jeudi 17 août 2023

studio du Québec à NYC : jours 15-16 sur 151

Mercredi 16 août

Une super réunion vidéo pour commencer la journée. Puis un café au Think Coffee : très platte comme endroit, j'ai envoyé quelques emails. Dîner au Dominique Ansel Bakery où il y a toujours une grosse file : pas pire, j'y retournerai. Lecture à la bibliothèque publique de New York : wow, énorme bâtisse historique, toute en marbre à l'intérieur, plusieurs étages de grand hall sans qu'on voit trop où peuvent bien être les livres, l'endroit est inondé de touristes, mais l'atmosphère bibliothèque est conservée, j'ai lu quelques pages de Proust. À 17 h, concert de la série Pioneer Works à Times Square!

16 août @ Times Square, Midtown Manhattan
the Chutneys [Gelsey Bell (voix), Chris Cochrane (guitare électrique), Fast Forward (percussions)]

Après ma déconfiture de la semaine passée, j'étais prêt à tout pour cet autre concert à Times Square. Et j'ai été servi! Un de mes concerts préférés à date. Le guitariste Chris Cochrane est un vieux de la vieille, même sa guit et son amplis sont vieux, et il est tellement bon! tellement lousse dans sa gestuelle, avec parfois de la grosse distorsion, parfois juste du bruit de fond, des bleep bloop tik tik blab. Le percussionniste Fast Forward est aussi un vieux de la vielle, clac cloung dong flik pshhh rrrrr qui joue avec toutes sortes d'objets, principalement ce qu'on trouve dans une cuisine de restaurant : casseroles, chaudrons, grosses cuillères à friture. La tâche n'est pas facile pour la chanteuse, d'intégrer un duo comme ça, qui ne donne pas beaucoup de support. Et elle prend sa place de la meilleure façon : en n'essayant même pas de leur ressembler. Ça donne un trio à la fois impossible et parfaitement équilibré.

The Chutneys à Times Square, gros highlight

Le contexte de Times Square demeure très étourdissant et bizarre, avec toutes ses publicités aveuglantes, le ciel qui n'existe presque plus derrière les gratte-ciels qui surplombent et semblent se replier vers l'intérieur, les LEDs à l'infini, la marée humaine, l'excitation; l'excitation et la stasis en même temps, c'est ça, tout bouge, tout frétille et clignote, mais rien n'évolue, les chaises rouges sont là comme la semaine passée, le méga H&M, le stand à saucisses, tout le mouvement est condensé et tourne sur lui-même, les touristes interchangeables, une friteuse à humains.

Jeudi 17 août

La semaine passe bien vite. C'est la résidence de la violoncelliste Tomeka Reid à The Stone depuis hier et il faut absolument que j'aille voir un ou deux des quatre concerts de file qu'elle présente, toujours avec du monde différent. Hier, finalement je n'avais plus l'énergie en revenant de Times Square. Ce soir, il y a Webb Crawford qui joue quelque part. Je veux faire une pratique de violoncelle aussi (pas de nouvelles du voisin, et de toute façon c'est la symphonie de bruits de construction ici aujourd'hui). Et je veux retourner nager. Go.

À mon agenda pour les prochaines semaines :

21 août @ TIME:SPANS : entre autres une pièce de mon ancien collègue de classe le compositeur Taylor Brook

9 septembre @ Issue Project Room : BEAM SPLITTER [Audrey Chen (voix, électroniques), Henrik Munkeby Nørstebø (électroniques], duo [Roscoe Mitchell (sax), John McCowen (clarinette)]

21 septembre @ Columbia University : Zorn@70 music for strings avec entre autres le violoncelliste Michael Nicolas

27 octobre @ NYPhil : Zorn encore, et autres musique contemporaine, orchestre

16 novembre @ Columbia University : Zorn@70 avec Barbara Hannigan!


mardi 15 août 2023

studio du Québec à NYC : jours 13-14 sur 151

13 août @ Roulette, Brooklyn
Zorn@70 at Roulette Part 2 : Cobra [Trevor Dunn (basse électrique), Wendy Eisenberg (guitare électrique), Sae Hashimoto (vibraphone, percussions), Taylor Levine (guitare électrique), Brian Marsella (piano), Ikue Mori (électroniques), Michael Nicolas (violoncelle), Miles Okazaki (guitare électrique), Jorge Roeder (contrebasse), Alexandra Simpson (alto), Ches Smith (batterie, percussion), Kenny Wollesen (batterie, vibraphone), John Zorn (composition, prompter)]

Concert incroyable à tous les niveaux. Superbe salle pas trop petite pas trop grande (je suis arrivé une heure d'avance pour être bien sûr, tout d'un coup, et à ma grande surprise une file à l'extérieur commençait à entrer), superbe balance de son, pas facile pour ce genre de contexte. Aussi superbe direction d'un John Zorn très enthousiaste et très fier de son band. De temps en temps, il se retournait un peu vers la foule en ayant l'air de vouloir dire « avez-vous vous ça? non mais avez-vous vu à quel point mes musicien·nes sont extraordinaires? »

Dans le cadre de cette pièce, John Zorn se donne le rôle de prompter et c'est un mot très intéressant et bien choisi. Traditionnellement, un prompter c'est un souffleur au théâtre, la personne en coulisses qui aide avec une réplique ou une partie de texte. Mais le mot est aussi simplement le suffixe -er (-eur en français, la personne qui fait l'action du mot, souvent un verbe, comme le skieur fait l'action de skier) ajouté au mot prompt qui veut dire : soit, comme en français, la promptitude; soit une idée de départ, dans le sens d'une writing prompt par exemple, un sujet donné comme partance pour l'écriture; soit la personne qui fait l'action de mettre une autre personne en action. Devant l'ensemble, Zorn était vraiment tout ça comme prompter : souffleur, pousseur, encourageur, très rapide et clair sans jamais être despote. Les musicien·nes sont en bonne partie en charge de proposer les évènements dans cette pièce, et Zorn relaie l'information. Mais il ne voit pas tout, ou choisit de ne pas tout voir! Vraiment un bon chef. J'ai écouté une entrevue récente où il dit que depuis toujours, il écrit de la musique avec l'intention de fournir aux musicien·nes des occasions d'être mis·es en valeur. Ce dimanche 13 août à la légendaire salle Roulette, j'en ai eu un bon exemple avec la présentation de quatre versions Cobra.

Dans l'orchestre, tellement de bon·nes musicien·nes. Je ne connaissais pas du tout le violoncelliste et je lis sur son site qu'il est d'origine canadienne-française et taïwanaise, né au Canada, déménagé aux États-Unis, gradué de la prestigieuse Julliard, membre de l'International Contemporary Ensemble, du quatuor Brooklyn Rider, invité de plein d'orchestres. Personne ne m'avait parlé de lui avant, come on, mes collègues dorment au gaz. Tik tik tik. Anecdote : mon réveil-matin est une musique choisie au hasard parmi une sélection d'environ 3000 fichiers, et ce matin je me suis réveillé en sursaut parce que j'ai cru que quelqu'un voulait allumer et faire exploser mon poêle quand j'ai entendu le « tik tik tik tik » du début de Plateau, sur Meat Puppets II. C'est vraiment le même son! Pas tant.

Lundi 14 août 2023

Lundi relax. J'ai lavé le plancher de la cuisine, que je trouve graisseux depuis le début. Je me demande si les autres résident·es allaient nu pieds comme moi. Je me demande aussi avec quoi les gens nettoient, car je n'ai trouvé aucun produit à date en cherchant les armoires. Est-ce que Michel Tremblay a passé la moppe quand il habitait ici, comme je m'apprête à le faire dans quelques jours, ou est-ce qu'il y a du monde qui sont trop hot pour ça et à qui on fournit un service de ménage?

Lundi relax. Pratique de violoncelle. Pas de nouvelles du voisin. En regardant vers chez lui à partir de la rue, j'ai remarqué qu'il semble avoir des climatiseurs installés dans chacune de ses fenêtres. Si son appartement est fait comme ici, ça fait 4 climatiseurs pour une seule grande pièce. Et si tout ça est allumé en même temps, ça doit faire un de ces vacarmes. Il peut bien marcher comme un éléphant et ne pas se plaindre de mes pratiques.

Lundi relax. Je n'en parle pas beaucoup, mais cette résidence à New York arrive en même temps que ma relecture d'À la recherche du temps perdu, de Proust, relecture dont je m'étais fait la promesse il y a 20 ans quand j'ai lu le livre pour la première fois. Je passe donc beaucoup de temps anachronique, anagéographique, comme enveloppé dans les décors dont Proust me fournit les impressions, parmi la bourgeoisie française du début du XXe siècle, les salons, les coteries, les désirs et tourments amoureux universels, les épiphanies artistiques du narrateur, etc. Quel chef d'œuvre. En ce lundi 14 août, je pensais à ça, entre deux paragraphes — il n'y a pas beaucoup de paragraphes — du deuxième tome, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, relevant la tête d'un épisode particulièrement émouvant, quittant Odette de Crécy, M. Swann et Gilberte pour retrouver la Thompson Street et son très générique Drip Drop Café dont j'étais en train d'essayer la terrasse, avec mon café et muffin pour 16,24$ canadiens (un record).  

Lundi relax. Soir de mon cours de yoga, ça fait du bien d'avoir au moins une chose qui se répète dans la semaine; toujours une aussi bonne classe avec la prof. Puis pour continuer dans la répétition, comme la semaine passé j'ai fait suivre mon yoga par un show au CARA.

14 août @ Center for Art, Research and Alliances, West Village Manhattan
Commissaires Anka Raczynska et Rat Porridge de Voluminous Arts
Tivali Tanay Thomas aka DOLLNXTDOOR (électroniques, DJ, poésie, performance)
Anka Raczynska (alto, alto électrique, électroniques)
Mercury Symbol aka Adonis Staten (no-input mixer, électroniques)
Rat Porridge (électroniques, voix)

Encore une fois, les décibels ont monté. J'ai ouvert mon bon vieux Decibel X, une app que je me rappelle avoir downloadé un soir à Berlin en 2018 (ou 2016?)  quand, dans un sous-sol écho à plafonds bas dans lequel on blastait du techno vraiment ordinaire, je m'étais demandé si je n'étais pas en train de me causer des dommages irréparables aux oreilles. Spoiler alert, ce soir là je m'étais fait rembourser mon billet et j'étais parti! Pas de billet à me faire rembourser hier, c'était gratuit. Et je pense que c'est vraiment pertinent la musique très forte, faite de bruits, de contrastes, la musique qui pousse le système de son à bout au point que ça sentait le plastique brûlé jusqu'à moi, au fin fond du corridor devant la salle. C'est une musique d'agression et ici de la recevoir telle quelle par des gens qui subissent la plupart du temps les préjudices et la violence au quotidien, c'est spécial et rempli de significations. J'ai mis mes écouteurs sur mes oreilles, une mesure de protection si facile comparé à ce que ces artistes doivent parfois faire pour se sentir en sécurité. Pour les 5 minutes où j'ai utilisé le Decibel X, il a enregistré une moyenne de 95 dB, avec un peak à 105 dB. Danger danger. Et je n'étais même pas dans la salle même quand j'ai pris ces mesures. L'organisation distribuait des bouchons à tout le monde.

Ça serait vraiment mal vu ici de brimer l'expression de quelqu'un. Par exemple, demander de jouer moins fort. Dans le contexte particulier de l'art comme ce concert, mais aussi en général dans la rue. Je n'ai pas vu de mouvement de panique de l'organisation quand ça s'est mis à sentir le plastique surchauffé. Advienne que pourra. Le matériel se remplace alors que l'occasion, le moment présent méritent la plus haute considération. Et moi qui m'en fais pour le voisin, ce n'est vraiment pas la vibe. 

Mardi 15 août

À la veille de la nouvelle lune, j'ai envie de faire de la musique et mon réseautage ne va pas vite, alors ce matin j'ai court-circuité et j'ai pris une chance d'écrire directement à Kwami Winfield, voir si ça lui tentait qu'on se rencontre pour un duo. Elle m'a répondu tout de suite positivement pour demain après 18 h. Euh ok!

J'ai été déjeuner au Landmark Coffee Shop, une binerie qui semble avoir survécu à la gentrification avec son menu très de base, très pas cher, très pas grano. J'ai pris le déjeuner N°1, deux œufs, rôties, petites patates et café, pour 7,95$. On ne demande pas quel genre de pain et quel genre d'accompagnement, c'est du pain blanc et la bouteille de sauce rouge. J'ai marché devant la boutique Supreme, fermée le temps de recevoir la nouvelle collection d'automne; ça fumait des gros pétards devant! Ensuite j'ai fait un peu d'épicerie au Whole Foods. Là j'écris et je fais un lavage. La construction se poursuit sur le toit ici, je suis dans un univers de bruits.

Ce soir : natation et peut-être un concert. La semaine passée, après avoir été nager mardi soir, j'avais été à un concert au sous-sol cuisant et suffocant du magasin de disque Downtown Music Gallery, qui semble présenter des concerts tous les mardis, et je répéterais bien l'expérience. L'info n'est pas encore disponible, à suivre. Sinon, il y a 5 shows de musique improvisée parmi lesquels choisir à Brooklyn, 1 show à Queens, il y a Bill Frisell en quintette au Village Vangard et il y a le festival TIME:SPANS qui présente un concert de musique contemporaine. Aussi, j'ai le droit de prendre un break.

dimanche 13 août 2023

studio du Québec à NYC : jours 11-12 sur 151

La cuisinière au gaz, ça me stresse. Tik tik tik tik tik et la moitié du temps la flamme n'apparaît pas. Du gaz sort, je le sens, l'odeur typique. Alors j'allume la fan du poêle, j'attends que le combustible invisible se disperse. Je l'imagine se répandre dans la pièce, lambeaux de nuage ou masses comme la cire dans une lava lamp tout autour de moi. J'imagine l'une de ces poches de gaz vagabondes retrouver la flamme quand enfin ça allume. Explosion! Mais non, ça va, les toasts dorées sont toujours aussi délicieuses, leur cuisson même meilleure. N'empêche que ça stresse le gaz, le feu, voyons donc.

Vendredi 11 août

J'ai pris une bonne marche le long de l'Hudson (fleuve du côté ouest de Manhattan) en me rendant à la piscine pour les longueurs. Le soleil dardait, et moi qui suis très résistant, pour ne pas dire fervent, de chaleur, je suis impressionné encore une fois par les New-yorkais·es qui ne semblent pas du tout affectés par la chaleur. Les rayons m'arrivaient directement sur la tempe droite, dédoublés par la surface réfléchissante de l'eau, passaient entre ma casquette et mes lunettes de soleil et formaient comme une boule incandescente entre mon œil et le verre, au point que je réorientais ma tête périodiquement pour chasser la sensation. Pendant ce temps, plein de gens autour de moi, chez qui j'observais à nouveau deux phénomènes opposés, mais très communs et surprenants que j'ai remarqué à NYC :

- les personnes habillées en long quand il fait très chaud. Il me semble qu'au dessus de 30°C (86°F pour parler local), on s'attend à voir les gens en short shorts et en cami côtelée bretelle spaghetti du Simons. Mais non, le pantalon long est tout à fait majoritaire dans les rues de Manhattan. Pourtant, on voit bien les t-shirts collés sur les corps, la sueur qui perle sur les visages, ce n'est pas comme si les New-yorkais·es avaient évolué back chez les reptiles. Plus rares mais quand même fréquentes, je vois aussi les manches longues apparaître par temps très chaud. Mes hypothèses : 1) il peut faire bien plus chaud que ça ici, je n'ai pas connu les vraies canicules new-yorkaises, et à ce point-ci de l'été les corps seraient bien adaptés; 2) la climatisation est tellement omniprésente qu'il vaut peut-être mieux être habillé en long si on passe une partie de la journée à l'intérieur. 

- deuxième phénomène observable et observé : le gars pas de t-shirt en train de faire sa course comme si de rien n'était. Toujours un gars tout seul, pas de duo de chests, pas de gaggle d'Apollons, il est toujours shapé comme une revue de maillots de bains. On croise le gars pas de t-shirt vraiment n'importe où et n'importe quand, mais assez peu souvent pour être un peu surpris à chaque fois; en voici un en plein jour sur un coin de rue au milieu d'une cinquantaine de touristes, en voici un dans une rue déserte le soir, en voici un au gros soleil sur la rive de l'Hudson, qui ne montre aucun signe de fatigue alors qu'il cuit littéralement, scientifiquement. Et dans ses yeux, rien. Le gars pas de t-shirt est une machine, un personnage de jeu vidéo avec lequel on n'est pas supposé interagir. À la différence du gars pas de t-shirt montréalais, qui nous montre fièrement et stupidement ses gros biceps. À la différence du gars pas de t-shirt de Québec, vieux soûlon désagréable de qui il faut immédiatement détourner le regard, sous peine de se retrouver plongé dans un monologue immanquablement raciste et sexiste.

Après l'observation, la marche, les longueurs et un prudent retour en métro, j'ai été lire avec un café, j'ai été manger des kimbap et j'ai pris une marche espérant trouver un bar où j'aurais envie de m'arrêter. Mais rien ne m'inspirais. Je me suis ramassé un gros beigne au foodtruck et suis rentré bien sagement.

Samedi 12 août

J'ai commencé la journée en m'inscrivant à une classe de danse avec Max Cookward. Suffit le niaisage, je ne suis pas danseur, mais j'ai toujours quelque chose à apprendre des ateliers de danse. Max Cookward est vraiment un excellent chorégraphe et danseur basé à Londres, je suis son évolution depuis plusieurs années sur son instagram. Ce sera sûrement gênant de le rencontrer en vrai, surtout dans le contexte vulnérable d'un affaire de danse, mais qu'importe, c'est New York. Max Cookward travaille souvent avec un violoniste, genre violon amplifié noyé dans le reverb, il a donc une affinité pour le son, les textures sonores. Ça nous fait déjà un point commun. C'est samedi prochain, 19 août, 10-20$ contribution volontaire, et il appelle ça « Movement Meditation Workshop ». Go!

La vue sur l'appartement en me réveillant ce matin là.

Ensuite, j'ai épluché la programmation des mois à venir de l'orchestre philharmonique de New York. La musique classique, vraiment un sport de riche comme en témoignent les prix des billets. Et je comprends que le concert inaugural de saison, avec Yo-Yo Ma et tout, soit un évènement de prestige, de réseautage à 500$+ le billet. Mais le reste de la saison à 80-100$ (110-135$ canadiens) pour même pas des bonnes places, c'est indécent, comme ailleur. Programmation correcte, avec des classiques et toujours au moins une pièce plus récente par contre. Et il y a deux concerts à venir en formule contribution volontaire. Je note le 12 septembre, date à laquelle les réservations ouvrent. Enfin, un seul concert à prix fixe raisonnable, 34$ : une création « pour deux musiciens improvisateurs et orchestre » de Kinan Azmeh and Layale Chaker, une pièce de la compositrice Unsuk Chin (élève de Ligeti) et une création pour orchestre de John Zorn. J'achète. Ce sera le 27 octobre.

J'ai vu passer que le zoo du Bronx offre de rentrer dans une pièce qui contient plus d'un millier de perruches. AMERICA. Je vais peut-être attendre d'avoir des amis en visite pour tenter l'expérience. Quoique! Je suis pas mal la seule personne que je connaisse qui a vraiment envie de cette activité.

Après ces recherches virtuelles, j'ai fait ma pratique de violoncelle en début d'après-midi. Pas de nouvelles du voisin. Puis j'ai été lire au café, le même café où j'avais été hier. Allô, sympathique barista. Ce n'est toujours pas le bon café pour moi, je dois continuer à en essayer d'autres. Puis j'ai été voir un concert dans une galerie d'art. Puis j'ai mangé un club sandwich végane. Puis j'ai été à un autre concert à The Stone. Puis j'ai essayé le fameux Stonewall Inn.

12 août @ Storefront for Art and Architecture, Nolita Manhattan
trio [Ricardo Gallo (piano)
, Samita Sinha (voix), Cecilia Vicuña (voix, poésie)]
dans le cadre de l'exposition Direct Action de Francisca Benítez

J'y ai croisé une saxophoniste vraiment hot que j'avais vu en concert au début du mois passé à Montréal. See you soon yeah.

12 août @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
duo ARCADES [Brian Chase (drums), Anthony Coleman (piano)]

À date, The Stone est la salle que je préfère pour les concert. Très vieux jeu de ma part, mais j'aime ça pouvoir m'asseoir proche de la musique sans que ça me feedback dans tête, et j'aime le public attentif et réceptif, qui est là juste pour écouter. Cette fois, pas un concert qui va changer ma vie, mais un très bon concert et un privilège de voir ce duo de vieux amis qui n'ont pas dit leur dernier mot. Anthony Coleman a son propre langage harmonique au piano, un instrument qui cherche tellement tout le temps à se réclamer des traditions soit classique ou jazz. Je ne sais pas comment il fait. En fait oui, j'ai bien vu, bien entendu, il trouve des rencontres de notes ou agrégats qui se tiennent, harmoniquement parlant, sans jamais pasticher les grands maîtres. Quand même un tour de force.


Ensuite, parlant des choses un peu moins pour moi. Ça y est, ça pourrait être le moment du voyage où, immanquablement, je vais chialer sur le fait que j'ai beau être dans la plus grosse ville du monde avec la plus forte tradition LGBTQIA+ militante du monde, je ne trouve nulle part où aller parmi ces belles personnes, par ce que leur musique fucking sucks I hate it I'm triggered. Mais ça n'ira pas plus loin pour aujourd'hui. Après être passé devant le fameux et historique Stonewall Inn une fois, deux fois, trois fois sans oser rentrer, j'ai enfin franchi sa sécurité et sa porte hier. La même playlist de musique de marde pop 2006 comme dans tous les bars gays du monde, les mêmes drag queen dont j'ai manqué tout le show de toute façon, les mêmes gars tous habillés soit le plus platte du monde, soit super efféminés, et bravo à eux de vivre leur true self en toute sécurité. I'm bored. Ceci dit, Stonewall Inn, check. Birthplace du mouvement de libération queer, check.

Plus largement, je suis dans la ville du free jazz et ça, oui j'ai trouvé où ça se passe. Mais je suis aussi dans la ville de Sonic Youth, du No Wave, du punk. Je me demande bien où c'est possible de s'assoir dans un bar et entendre de la musique qui a de l'allure. J'ai ajouté Patti Smith sur mon instagram. Je lis un blog sur les endroits où a habité William S. Burroughs. Je lis une entrevue récente où Thurston Moore parle d'une certaine galerie d'art. À suivre.

Dimanche 13 août

Ce soir, concert de John Zorn qui, à l'occasion de ses 70 ans, dirigera sa fameuse pièce Cobra.

vendredi 11 août 2023

studio du Québec à NYC : jours 9-10 sur 151

J'ai été déçu de moi-même avant-hier. Visite au fameux Times Square voir l'artiste présentée cette semaine par Pioneer Works. Parenthèse en partant, quelle bonne idée d'investir un lieu de type trappe à touristes comme ça avec une programmation alternative. The Commuter Series with Times Square Arts. Ça sonne. À quand La série brunch décriss au Château Frontenac? Mais Times Square. Arrivé fort bien sans problème en métro. Autre parenthèse, le transport en commun ici est vraiment top, je n'en parle pas assez. Tout en temps réel sur google maps, zéro stress, toujours plusieurs options pour se rendre. Parfois très très chaud dans la station de métro, vertisserie™ level, mais chacun sait que ça ne durera pas, car en effet le train arrive en quelques minutes et c'est climatisé à bord. Un bon climatisé là, pas trop froid, pas médical, et on sent que l'air circule, l'oxygène abonde. Je suis donc sorti du sous-terrain vers Times Square avant-hier, panorama 360° et en une seconde j'ai repéré les écritures dans les airs.

TIMES SQUARE un peu partout, des écrans des éCranS des éCRANS. Pour se rendre au carrefour principal, il faut passer dans l'épaisse fumée d'un petit food truck qui fait brûler ses saucisses 100% du temps, passer dans un petit tunnel temporaire à cause de la construction, traverser une petite rue sans attendre le signal avec la centaine de personnes qui fait ça en même temps. Et sur la place principale : asSauT toTaL late-stage capitalism. Même pas, juste une version avancée free market années 80, publicité par-dessus publicité. America. Touristes dans tous les sens. Des écrans des écrans des écrans mais pas des écrans comme on connaît l'écran d'ordinateur, l'écran de télé, pas des projections non plus comme au cinéma ou sur scène, ici les panneaux-réclames sont des systèmes d'éclairage en soi, où chaque pixel de l'image qui bouge, qui clignote sans relâche, est une mini lampe extra puissante. Les blancs sont des flashes de caméra, qui, au lieu de passer, stupeur d'une fraction de seconde, collent indéfiniment, quittent et reprennent selon une valse aléatoire tout à fait incohérente. Au niveau luminosité, le soleil a de la compétition, et il a perdu.

Et moi aussi, j'ai perdu. Times Square 1-0. Mon corps a peut-être reçu les flashes de lumière comme des éclairs dangereux par temps d'orage, au gros soleil, comme des explosions imprévisibles, en avant en arrière sur tous les côtés, en tout cas comme une situation d'où il faut se sortir immédiatement. J'ai essayé de rester, de me placer en retrait plutôt qu'en plein milieu, j'ai mis ma casquette, mes lunettes soleil, mes écouteurs pour diminuer les stimuli, je me suis concentré sur ma respiration, oui respirer plus profondément, come on je suis une bibliothèque à mécanismes de défense; je me suis assis à une table, je me suis éloigné aussitôt, j'ai été parler deux secondes à une musicienne que j'ai reconnue, Kwami qui joue dans Many Many Girls que j'avais vu l'avant-veille, visage familier, présence rassurante, j'ai quand même senti mes genoux fléchir, gotta go, je suis parti vite, repéré Bryant Park, oui fixer un arbre me ramènerait peut-être, le parc est une fourmilière humaine, pas un pied carré sans agitation, chercher les toilettes, m'y re(com)poser un instant, s'éloigner de la foule sans succès, une eau pétillante achetés au frigidaire du CVS, blaster du Messiaen dans mes écouteurs – Harawi chant d'amour et de mort, bon choix après avoir essayé les études pour piano de Debussy bien trop stressantes –, banc dans Madison Park, repartir aussitôt, métro, appart. Je ne suis pas sorti ce soir là! Je suis déçu d'avoir manqué le show de Corrine Jasmin à Times Square, qui avait l'air vraiment cool and chill and inspirante.

Et surtout je me suis trouvé vraiment loser d'avoir cette réaction à quelque chose d'aussi banal qu'une attraction touristique commerciale. Symphonie de la consommation, oui c'est « le carrefour du monde » bla bla bla, 365 000 personnes passent là tous les jours ok, mais au final il n'y a comme « rien » à Times Square. Dans les médias qu'on regarde, qu'on écoute, il y a le contenu, qui m'intéresse, et les annonces, qui interrompent. Times Square c'est « rien » dans le sens que ce n'est que l'interruption, sans qu'il y ait le contenu.

Jeudi 10 août

Je m'étais fait tout un plan de journée lavage séchage étendage pliage business exercices violoncelle natation concert. Je n'ai pas respecté le plan finalement, mais j'ai bel et bien fait mon premier lavage. Moment important du voyage. Comme le moment où on prend ses clés de maison et on les range dans sa valise, en voulant dire : je suis arrivé. Et le premier lavage : je suis vraiment ici. Pendant le lavage, j'ai bien envoyé au moins 4 emails business. Planifier novembre 2024. Eh oui. Aussi, j'ai essayé le rouleau en mousse (back roller) que j'avais spotté dans un garde-robe ici et que je soupçonne avoir appartenu à Marie Chouinard. J'ai suivi une séquence d'exercices sur youtube et ça a fait vraiment du bien, après tout ce stress et les longues marches. Puis, une bonne pratique de violoncelle. Pas de nouvelles du voisin. Puis j'ai été lire et boire un americano trop cher dans un café pas loin. Il pleuvait beaucoup, c'était très beau.

J'ai pris ma revanche sur Times Square, où je suis retourné, armé de mon parapluie. J'ai passé le nuage de fumée de saucisses, subi les flashes permanents, absorbé toute l'overload en enseignant à mon cerveau que c'était safe. Pas question que je me laisse intimider par cette affaire de touriste là! 

Times Square 1-1

Ensuite j'ai fait mon épicerie au Target, dont je prononce parfois la finale dans ma tête à la française comme « budget ». Tarjet. C'est Tyler Oakley qui m'a appris ça. Comme si c'était classy. Mais non. Pas mal les mêmes prix qu'au Whole Foods. Il y avait des dumplings, un bon souper ça. Puis j'ai été voir un concert vraiment hot.

10 août @ The Stone at the New School, West Village Manhattan
duo [Brian Chase (drums), Zeena Parkins (harpe électrique, électroniques)]

Haute voltige. Le drummer en laissait pas passer une, vraiment hyperactif tout en restant assez doux avec des gros build up parfois. La harpiste en déséquilibre constant, dans le bon sens. Je lis sur elle ce matin et j'apprends que c'est elle qui jouait la harpe sur le Unplugged de Hole! Elle a aussi joué avec Yoko Ono, Björk, Lee Renaldo, Pauline Oliveros, John Zorn, Anthony Braxton... ok elle a fait le tour. En même temps, elle a l'air très approchable, genre friendly, j'ai aimé l'espèce de maladresse qui est toujours là dans son jeu. Elle lançait un nouvel album appelé Lace, où Brian Chase ne joue même pas. Pourquoi pas! J'écoute leur duo en 2019 et c'est pas mal ce que j'ai entendu hier. Je me demande si Zeena se prononce djina, Gina, comme le philosophe Žižek se prononce jijek.

Ah les internets! Quelques mots du guitariste de Hole au sujet de la collaboration pour leur Unplugged : « I loved working with Erik [Friedlander, violoncelle], Zeena [Parkins, harpe], and Ralph [Carney, clarinette, tuba, horns]. As musicians, they were way out of our league, but somehow, the melding of their free jazz-slash-John Zorn training with our ethos worked. I wish I could’ve dug in deeper with them. [...] [Courtney Love] kept trying to add songs right up until the last rehearsal and trying to write new ones. I could tell when Erik, Zeena and Ralph were put off by her divadom at times, so Hal and I tried to assuage them. » Assuage. Ouais, pas facile Courtney Love.

En revenant du concert, je suis arrêté pas loin dans un bar où il y avait des drag queens que mes amis connaissent : Jax et LaBeija. La drag n'est vraiment pas une forme d'art avec laquelle j'ai beaucoup d'affinités. Puis deux pointes de pizza et une bouteille d'eau pour 3,50$, ça c'est un deal.

Vendredi 11 août

J'ai commencé à prendre l'ascenseur de temps en temps pour monter au 4e étage, mais je ne me résous toujours pas à utiliser le lave-vaisselle. Alors j'ai ça à faire, pas mal de vaisselle, puis je me reprends pour la piscine que j'ai foxée hier, puis je n'ai même pas encore regardé pour la suite.

Voir des gens comme Zeena Parkins, ça donne vraiment envie de se dépasser.

mercredi 9 août 2023

studio du Québec à NYC : jours 7-8 sur 151

Je viens de passer mes deux meilleures journées à date.

Lundi 7 août

- pratique de violoncelle, pas de nouvelles du voisin
- belle marche d'une demi-heure pour aller au yoga de 18 h, sans utiliser google maps!
- vraiment vraiment cool classe de yoga, prof de type vieille madame douce mais forte, pas trop du côté ésotérique, quand même des moments plus introspectifs, une quinzaine de personnes dans un studio où il fait pas mal chaud, où la ventilation est pas mal forte au point que je manque quelques instructions, peu importe, public majoritairement de vieilles madames sympathiques, quelques dudes low profile, vraiment une excellente classe de yoga, je suis sorti de là et il me semble que je n'avais jamais si bien respiré à NYC à date.
- fin de la classe à 19 h, et j'avais le show à aller voir à 19 h. En embarquant dans le métro, je vois dans le wagon suivant la prof de yoga et on se salue. Ça! Ça j'aime ça. Un visage connu. J'arrive au Center for Art, Research and Alliances à 19 h 30 et des poussières, oui j'avais RSVP, on me fait entrer. J'ai manqué les premières notes de LL Celestine, alto et beaucoup de pédales de loop et de reverb.

Puis, le set de Ikue Mori. Elle nous a offert une vraie pièce de musique électronique en temps réel, est-ce qu'on dit acousmatique? En tout cas elle est vraiment une grande maître de son affaire. J'ai reconnu certaines des sonorités qu'elle utilisait déjà en l'an 2000 sur le disque SYR5 avec Kim Gordon et DJ Olive. Je les avais vus au FIMAV en 2001. Wow ça commence à dater. Difficile de savoir ce qu'Ikue Mori fait live et ce qui est préenregistré, puisqu'elle travaille au laptop. Elle est là assise devant nous avec son ordi comme si on était au Starbucks. Mais la pièce qui se déploie est complexe, changeante, toujours très cohérente, quelque chose d'aérien et aqueux à la fois. Elle a un petit contrôleur qu'elle visite de temps en temps de la main gauche. J'aurais aimé voir l'écran, je me demande pourquoi ça ne fait pas partie de la culture de la musique de laptop; on ne cache pas les touches du piano quand on va voir un concert de piano, ça fait partie de l'expérience de voir les mains sur l'instrument, même quand on ne comprend pas trop ce qui se passe.

Après Ikue Mori, sadnoise a pris le relais. Un autre artiste avec des électroniques, celui-ci debout avec un peu plus de présence corporelle, mais sa musique un peu moins pour moi malgré quelques très bons sons. Définitivement une partie du concert où il fallait porter des bouchons. CARA en offrait aux gens qui arrivaient. Pour ma part, je ne sais pas si c'est anatomique mais je ne supporte pas de porter ça, je n'ai jamais été capable. À l'époque où je jouais du drum très fort, j'empilais deux paires de gros écouteurs pour me couvrir les oreilles. Un peu moins chic en concert. Quand ça devient fort au point d'être dangereux pour l'ouïe, je m'éloigne simplement, quitte à me mettre les doigts dans les oreilles quand ça monte trop. La distance fait que je suis moins connecté au show. En même temps, pour être proche il faudrait que j'entende moins bien? C'est une esthétique avec laquelle j'ai moins d'affinité il va sans dire, et en même temps il y a quelque chose de jouissif dans les sons très forts, les speakers poussés à bout.

Parlant de speakers poussés à bout, le concert s'est terminé avec Many Many Girls. Installation performative toute en déconstruction comme on aime. Trois lecteurs reel-to-reel et un seul long ruban magnétique qui passait par les trois lecteurs et encerclait ce faisant une partie de la foule. Foule dont je ne faisais pas partie parce que ça feedbackait par moment vraiment trop fort. Musicalement, il y avait quelque chose dans les contrastes, quelques sons vraiment très cool. Une esthétique encore une fois très pawn shop 1995. On sent que ça ne tient pas à grand chose, que tout pourrait planter et il n'y aurait plus que le silence. Mais les trois performers ne se gênent pas pour prendre le ruban magnétique à pleines mains, donner un coup de pied sur la table tournante, etc., elles en savent plus que nous sur la robustesse de l'équipement.

Coudon, est-ce que je me prends pour un critique de concert? J'ai passé une belle soirée. Il s'est mis à faire un temps d'orage, ça a changé l'air et c'était parfait. Pointe de pizza sur le chemin du retour. Passé devant le Stonewall Inn, iconique lieu où les luttes LGBTQ+ telles qu'on les connait aujourd'hui ont pris forme. Je m'étais dit que je pourrais arrêter là, mais c'était lundi drag queen bingo, très peu pour moi merci. J'ai fait le reste du chemin à pied jusqu'à chez moi. Belle marche, belle soirée, belle journée.

Mardi 8 août

- rencontre en avant-midi planifiée sur Teams
- café, sandwich, lecture au Mille-Feuille Bakery. J'ai partagé ma table avec une dame qui m'a dit venir ici tous les jours pour voir ses amies depuis près de 50 ans!
- suite de ma lecture juste à côté à Washington Square Park, évidemment sur le même banc que la première fois. Un peu d'épicerie overpriced au Morton Williams Supermarkets en revenant.
- pratique de violoncelle, pas de nouvelles du voisin
- marche d'une demi-heure pour me rendre à la piscine, nage 1500 m, enfin comme avant
- une autre marche d'une demi-heure pour me rendre à un concert dans Chinatown. Concert en quatre parties d'une heure chacune, de 18 h 30 à 22 h 30, intense. J'ai visé voir seulement la dernière partie, où une clarinettiste, clarinette basse, avec qui je jouais à Montréal en 2006-2007 et qui habite à Londres, UK depuis plusieurs années, jouait avec son sextet autrement basé en Italie. So #newyork. Finalement je suis arrivé à temps pour voir une bonne partie du set précédent. Il devait faire 35°C dans ce sous-sol à plafond bas ouf excellent. Vibraphoniste vraiment intense que j'aimerais revoir.
- et une dernière marche d'une demi-heure pour rentrer, en passant par Chinatown le jour des poubelles, ambiance! puis par hasard par la Petite Italie où j'ai spotté un magasin de Noël. Plaie internationale.

Mardi 8 août @ Downtown Music Gallery, Chinatown Manhattan
Antivoid [Samantha Kochis (flûtes), Selendis Sebastian Alexander Johnson (vibraphone)]
sextet [Daniel Carter (saxophones, trompette, flûte), Gary Jones III (drums), Abe Mamet aka Abram Wolfe (cor français), Luisa Muhr (voix), fall raye (sax), Emily Shapiro (clarinette basse)]

En complétant les noms du band comme ça pour l'archive, pour me rappeler, je prends le temps d'en apprendre plus sur chacun et je me rends compte à quel point tous ces gens que j'ai vus hier ont des feuilles de route impressionnantes. Vraiment excellent drummer Gary Jones III. La musique pouvait bien être bonne, ce n'était pas leur première fois!

Mercredi 9 août

- je prends ça relax, je ne suis pas obligé de marcher 10 km chaque jour, quoique.
- au menu : un show de musique improvisé à Times Square, série Pioneer Works.

lundi 7 août 2023

studio du Québec à NYC : jour 6 sur 151

Lundi matin. On rentre travailler. Je réponds à un email de job pour avril 2024.

Hier en marchant, j'écoutais le dernier album de Ikue Mori et je me disais qu'il faudrait bien que je regarde sur son site voir si elle joue bientôt à New York. Ce matin, en consultant la liste des concerts du jour, je me rends compte qu'elle joue ce soir. À 20 min de marche d'ici. Gratuit. Eh bien!

Les lundis c'est aussi mon cours de yoga, surprise en boni de mon abonnement au centre communautaire pour la piscine. Cours de yoga de 18 h à 19 h, concert annoncé à 19 h. Je prends le « risque » que le concert commence en retard (j'apprends) et que Ikue Mori ne soit pas la première artiste sur scène.

Je me vois aller, à la recherche de points de repère, de petites flèches dans mon espace et dans mon temps qui soutiennent ma maison sur pilotis. Lundi yoga 18 h, récurrence de temps à venir. Répétition. Le centre communautaire avec la piscine, j'ai même ma carte avec mon nom dessus, ça c'est de l'enracinement-repère vite fait. Le Whole Foods, autre lieu où je suis retourné-répétition hier essayer la sandwich salade de poulet vegan (bof) et faire un peu d'épicerie. Il paraît qu'à NYC on ne dit pas « grocery shopping », mais bien « food shopping ». Le Washington Square Park, où je puis passé deux fois. Je n'ai pas encore trouvé le café pas loin que je vais adopter, mais ça viendra. Hier j'ai essayé le Vesuvio Bakery Soho, 3-4 places assises dehors, vraiment bien pour lire Proust sous un arbre énorme, voir des gens passer, mais à 6$ la chocolatine (7,20$ avec le tip, donc 9,60$ en argent canadien, ajoute un café et pour vrai on accote 20$ canadiens), c'est non. Next. Je n'ai pas encore trouvé un resto de pizza pas cher pas loin non plus, mais ça aussi ça viendra. Il faut dire que SoHo c'est SoExpensive.

La porte voisine à mon entrée c'est le magasin What goes around comes around. Et à chaque fois que je reviens de mes sorties, je me retrouve devant le slogan, je me retrouve dans le slogan. Je suis sorti et je reviens what goes around comes around le passé est garant de l'avenir. Une ritournelle. J'aime. En réalité, What goes around comes around vend des articles griffés d'occasion : Hermès, Chanel, Louis Vuitton, etc. L'item le moins cher de leur section liquidation en ce moment est un porte-feuille à 295$ (400$ canadien), en deuxième place un foulard de soie 385$ (530$ canadien). Ils ont le sac à main Birkin à 215 000$. Iconic. Belles mitaines.

Hier, j'allais voir Ava Mendoza en trio avec deux musiciens que je ne connais pas, et finalement changement de programme je l'ai trouvée avec gabby fluke-mogul, violoniste que j'avais rencontré·e lors de ma première soirée. Différence et répétition!

6 août @ Arts for Art InGardens, Lower East Side Manhattan
duo [gabby fluke-mogul (violon amplifié), Ava Mendoza (guitare électrique)]

C'était un atelier de musique improvisée avec des enfants, qui se terminait en concert informel. Très cute, très sympathique, très #wholesome.


Puis ce soir après le yoga, voyons voir si je vais revenir mettre à jour le programme qui suit. Je passe par toutes sortes de recherches google et instagram pour compléter l'info, et, au passage, en découvrir un peu plus sur chaque artiste. Ça me semble que ça va être encore pas mal d'électroniques DIY plogué tout croche, en apparence...

7 août @ Center for Art, Research and Alliances, West Village Manhattan
Commissaires Anka Raczynska et Rat Porridge de Voluminous Arts
Many Many Girls [Kwami Winfield (trompette, électroniques), Ani Blech (?), Riley (?)]
sadnoise : Femi Shonuga-Fleming [solo électroniques, art sonore]
LN Celestine : Ellen K [alto, voix, drum machine, électroniques]
Ikue Mori [percussions électroniques]

Pas de nouvelles du voisin d'en-haut re : ma lettre. Hier j'ai sorti le violoncelle, je l'ai accordé, j'ai joué 10 minutes. Aujourd'hui je me fais une vraie petite pratique.

dimanche 6 août 2023

studio du Québec à NYC : jour 5 sur 151

Au réveil, l'appartement ensoleillé. C'est tellement tranquille tout d'un coup, est-ce parce que c'est dimanche ou parce que j'ai enfin résolu de fermer les fenêtres pour la nuit? Je suis rentré tard hier. J'ai enfin vu des rats dans le métro, puis dans les ordures dehors. Pas trop de monde louche à date, même à 1 h du matin un samedi soir.

J'avais prévu aller au Bryant Park hier après-midi, mais la journée avançait et je commençais à manquer de temps. Je me suis donc dirigé vers le Washington Square Park où j'avais été lire l'autre fois : un beau samedi plein de monde, des artisanats de tous les genres tout le tour de la fontaine, un trio jazz dans un coin, une troupe de danse qui filmait des tik toks (je suppose), une danseuse soliste (je l'avais vue l'autre fois, elle est comme vraiment bonne pour vrai, Kanami Kusajima aka lethairdown), des gens assis à chacun des nombreux bancs ou sur le gazon.

spoiler alert : photo vraiment poche de Madison Square Park

Il faisait beau, j'ai poursuivi sur la 5e avenue. 5th avenue, me semble avoir déjà entendu ça. Un google plus tard : « The Big Apple's most famous street is Fifth Avenue, also known as Millionaire's Row. » Ah! J'ai marché jusqu'au Madison Square Park et je n'ai rien à signaler sur cette portion sud de la 5th avenue, sinon un gros Club Monaco, H&M, Sephora, l'université The New School où ont étudié, entre autres, Bill Evans, John Cage, Ai Weiwei, Jasper Johns.

5 août @ "In the back", Brooklyn
Grout : Mallie Sanford (solo électroniques, lecteurs cassettes, cloches, xylophone en bois)
BK : Benjamin Kendall (solo console, drum machine, cymbale amplifiée, mp3, voix)
Samara Lubelski (solo violon amplifié avec pédale de tremolo)
Aaron Dilloway x Evil Moisture (duo lecteurs de bandes magnétiques, électroniques)
Leila Bordreuil (solo feedback, électroniques, violoncelle)

Je ne suis pas certain des noms de ce que j'ai vu. [EDIT : deux jours plus tard, une série de stories Instagram a clarifié le tout] On annonçait aussi un special guest, mais tout le monde était spécial tant qu'à moi. Je crois que les gens sur place savaient qui jouait, pas moi! Le genre de show où ça commence sans présentation, le public se tait, ou continue à parler et chiller, c'est tellement fort que ça change rien, puis on applaudit quand c'est fini, la musique d'ambiance recommence et l'artiste dit rien. J'aurais pu demander autour de moi qui jouait. C'était pas la (ma) vibe.

C'était annoncé à 20 h, je suis arrivé à 20 h 30, ça a commencé à 21 h 30. J'apprends. J'ai fraternisé avec un compositeur berlinois (tiens donc) d'origine suédoise qui est présentement en résidence de création à Blank Forms où il accorde un piano selon un système qu'il a élaboré. Ça me rappelait une pièce renversante The Well-Tuned Piano par LaMonte Young et il m'a dit qu'il avait étudié avec lui justement il y a quelques années. Ok! Ces jours-ci, il prend aussi des cours de rudra veena (quessé ça? Un genre de sitar basse) avec le grand maître Bahauddin Dagar, que je découvre à l'instant et me promets d'aller voir en concert en septembre.

Résumé de soirée : de la très bonne musique, très bruit, très organique, très lo-fi avec des cassettes, des vieilles pédales d'effet, consoles louches des années 90. Beaucoup de monde dans une petite cour arrière, je dirais 150 personnes au moins, ça fume ça boit la musique très forte. Pour acheter une cannette de bière, soit on paye 4$, soit on tire le dé. 2$ pour moi. Pas mal de queerness, de monde pas de déo, de linge déchiré, et j'avoue que ça fait du bien après 4 jours de l'ambiance très proprette de SoHo.

Et puis on observe un peu plus attentivement et la petite cour très punk est en fait montée quadraphonique avec des bons speakers, il y a des micros hifi pendus au-dessus de la foule, dans la fumée du bbq entre les lumières suspendues. Les prestations se déroulent avec pas mal de glitches, mais sans jamais que ça foire : électroniques vintage bien entretenus? En même temps, BK met tout son kit directement par terre sur la terre battue-pas-si-battue. Et Leila Bordreuil arrive à la fin avec une table complète de consoles des années 90 et pose, sous la table, directement dans la terre, cigarette d'une main et un énorme verre d'eau dans l'autre, son macbook air. Le violoncelle dans la terre aussi, et je n'ai jamais vu une aussi longue pique, ça lui permet de jouer debout. Puis l'ordinateur est connecté à un très bon écran suspendu un peu plus loin, où sont diffusées des images qui semblent avoir été tournées par une vieille caméra. Puis numérisées. Ça a commencé sur un feedback mid-low drone et, les yeux fermés, directement en performance, elle a crinqué ça. Il y a eu des courts moments où ça screechait pas mal quand elle a enfin pris le violoncelle. Un moment donné, elle a baissé les électroniques et a fait deux-trois notes tenues au violoncelle et s'est arrêtée abruptement. J'aime une fin abrupte. Leila Bordreuil est très bonne, très assumée, très inaccessible.  Quoique.

Pour revenir au concert en général, au-delà de l'esthétique délabrée il y a vraiment un désir — et surtout, les moyens — de bien faire. C'est un renversement par rapport à la norme, non? Dans la rue, l'habitude de côtoyer des gens qui n'ont pas grand chose et s'efforcent de paraître à l'aise : maquillage, grandes marques, carte de crédit. Là, on s'efforce d'avoir l'air décriss, mais en réalité peut-être que la vieille console Peavy a été remontée par Louis Vuitton lui-même. Peut-être pas non plus. Moi aussi je suis déjà parti de ma petite banlieue avec des jeans trouées jusqu'en dessous des bras. Et moi aussi j'ai fait des shows avec des walkmans pas top, des pédales louches, du gear vraiment pas Festival InterNational de Jazz de Montréal. Et ça marche. La relation avec l'ampli Crate dans lequel il faut zigner un peu le fil pour qu'il fonctionne est peut-être plus agréable qu'avec le Hughes & Kettner qu'on peut pas se payer de toute façon. À suivre.

Aujourd'hui, je vais voir la guitariste d'avant-garde (cf. wikipedia) Ava Mendoza, gratuitement dans une rue fermée pour la fête des jardins au cœur de Manhattan, Arts for Art InGardens à 18 minutes de marche d'ici. Avant ça, je n'ai toujours pas de nouvelles du voisin d'au-dessus, que j'entends parfois, comme maintenant, faire les cent pas en souliers, avec sa démarche que je devine très peu gracieuse, alors je vais essayer quelques notes de violoncelle et on verra. Briser la glace.

Je n'ai toujours pas essayé le lave-vaisselle, mais depuis hier j'essaie l'air climatisé. Pas pire.