Du 1er août au 31 décembre 2023, quelques traces de mon passage au studio du Québec à New York #CALQ. Avant ça, traces de la résidence Naked State du 21 au 31 juillet 2017.
Hier j'ai pris l'avant-midi pour scruter tout le yelp des piscines où aller faire des longueurs à NYC. Point d'entrée comme un autre, je plonge (jeu de mot) dans la culture américaine, new-yorkaise, manhattanienne, par une fouille internet moins simple qu'elle n'en a l'air. Je lis tous les commentaires, consulte tous les sites. Je connais le fonctionnement des piscines municipales de Québec, Montréal, Berlin. NYC, c'est différent. Évidemment. J'ai trouvé une vingtaine d'options, de la piscine énorme gratuite extérieure Hamilton Fish Pool où, selon un internaute anonyme, il n'y a pas moyen de nager, à la piscine dans un gym de luxe Chelsea Piers Fitness dont l'accès membre revient à près de 500$/mois, ou 50$ pour la journée. À ce point-ci du voyage (je ne suis même pas parti encore), je convertis en argent canadien pour voir.
Je note les options viables dans un rayon de 40 min de marche et des poussières : Asphalt Green - Battery Park City campus (155$US/mois), 14th Street Y (88$US/mois); celles administrées par la NYC Parks pour 150$US/année : Asser Levy Pool, Constance Baker Motley Pool (vraiment petite à 16 m), Chelsea Pool (pas beaucoup de plages horaire pour nager, juste mercredi et samedi 11 h - 13 h), Gertrude Ederle Pool (petite à 18 m), Metropolitan Pool (Brooklyn), St. John's Pool (Brooklyn vers le sud, commence à être loin pas mal).
Il faut convertir et convertir. La piscine standard au Québec est la semi-olympique : 25 m, c'est-à-dire la moitié d'une piscine olympique, celle-ci universellement de 50 m. Il y a une logique à ça. Bon. Le standard américain pour la piscine semble être 25 yards, c'est-à-dire 22,86 m. Fun fact, on donne parfois la mesure en pieds et 25 yards = 75 feet. Il y a 3 pieds dans une verge (yard en français, faut le faire), 1760 verges dans un mille. Combien de Mornilles dans un Gallion?
Top 3 des piscines près de chez moi : Community Center at Stuyvesant High School (199$US/année), McBurney YMCA (114$US/mois), Chinatown YMCA Houston Street Center (réouverture le 14 août, 94$US/mois). Faut ce qu'y faut.
Mention spéciale : je me promets d'aller au moins une fois à Flushing Meadows Corona Park Pool & Rink, la seule piscine olympique que j'ai trouvée. Administrée par la NYC Park, donc certainement pas trop chère pour une visite, à une heure de subway dans Queens, probably worth it pour une fois ou deux.
Noms de pays : le nom, comme dirait Proust. Ce mot : Stuyvesant. Quessé ça? Je le revois qui désigne un secteur de Brooklyn, Bedford-Stuyvesant (Bed-Stuy pour les intimes), où il y a le queer-owned and operated bar C'mon Everybody. Work. Outre les piscines, je regarde craigslist new york city, je google lutier, puis violin maker manhattan, je procède à tâtons. Je collectionne les abonnements instagram de musicien·nes qui m'intéressent. Je commence à (re)connaître tel ou tel nom de lieu.
La meilleure ressource : nyc-noise.com avec tous les concerts qui s'en viennent, tous les lieux, très très complet et précieux, très informel avec les commentaires anti-gentrification, pro-diversité de la personne qui s'en occupe. Précieux comme echtzeitmusik.de, ma seule source d'information à Berlin, précieux comme feu la liste Avant-Montréal. Dommage de ne pas avoir quelque chose comme ça au Québec. Je pense souvent : « il faudrait bien que quelqu'un·e fasse ça », et j'ai un vertige en me disant que ça pourrait être moi. Ça pourrait être n'importe qui. Qui veut faire ça.
Le souffle donne la vie. Incidemment, j'écoute ces jours-ci un disque de Stockhausen acheté lors de mon dernier passage à Montréal il y a deux semaines : « Atmen gibt das Leben... » Un opéra pour chœur avec orchestre (sur bande). J'écoute ça en faisant le grand ménage en vue de la sous-location de mon appartement de Québec; j'écoute ça en cherchant les piscines, en faisant la vaisselle, en faisant la vaisselle, j'en reviens pas à quel point, même en habitant seul, je suis tout le temps en train de répéter les mêmes actions quotidiennes de ménage. Atmen gibt das Leben... devient mon hymne de préparation pour New York. Un son qui se détache de l'intention du compositeur pour entrer dans ma vie prendre une signification toute personnelle et puissante.
Mon piano va me manquer là bas. J'ai vu un Clavinova à 100$ sur craigslist. Hmmmm. Beaucoup de scam à NYC, n'est-ce pas? Il faut apprivoiser la culture pour ne pas se faire avoir.
Ne pas oublier d'apporter mon petit speaker bluetooth pour les podcasts sous la douche.
Ne pas oublier le casque de bain. Des vielles cordes de violoncelle au cas où.
Ne pas oublier de dire à ma sous-locatrice de ne pas utiliser de savon pour la cafetière italienne.
Seul à « the Outback » ce midi.
Porte fermée, rideaux fermés.
La chaleur suffocante traverse l'ombre.
Dernière journée de résidence.
Ma prestation solo aura lieu de 14 h à 15 h.
Je serai au centre d'un cercle de gens qui se donnent des massages.
Euhhhh ok. Cool.
La chaleur et le soleil sont épeurants.
Hier, Jour 8, je suis retourné à l'épinette bleue.
Boucler la boucle.
Il s'agit de la session dont je suis le plus satisfait.
Un paramètre, multiforme : Je n'exprime que le vent qui module l'amplitude du son, la direction du vent détermine la hauteur de note, un vent de dos prédominant m'inspire la trille la-sib (à peu près) sur la corde de sol, un vent de face m'inspire du suraigu sur la corde de ré et le vent qui change de position fait glisser les doigts le long des cordes avec croisements, pas de vent pas de son.
Mise-à-jour : J'ai donné un concert de feu. Photos de Cyn.
La résidence tire à sa fin. Une des artistes, Dee, devait quitter ce matin. Nous ne sommes plus que 10 artistes en résidence pour les deux derniers jours : Cyn et Katie avec qui je viens de déjeuner, Sidi qui s'est joint à nous, Jacob et Júlia rencontrés sur le chemin du retour à « the Outback », Bellavia et Eugenia qui étaient déjà ici ce matin, Maddie et Jamie qui doivent encore dormir.
Et moi. Marie Uguay dit : « J'en ai connu qui souffraient à perdre haleine / n'en finissent plus de mourir / en écoutant la voix d'un violon ou celle d'un corbeau / ou celle des érables en avril ».
La fontaine et l'étang n'en finissent plus L'épinette bleue, les heures du soir et du matin n'en finissent plus
Comme chaque fois que je pars, je n'ai pas envie de revenir. Pas plus que j'ai envie de rester. La nature -- défigurée -- de Bare Oaks m'aura bien servi, transpercé au-delà des moustiques.
Hier, Jour 7. Le stationnement de Bare Oaks s'est soudainement rempli. « Body Fest » arrive en ville. Les résidents en parlent depuis des jours; ils en parleront jusqu'à l'année prochaine. Quelques nouveaux visages, une trampoline, un kit de son extérieur, le pire drum circle que j'ai jamais entendu, le chargement de losers venus à Body Fest m'inspire peu. Je suis peut-être un peu raide.
Je fais une présentation vidéo aujourd'hui, Jour 8, puis un concert d'une heure demain.
Hier, Jour 7. Nous avons pris le temps de discuter du travail de chacun. Ç'a duré toute la journée. J'ai présenté une perf hybride contact impro avec le violoncelle, pose d'atelier de dessin, tondeuse en fa#, quelques cris d'oiseaux. Le feedback des autres est nourrissant. Pertinent. Quelques photos à analyser plus tard.
J'ai mis de la calamine sur mes piqûres de moustique. Le look « Prélude à l'après-midi d'un faune » (Nijinski), version pastel. À refaire.
De surcharger l'absence la distance Nous retournons aux conifères
Mon ordi surchauffe. Les derniers enregistrements que j’ai traités datent d’avant-hier. J’ai fait des vidéos pour les partager. Commencé et recommencé la création du fichier de la deuxième session dont je parlais hier, celle d'une heure et demie de musique. Ça ne veut pas fonctionner… iMovie… ça me dépasse. Je n’y touche plus. Il reste 21 h 30 min à la conversion avant de pouvoir uploader ça. Hmmm.
J’ai fait une longue pratique plus technique ce matin à « the Outback ». Gammes, arpèges, coups d’archet. Puis une véritable pratique de l’extérieur après le dîner.
La résidence de création fonctionne. Je trouve tous les jours de nouveaux sons, de nouvelles idées. Aujourd’hui, gros travail de sweep harmonics avec les oiseaux. Jeux de lumière et de vent. Intervalles : quinte juste, sixte majeure, septième majeure, neuvième mineure. Les modulations du vent se captent facilement sur la peau. Les notes seules me semblent maladroites. Piqûres de moustiques partout. Coup de soleil intégral.
Plutôt qu'une longue session très concentré, j'ai réussi une encore plus longue session en laissant ma concentration tomber à l'occasion . En imaginant les sons plutôt qu'en les jouant tout de suite. J'essaie des choses.
Première session de mouvement avec le violoncelle. Very carefully. Debout, assis, plié, j’ai passé l’étape où il me restait une petite gêne à m’écarter en public, du moins ici. Contact improvisation avec le violoncelle, c’est dangereux, demandant. Présenter ça aux autres demain. Leur avis?
C'était une bonne journée.
À « the Outback », 22 h 01. Jacob travaille sur ses photos du jour; Dee et Maddie viennent de partir se coucher; Teresa est partie au hot tub; Bellavia est penchée sur son travail; Júlia fait ses aquarelles; Cyn et Katie font un snack de carottes et concombres; Sidi poursuit sa peinture; moi, j’attends que mon fichier se crée. Plus que 15 h 59 min. On jase. Le mix d’âges est vraiment super, début vingtaine à fin soixantaine.
Corona, blue cheese, carrots, concombre, crackers, plus que 14 h 55 min. 14 h 35 min. 13 h 21 min. 11 h 56 min.11 h 35 min. 11 h 11 min.
Matin du Jour 5. Je fais des toasts dorées pour tout le monde.
J’ai rêvé que j’habitais avec un coloc et que je me rendais compte, au bout d’un an, qu’une des portes de notre appartement donnait sur une pièce énorme, plus grande que tout le reste. Je me souvenais d’avoir vu cette grande pièce en visitant et me demandais comment j’avais pu l’oublier pendant si longtemps. Des amis venaient célébrer.
Je fais des toasts dorées pour tout le monde mais on n’a qu’un rond de poêle de camping qui ne chauffe pas bien. Je finis la cuisson au four grille-pain. Étranges conditions de cuisine à « the Clubhouse », bâtiment principal de Bare Oaks. Comptoir d’accueil, dépanneur, laveuses-sécheuses, « Bare Bistro » intérieur et terrasse, douches, piscine creusée, bain tourbillon, deux saunas secs — qui pourraient être plus chauds — , deux tables de billard, salle de musculation, …
J’ai rêvé que je mourrais suite à l’attaque des extra-terrestres. J’étais avec des membres de la famille. Condo moderne dans une grande ville, genre Toronto. Je voyais au loin un scintillement dans le ciel bleu. Grappe de grands disques de lumière blanche intermittente et transparente. J’invitais tout le monde à admirer ça sur la terrasse. D’autres grappes de paillettes s’ajoutaient jusqu’à ce que le ciel en soit rempli. Réfléchissements immatériels qui enlevaient au paysage sa profondeur. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que ça. Et que je me rende compte que j'étais enseveli jusqu’au cou. Enterré vivant dans un sable mouvant de paillettes.
Après les toasts dorées je vais un lavage à 3$. « Même les naturistes doivent faire leur lavage de temps en temps. », nous avait-on dit. Je m’installe au Bistro pour écrire en attendant. C’était mon plan du matin.
J’écris que j’écris, brisant une de mes règles d’art personnelles : ne pas écrire qu’on écrit, chanter qu’on chante, faire un film où les personnages font un film, faire du théâtre sur des gens qui font du théâtre. J'écris que j'écris, première prise.
Jour 3
Après un matin à déjeuner aux barres Cliff avec un peu de gestion des déjeuners, je n’ai pas été très productif le Jour 3. Il mouillassait, rien de bien inspirant pour le violoncelle, surtout après avoir constaté l’effet des gouttelettes d’eau sur le vernis lors de ma session du Jour 1. J’ai donc écrit une bonne partie du Jour 3, attendu que mon ordinateur traite l’enregistrement du Jour 2, uploadé le tout lentement avec les données de mon cell. J’ai fini juste à temps pour 20 h, présentation sur le naturisme.
Parenthèse au présent.
Jour 5 au Bistro, en avant-midi. J’ai mis mes écouteurs pour ne pas être dérangé — tout le monde ici a vraiment envie de faire du small talk, j’en prends une pause — mais je n’écoute rien. À la radio : « I ain’t no hollaback girl, I ain’t no hollaback girl », on ne s’en sort pas. Bare Oaks est loin d’être une communauté alternative qui rejetterait le mainstream.
Parenthèse sur les pénis et les seins.
Je vois toutes sortes de pénis et de seins ici. En particulier, il y a une majorité de très petits pénis, le genre de pénis qu’on ne voit jamais, même pas dans les livres d’anatomie, mais qui doivent être très communs à en juger par l’échantillonnage constaté ici, d’une longueur d’environ moins d’un pouce — au repos bien sûr, je ne suis pas près de voir une érection dans cet environnement hyper-désexualisé — , qui semble rentrer par en dedans, dépassant à peine l’épaisseur des testicules en dessous.
Pour ce qui est des seins, il y a une majorité de gros seins tombants, bien séparés et dont les mamelons sont parfois couleur peau — finalement Bare Oaks est en très forte majorité peuplé de blancs — , parfois plus rosés, parfois petits, parfois plus larges. Encore une fois, des formes de seins qu’on ne voit nulle part.
Les médias nous mentent. Images idéalisées projetées dans l’espace public.
La science nous ment. Images standardisées décuplant le médiatique.
La société nous ment. Images cachées, devinées, mythifiées.
Peu savent de quoi le corps humain a l’air dans sa diversité.
Une partie de sa diversité.
23 août 2016, Berlin. « C'est une sacrée leçon d'anatomie humaine que de voir tous ces corps, majoritairement des hommes un peu plus vieux, majoritairement des corps très imparfaits qu'on ne voit jamais nulle part mais qui, finalement, sont partout, sous les vêtements, bien plus que les corps de modèles. »
Présentation sur le naturisme
Le Jour 3 s’est donc terminé par une présentation de Stéphane Deschênes, propriétaire de Bare Oaks. Il enseigne le cours « Public Nudity : History, Law and Science » au département de sociologie de l’Université de Toronto. J’ai pris des notes.
Introduction
Dans le kit envoyé par la NASA aux extra-terrestres dans les années ’70, il y a un dessin de deux humains nus. Il semble qu’il y ait eu tout un débat à l’époque, résultant en ou résultat de l’absence de crack de vagin sur le personnage « femme ». Les deux humains étaient supposé avoir des traits de toutes les nationalités mais ont fini par avoir des traits typiquement américains. Typiquement américain.
Anthropologie de la nudité
Si on croit à l’évolution du singe à l’humain, on peut se demander à quel moment l’humain perd sa fourrure (pour la plupart). C’est une question qui intéresse de nombreux scientifiques (semble-t-il). Ça se serait passé il y a 3 millions d’années alors que l’apparition des vêtements ne daterait que d’il y a maximum 100 000 ans (des recherches sur l’ADN des parasites de vêtements le prouvent). Le corps humain aurait graduellement perdu ses poils parce qu’il se tient debout (les cheveux restent pour protéger la tête et les épaules, si on ne les coupe pas), parce qu’il est actif (à l’époque) et parce qu’il sue (ce serait la raison principale). Paraîtrait qu’on a le meilleur système de refroidissement corporel de tout le règne animal (ce qui explique aussi qu’on a le plus gros cerveau, bien au frais dans sa boîte crânienne). La conclusion de l’exposé anthropologique est qu’on peut être fier de notre corps et qu’il n’y a rien de « primitif » à se promener nu. En tout cas.
Histoire du naturisme
Ou plutôt, « Histoire récente du naturisme en occident » [NDLR]. Ça commence évidemment en Allemagne. Heinrich Pudor et Richard Ungewitter publient entre 1893 et 1906 des livres qui font la promotion de la nudité occasionnelle, au soleil, dans un contexte de saine habitude corporelle. Les personnes qui survivent à la tuberculose, entre autres, sont celles qui ont le luxe d’être amenées nues au soleil quotidiennement. Paul Zimmermann ouvre le premier endroit consacré à cette culture du corps libre au soleil, le Freilichtpark en 1903. Aujourd’hui encore, on identifie en Allemagne le nudisme et le naturisme par le terme Freikörperkultur (FKK), dont j’ai déjà parlé (première mention le 23 juin 2008, quelques paragraphes le 14 mai 2016).
La France prend ensuite le relais avec les docteurs Durville qui introduisent le terme « naturisme », toujours dans l’optique de la santé. Marcel Kienné de Mongeot parle quant à lui de « gymnité » (du grec « gymnos », nu) et de libre culture. C’est enfin Albert et Christiane Lecocq qui ouvrent plusieurs centres naturistes. Il semble que, grâce à l’océan et la température, la France soit aujourd’hui là où ça se passe pour le tourisme de naturisme.
En Amérique du nord, Maurice Parmelee revient aux États-Unis après avoir découvert le FKK en Allemagne. Il publie « The New Gymnosophy » en 1927. Le livre est réédité sous le nom « Nudism In Modern Life », coup de marketing intéressant, introduisant la gymnosophie (philosophie de la nudité?) puis le terme « nudisme ».
Ce serait donc pourquoi on a les termes « naturisme » et « nudisme », le premier hérité de la France, le deuxième d’un coup de pub so American.
Niveaux de naturisme
Stéphane Deschênes distingue plusieurs niveaux d’implication naturiste. Les « textiles » ne pratiquent pas le naturisme du tout; les « naturistes récréatifs » pratiquent le naturisme à l’occasion, en vacances, comme alternative pratique au costume de bain; les « naturistes éthiques » font du naturisme une philosophie de vie, s’identifient comme naturistes même lorsqu’ils doivent porter des vêtements — c’est le cas de Stéphane, on se demande s’il donne toujours son cours nu [mise-à-jour alors que je transcris ceci à 19 h 30, non, il n’enseigne pas nu à l’Université de Toronto] — , trouvent un sens à la nudité comme signe de respect et d’authenticité, croient aux bénéfices du naturisme pour la santé corporelle et comme façon d’améliorer la société; les « extrémistes » pratiquent le naturisme sans compromis, on nous dit qu’ils viennent ici faire de la raquette et du patin nus tout l’hiver.
Conclusion
La présentation s’est terminée avec les raisons pour lesquelles Bare Oaks impose la nudité à ses membres et ses visiteurs — n’est pas clothing-optional — et le futur du naturisme comme expérience humaine d’authenticité.
Discussion
Je conserve une vision positive du naturisme tout en constatant les failles de plusieurs de ses justifications. J’aurais voulu que les naturistes soient des radicaux, des gens pour qui le désir de connecter avec la nature — élément présent dans toutes les définitions du naturisme — , pour qui la vision d’une société plus inclusive ouverte et harmonieuse sont si forts qu’ils choisissent de se créer une microsociété parallèle, un endroit qui repense fondamentalement la façon d’interagir avec la nature, qui repense le concept même de nature, bien au-delà de la nudité.
L’environnementalisme à Bare Oaks est présent mais limité. On recycle, on se ramasse, on utilise des produits écolo comme partout. Par contre on arrose encore le gazon quand il pleut, on taille le gazon (très vert) très proprement, même dans le « sentier » derrière le site, il y a des toilettes chimiques en plus des toilettes régulières, des chaises de patio et un paquet d’équipements en plastique, la fontaine du lac artificiel fonctionne 24 h sur 24, il y a des machines à café Keurig avec les petites recharges de plastique individuelles, etc. C’est la vie de banlieue la plus décomplexée.
Le corps nu est peut-être une porte, une façon de se placer en marge et se réinventer. Le corps nu est peut-être un filtre aux gens trop fermés d’esprit. Mais le problème du respect de la nature, le concept même de connexion avec la nature, est loin d’être attaqué par la racine.
La question de l’authenticité m’intéresse. Quand est-ce que je suis vraiment authentique dans ce que je crée, dans ma façon de me présenter? Peut-on être vraiment authentique? Pour les naturistes, le fait d’être nu représente une voie sinon une garantie d’authenticité. Selon eux, nu on ne peut pas cacher notre identité véritable sous les vêtements ou derrière l’ordinateur; on ne peut plus distinguer l’avocat du sans-abri lorsqu'ils sont nus.
Même en faisant attention de ne pas mêler cause et conséquence, je n’achète pas l’argument. D’une part, il y a moyen d’être soi-même avec des vêtements — la moustache énorme de Stéphane Deschênes n’est-elle pas elle-même un vêtement? Dans le sens d’une parure que l’on ne porte pas pour survivre au climat nordique mais pour exprimer une partie de qui on est. — , d’autre part on peut très bien mentir à tous vents en nudité corporelle complète.
Admettons que les vêtements servent vraiment à cacher quelque chose, quelque chose que l’on ne peut plus cacher sans eux — c’est un argument qui semble évident pour plusieurs ici — , alors, outre le corps lui-même, qu’est-ce que ce « quelque chose » que l’on cacherair? Je n’arrive à trouver aucun exemple satisfaisant.
Jour 4
Après-midi du Jour 5. À « the Outback », notre studio d’artistes. Sidi réfléchit, assis devant sa longue peinture; Jamie la danseuse fait brûler une feuille d’arbre dehors; Dee est à la machine à coudre, Maddie à l’ordinateur; Júlia continue sa collection de petites aquarelles; Cyn discute avec un des anciens de Bare Oaks, car elle tient à connaître la personne dont elle fera la sculpture plus tard; et moi j’écris depuis que je suis levé. J’écris que j’écris, deuxième prise.
Café de la Keurig, le temps semble figé, les nuages un haut cercueil clair et immobile. J’enlève mon pantalon sans y penser.
Plus de deux heures et demi de musique à écouter, enregistrée hier, Jour 4.
Matin du Jour 4.
Échauffement Gaga sur le bord du lac.
Crème solaire pour la première fois depuis longtemps. Ark la texture.
Chasse-moustiques pour la première fois depuis encore plus longtemps.
La moitié de la petite bouteille.
Jouer dans la « forêt ». Jouer la forêt. Être l’extérieur.
À la croisée de chemins, triangle d’herbe où poussent quelques fleurs mauve.
Quelques gammes pour commencer.
Première session, 53 min.
Trois paramètres : j’exprime la lumière par la hauteur de note, le vent par l’intensité du jeu, le soleil occasionnel sur ma peau par le vibrato.
Deuxième session, 95 min.
Deux paramètres : J’exprime encore le vent par l’intensité du jeu — et je me permet de tricher beaucoup — , j’interagis avec les oiseaux. Vers la fin, j’explore différentes façons de bouger, de me déplacer avec le violoncelle en jouant.
Note : J’ai accordé la corde grave beaucoup plus bas qu’à l’habitude. Sol. C’est la première fois que je fais ça. Inspiration de la nature?
Troisième session, 9 min.
Aucun paramètre : Présentation à 5:05 PM. Performer l’intérieur. Faire confiance à l’intégration du processus. Société de juges à petite échelle, vous m’avez encore et je n'uploade pas le vidéo.
Jour 5
En ce Jour 4, j’ai donc joué l’extérieur en partant du principe — et c’est en travaillant sur ce texte que je m’en rends compte — que pour entendre l’influence complète de l’extérieur, il faut bien qu’il y ait quelque chose à influencer. Autrement dit, je place un son que je tiens puis je laisse l’extérieur agir dessus. Dans la deuxième session, par exemple, j’installe une note grave, que je tiens pendant une heure et demi, et en fait varier l’intensité avec les poussées du vent. L’approche de la première session me semble plus proche de ce que je veux accomplir : c’est la brillance de la lumière qui m’indique la hauteur de note sur laquelle les poussées de vent agiront. Le choix de jouer un intervalle plutôt qu’une note seule, et le choix de cet intervalle sont toutefois arbitraires.
Mes réponses aux stimuli de l’extérieur sont déjà plus rapides qu’au Jour 2.
Je souhaite précisément me retirer complètement du processus créatif.
Laisser l’extérieur décider de tous les paramètres.
Remplacer l’intérieur par l’extérieur.
Puis revenir.
Aujourd'hui, Jour 5, j'ai écrit toute la journée. Puis j'ai transcrit. Il est 20 h 45 [mise-à-jour, je finis de me relire et corriger à 23 h, à « the Outback ». J'ai nagé dans le lac sous la pluie à 21 h].
Faire des fichiers vidéo avec les enregistrements. Convertir, uploader. Go. J'écris que j'ai écrit. Troisième prise you're out.