été voir le site du World Trade Center, si beau illuminé la nuit.

Dans l'après-midi, je me suis intéressé au 11 septembre 2001. Par hasard, en regardant mes options pour me rendre au centre communautaire de l'école secondaire Stuyvesant où je fais mes longueurs, je suis tombé sur le commentaire de quelqu'un qui disait que cette école apparaissait dans le film Monster. Monsters? Party Monster avec Macaulay Culkin et un cameo de Marilyn Manson? Curieux de voir les corridors de cet endroit qui m'est maintenant familier, curieux de voir la salle où je fais mon yoga revisitée par une mégaproduction hollywoodienne, je me suis mis à chercher dans quel film apparaît Stuyvesant High School. Prêt à me laisser absorber par quelque chose d'inutile tout un après-midi encore. Et par hasard, je suis tombé sur complètement autre chose : un documentaire sur le 11 septembre 2001, qui s'intéresse à la perspective des élèves de l'école secondaire Stuyvesant qui ont vécu ça. Vrai que leur école est très très près d'où étaient les tours jumelles, hier en sortant de la piscine ça m'a pris moins de 10 minutes de marche pour arriver au pied de 1 WTC. Alors j'ai écouté le documentaire, puis ça m'a donné envie d'en savoir plus sur les rebondissements pour la reconstruction du site, du mémorial, etc. En voyant les archives, je reconnais le skyline qui m'est un peu familier aujourd'hui et j'ai un meilleur feeling de l'impact que cet évènement traumatisant a pu avoir sur la ville.

Anecdote : la chauffeuse d'autobus m'a reconnu! J'allais vers la piscine, j'entre dans la bus et elle me demande si je descends à North End Ave & Warren St. À vrai dire, j'ai rien compris de ce qu'elle m'a dit après North. Parenthèse : les adresses ici c'est toujours une combinaison de lettres et de chiffres et de points cardinaux, il faut être attentif. J'ai pensé qu'il s'agissait peut-être d'un parcours tronqué, que l'autobus n'allait peut-être pas plus loin que la rue qu'elle venait de me mentionner? Je dis que je débarque à Stuyvesant High School, et oui, c'est ça, elle me dit qu'elle m'a reconnu et que c'est là que j'étais descendu la dernière fois. Bin coudon!

Jeudi 24 août

Aujourd'hui à date j'ai fait de l'admin. Signer des lettres officielles en mettant le pdf de la lettre en format image dans un fichier word pour y insérer la signature que j'avais scanné en 2009 et que je n'ai jamais changée depuis. Est-ce que tout le monde fait ça? Tout le monde fait ça et on fait toustes semblant de rien. Le ridicule ne tue pas. Payer des assurances. Quelques emails. Un lavage. Concert ce soir?

Beaucoup de gros bruit de construction aujourd'hui à l'appart, autant venant de la rue en bas que des travailleurs sur le toit. Ça fuck. Il est temps que je sorte.