vendredi 11 août 2017

Naked State : Jour 10 + 11

Quelques images de Bare Oaks.

Un début de pratique vu par Cyn

Pratique à l'orée d'une lisière de bois

Mon spot de travail dans « the Outback » devant la fontaine

Un des chemins de Bare Oaks, maisons mobiles à l'horizon

Suite du chemin de Bare Oaks

« The Outback »

Derrière « the Outback », là où il y avait tant de grenouilles


Autre chemin de Bare Oaks, roulottes en vue
Symboles de toilette non genrés, bravo!


Douches extérieures, quand on a envie de se laver au soleil

Ma prestation dans le sentier filmé par Jacob


À la fin de ma prestation dans le sentier, Sidi était là

Autre prestation devant mes collègues artistes, intégration du mouvemement


Prestation finale de 60 minutes devant public,
quelques minutes après le début

Prestation finale de 60 minutes devant public,
après environ 10 minutes

Prestation finale de 60 minutes devant public,
après environ 35 minutes



jeudi 3 août 2017

Naked State : Jour 10 + 2

Train du retour.

Des gens habitent une ville nommée Oshawa.

Je suis parti à 7 h 30, frénésie Union Station
Je suis arrivé à 23 h 45.

Nous sommes le lendemain de cette arrivée déjà.

dimanche 30 juillet 2017

Naked State : Jour 9

Seul à « the Outback » ce midi.
Porte fermée, rideaux fermés.
La chaleur suffocante traverse l'ombre.

Dernière journée de résidence.
Ma prestation solo aura lieu de 14 h à 15 h.
Je serai au centre d'un cercle de gens qui se donnent des massages.
Euhhhh ok. Cool.



La chaleur et le soleil sont épeurants.




Hier, Jour 8, je suis retourné à l'épinette bleue.
Boucler la boucle.

Il s'agit de la session dont je suis le plus satisfait.

Un paramètre, multiforme : Je n'exprime que le vent qui module l'amplitude du son, la direction du vent détermine la hauteur de note, un vent de dos prédominant m'inspire la trille la-sib (à peu près) sur la corde de sol, un vent de face m'inspire du suraigu sur la corde de ré et le vent qui change de position fait glisser les doigts le long des cordes avec croisements, pas de vent pas de son.






Mise-à-jour : J'ai donné un concert de feu.
Photos de Cyn.





Naked State : Jours 7, 8

(écrit le 29 juillet, Jour 8)

La résidence tire à sa fin. Une des artistes, Dee, devait quitter ce matin. Nous ne sommes plus que 10 artistes en résidence pour les deux derniers jours : Cyn et Katie avec qui je viens de déjeuner, Sidi qui s'est joint à nous, Jacob et Júlia rencontrés sur le chemin du retour à « the Outback », Bellavia et Eugenia qui étaient déjà ici ce matin, Maddie et Jamie qui doivent encore dormir.

Et moi. Marie Uguay dit : « J'en ai connu qui souffraient à perdre haleine / n'en finissent plus de mourir / en écoutant la voix d'un violon ou celle d'un corbeau / ou celle des érables en avril ».

La fontaine et l'étang n'en finissent plus
L'épinette bleue, les heures du soir et du matin
n'en finissent plus

Comme chaque fois que je pars, je n'ai pas envie de revenir. Pas plus que j'ai envie de rester. La nature -- défigurée -- de Bare Oaks m'aura bien servi, transpercé au-delà des moustiques.

Hier, Jour 7. Le stationnement de Bare Oaks s'est soudainement rempli. « Body Fest » arrive en ville. Les résidents en parlent depuis des jours; ils en parleront jusqu'à l'année prochaine. Quelques nouveaux visages, une trampoline, un kit de son extérieur, le pire drum circle que j'ai jamais entendu, le chargement de losers venus à Body Fest m'inspire peu. Je suis peut-être un peu raide.

Je fais une présentation vidéo aujourd'hui, Jour 8, puis un concert d'une heure demain.

Hier, Jour 7. Nous avons pris le temps de discuter du travail de chacun. Ç'a duré toute la journée. J'ai présenté une perf hybride contact impro avec le violoncelle, pose d'atelier de dessin, tondeuse en fa#, quelques cris d'oiseaux. Le feedback des autres est nourrissant. Pertinent. Quelques photos à analyser plus tard.

J'ai mis de la calamine sur mes piqûres de moustique. Le look « Prélude à l'après-midi d'un faune » (Nijinski), version pastel. À refaire.

De surcharger l'absence     la distance
Nous retournons aux conifères



jeudi 27 juillet 2017

Naked State : Jour 6

Mon ordi surchauffe. Les derniers enregistrements que j’ai traités datent d’avant-hier. J’ai fait des vidéos pour les partager. Commencé et recommencé la création du fichier de la deuxième session dont je parlais hier, celle d'une heure et demie de musique. Ça ne veut pas fonctionner… iMovie… ça me dépasse. Je n’y touche plus. Il reste 21 h 30 min à la conversion avant de pouvoir uploader ça. Hmmm.

J’ai fait une longue pratique plus technique ce matin à « the Outback ». Gammes, arpèges, coups d’archet. Puis une véritable pratique de l’extérieur après le dîner.

La résidence de création fonctionne. Je trouve tous les jours de nouveaux sons, de nouvelles idées. Aujourd’hui, gros travail de sweep harmonics avec les oiseaux. Jeux de lumière et de vent. Intervalles : quinte juste, sixte majeure, septième majeure, neuvième mineure. Les modulations du vent se captent facilement sur la peau. Les notes seules me semblent maladroites. Piqûres de moustiques partout. Coup de soleil intégral.

Plutôt qu'une longue session très concentré, j'ai réussi une encore plus longue session en laissant ma concentration tomber à l'occasion . En imaginant les sons plutôt qu'en les jouant tout de suite. J'essaie des choses.

Première session de mouvement avec le violoncelle. Very carefully. Debout, assis, plié, j’ai passé l’étape où il me restait une petite gêne à m’écarter en public, du moins ici. Contact improvisation avec le violoncelle, c’est dangereux, demandant. Présenter ça aux autres demain. Leur avis?


C'était une bonne journée.

À « the Outback », 22 h 01. Jacob travaille sur ses photos du jour; Dee et Maddie viennent de partir se coucher; Teresa est partie au hot tub; Bellavia est penchée sur son travail; Júlia fait ses aquarelles; Cyn et Katie font un snack de carottes et concombres; Sidi poursuit sa peinture; moi, j’attends que mon fichier se crée. Plus que 15 h 59 min. On jase. Le mix d’âges est vraiment super, début vingtaine à fin soixantaine.

Corona, blue cheese, carrots, concombre, crackers, plus que 14 h 55 min. 14 h 35 min. 13 h 21 min. 11 h 56 min. 11 h 35 min. 11 h 11 min.

mercredi 26 juillet 2017

Naked State : Jours 3, 4, 5

Matin du Jour 5. Je fais des toasts dorées pour tout le monde.

J’ai rêvé que j’habitais avec un coloc et que je me rendais compte, au bout d’un an, qu’une des portes de notre appartement donnait sur une pièce énorme, plus grande que tout le reste. Je me souvenais d’avoir vu cette grande pièce en visitant et me demandais comment j’avais pu l’oublier pendant si longtemps. Des amis venaient célébrer.

Je fais des toasts dorées pour tout le monde mais on n’a qu’un rond de poêle de camping qui ne chauffe pas bien. Je finis la cuisson au four grille-pain. Étranges conditions de cuisine à « the Clubhouse », bâtiment principal de Bare Oaks. Comptoir d’accueil, dépanneur, laveuses-sécheuses, « Bare Bistro » intérieur et terrasse, douches, piscine creusée, bain tourbillon, deux saunas secs — qui pourraient être plus chauds — , deux tables de billard, salle de musculation, …

J’ai rêvé que je mourrais suite à l’attaque des extra-terrestres. J’étais avec des membres de la famille. Condo moderne dans une grande ville, genre Toronto. Je voyais au loin un scintillement dans le ciel bleu. Grappe de grands disques de lumière blanche intermittente et transparente. J’invitais tout le monde à admirer ça sur la terrasse. D’autres grappes de paillettes s’ajoutaient jusqu’à ce que le ciel en soit rempli. Réfléchissements immatériels qui enlevaient au paysage sa profondeur. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que ça. Et que je me rende compte que j'étais enseveli jusqu’au cou. Enterré vivant dans un sable mouvant de paillettes.

Après les toasts dorées je vais un lavage à 3$. « Même les naturistes doivent faire leur lavage de temps en temps. », nous avait-on dit. Je m’installe au Bistro pour écrire en attendant. C’était mon plan du matin.

J’écris que j’écris, brisant une de mes règles d’art personnelles : ne pas écrire qu’on écrit, chanter qu’on chante, faire un film où les personnages font un film, faire du théâtre sur des gens qui font du théâtre.

J'écris que j'écris, première prise.

Jour 3


Après un matin à déjeuner aux barres Cliff avec un peu de gestion des déjeuners, je n’ai pas été très productif le Jour 3. Il mouillassait, rien de bien inspirant pour le violoncelle, surtout après avoir constaté l’effet des gouttelettes d’eau sur le vernis lors de ma session du Jour 1. J’ai donc écrit une bonne partie du Jour 3, attendu que mon ordinateur traite l’enregistrement du Jour 2, uploadé le tout lentement avec les données de mon cell. J’ai fini juste à temps pour 20 h, présentation sur le naturisme.

Parenthèse au présent. 
Jour 5 au Bistro, en avant-midi. J’ai mis mes écouteurs pour ne pas être dérangé — tout le monde ici a vraiment envie de faire du small talk, j’en prends une pause — mais je n’écoute rien. À la radio : « I ain’t no hollaback girl, I ain’t no hollaback girl », on ne s’en sort pas. Bare Oaks est loin d’être une communauté alternative qui rejetterait le mainstream.

Parenthèse sur les pénis et les seins. 
Je vois toutes sortes de pénis et de seins ici. En particulier, il y a une majorité de très petits pénis, le genre de pénis qu’on ne voit jamais, même pas dans les livres d’anatomie, mais qui doivent être très communs à en juger par l’échantillonnage constaté ici, d’une longueur d’environ moins d’un pouce — au repos bien sûr, je ne suis pas près de voir une érection dans cet environnement hyper-désexualisé — , qui semble rentrer par en dedans, dépassant à peine l’épaisseur des testicules en dessous. 
Pour ce qui est des seins, il y a une majorité de gros seins tombants, bien séparés et dont les mamelons sont parfois couleur peau — finalement Bare Oaks est en très forte majorité peuplé de blancs — , parfois plus rosés, parfois petits, parfois plus larges. Encore une fois, des formes de seins qu’on ne voit nulle part. 
Les médias nous mentent. Images idéalisées projetées dans l’espace public.
La science nous ment. Images standardisées décuplant le médiatique.
La société nous ment. Images cachées, devinées, mythifiées.
Peu savent de quoi le corps humain a l’air dans sa diversité.
Une partie de sa diversité. 
23 août 2016, Berlin. « C'est une sacrée leçon d'anatomie humaine que de voir tous ces corps, majoritairement des hommes un peu plus vieux, majoritairement des corps très imparfaits qu'on ne voit jamais nulle part mais qui, finalement, sont partout, sous les vêtements, bien plus que les corps de modèles. »

Présentation sur le naturisme


Le Jour 3 s’est donc terminé par une présentation de Stéphane Deschênes, propriétaire de Bare Oaks. Il enseigne le cours « Public Nudity : History, Law and Science » au département de sociologie de l’Université de Toronto. J’ai pris des notes.

Introduction


Dans le kit envoyé par la NASA aux extra-terrestres dans les années ’70, il y a un dessin de deux humains nus. Il semble qu’il y ait eu tout un débat à l’époque, résultant en ou résultat de l’absence de crack de vagin sur le personnage « femme ». Les deux humains étaient supposé avoir des traits de toutes les nationalités mais ont fini par avoir des traits typiquement américains. Typiquement américain.

Anthropologie de la nudité


Si on croit à l’évolution du singe à l’humain, on peut se demander à quel moment l’humain perd sa fourrure (pour la plupart). C’est une question qui intéresse de nombreux scientifiques (semble-t-il). Ça se serait passé il y a 3 millions d’années alors que l’apparition des vêtements ne daterait que d’il y a maximum 100 000 ans (des recherches sur l’ADN des parasites de vêtements le prouvent). Le corps humain aurait graduellement perdu ses poils parce qu’il se tient debout (les cheveux restent pour protéger la tête et les épaules, si on ne les coupe pas), parce qu’il est actif (à l’époque) et parce qu’il sue (ce serait la raison principale). Paraîtrait qu’on a le meilleur système de refroidissement corporel de tout le règne animal (ce qui explique aussi qu’on a le plus gros cerveau, bien au frais dans sa boîte crânienne). La conclusion de l’exposé anthropologique est qu’on peut être fier de notre corps et qu’il n’y a rien de « primitif » à se promener nu. En tout cas.

Histoire du naturisme


Ou plutôt, « Histoire récente du naturisme en occident » [NDLR]. Ça commence évidemment en Allemagne. Heinrich Pudor et Richard Ungewitter publient entre 1893 et 1906 des livres qui font la promotion de la nudité occasionnelle, au soleil, dans un contexte de saine habitude corporelle. Les personnes qui survivent à la tuberculose, entre autres, sont celles qui ont le luxe d’être amenées nues au soleil quotidiennement. Paul Zimmermann ouvre le premier endroit consacré à cette culture du corps libre au soleil, le Freilichtpark en 1903. Aujourd’hui encore, on identifie en Allemagne le nudisme et le naturisme par le terme Freikörperkultur (FKK),  dont j’ai déjà parlé (première mention le 23 juin 2008, quelques paragraphes le 14 mai 2016).

La France prend ensuite le relais avec les docteurs Durville qui introduisent le terme « naturisme », toujours dans l’optique de la santé. Marcel Kienné de Mongeot parle quant à lui de « gymnité » (du grec « gymnos », nu) et de libre culture. C’est enfin Albert et Christiane Lecocq qui ouvrent plusieurs centres naturistes. Il semble que, grâce à l’océan et la température, la France soit aujourd’hui là où ça se passe pour le tourisme de naturisme.

En Amérique du nord, Maurice Parmelee revient aux États-Unis après avoir découvert le FKK en Allemagne. Il publie « The New Gymnosophy » en 1927. Le livre est réédité sous le nom « Nudism In Modern Life », coup de marketing intéressant, introduisant la gymnosophie (philosophie de la nudité?) puis le terme « nudisme ».

Ce serait donc pourquoi on a les termes « naturisme » et « nudisme », le premier hérité de la France, le deuxième d’un coup de pub so American.

Niveaux de naturisme


Stéphane Deschênes distingue plusieurs niveaux d’implication naturiste. Les « textiles » ne pratiquent pas le naturisme du tout; les « naturistes récréatifs » pratiquent le naturisme à l’occasion, en vacances, comme alternative pratique au costume de bain; les « naturistes éthiques » font du naturisme une philosophie de vie, s’identifient comme naturistes même lorsqu’ils doivent porter des vêtements — c’est le cas de Stéphane, on se demande s’il donne toujours son cours nu [mise-à-jour alors que je transcris ceci à 19 h 30, non, il n’enseigne pas nu à l’Université de Toronto] — , trouvent un sens à la nudité comme signe de respect et d’authenticité, croient aux bénéfices du naturisme pour la santé corporelle et comme façon d’améliorer la société; les « extrémistes » pratiquent le naturisme sans compromis, on nous dit qu’ils viennent ici faire de la raquette et du patin nus tout l’hiver.

Conclusion


La présentation s’est terminée avec les raisons pour lesquelles Bare Oaks impose la nudité à ses membres et ses visiteurs — n’est pas clothing-optional — et le futur du naturisme comme expérience humaine d’authenticité.

Discussion


Je conserve une vision positive du naturisme tout en constatant les failles de plusieurs de ses justifications. J’aurais voulu que les naturistes soient des radicaux, des gens pour qui le désir de connecter avec la nature — élément présent dans toutes les définitions du naturisme — , pour qui la vision d’une société plus inclusive ouverte et harmonieuse sont si forts qu’ils choisissent de se créer une microsociété parallèle, un endroit qui repense fondamentalement la façon d’interagir avec la nature, qui repense le concept même de nature, bien au-delà de la nudité.

L’environnementalisme à Bare Oaks est présent mais limité. On recycle, on se ramasse, on utilise des produits écolo comme partout. Par contre on arrose encore le gazon quand il pleut, on taille le gazon (très vert) très proprement, même dans le « sentier » derrière le site, il y a des toilettes chimiques en plus des toilettes régulières, des chaises de patio et un paquet d’équipements en plastique, la fontaine du lac artificiel fonctionne 24 h sur 24, il y a des machines à café Keurig avec les petites recharges de plastique individuelles, etc. C’est la vie de banlieue la plus décomplexée.

Le corps nu est peut-être une porte, une façon de se placer en marge et se réinventer. Le corps nu est peut-être un filtre aux gens trop fermés d’esprit. Mais le problème du respect de la nature, le concept même de connexion avec la nature, est loin d’être attaqué par la racine.

La question de l’authenticité m’intéresse. Quand est-ce que je suis vraiment authentique dans ce que je crée, dans ma façon de me présenter? Peut-on être vraiment authentique? Pour les naturistes, le fait d’être nu représente une voie sinon une garantie d’authenticité. Selon eux, nu on ne peut pas cacher notre identité véritable sous les vêtements ou derrière l’ordinateur; on ne peut plus distinguer l’avocat du sans-abri lorsqu'ils sont nus.

Même en faisant attention de ne pas mêler cause et conséquence, je n’achète pas l’argument. D’une part, il y a moyen d’être soi-même avec des vêtements — la moustache énorme de Stéphane Deschênes n’est-elle pas elle-même un vêtement? Dans le sens d’une parure que l’on ne porte pas pour survivre au climat nordique mais pour exprimer une partie de qui on est. — , d’autre part on peut très bien mentir à tous vents en nudité corporelle complète.

Admettons que les vêtements servent vraiment à cacher quelque chose, quelque chose que l’on ne peut plus cacher sans eux — c’est un argument qui semble évident pour plusieurs ici — , alors, outre le corps lui-même, qu’est-ce que ce « quelque chose » que l’on cacherair? Je n’arrive à trouver aucun exemple satisfaisant.

Jour 4


Après-midi du Jour 5. À « the Outback », notre studio d’artistes. Sidi réfléchit, assis devant sa longue peinture; Jamie la danseuse fait brûler une feuille d’arbre dehors; Dee est à la machine à coudre, Maddie à l’ordinateur; Júlia continue sa collection de petites aquarelles; Cyn discute avec un des anciens de Bare Oaks, car elle tient à connaître la personne dont elle fera la sculpture plus tard; et moi j’écris depuis que je suis levé.

J’écris que j’écris, deuxième prise.

Café de la Keurig, le temps semble figé, les nuages un haut cercueil clair et immobile.
J’enlève mon pantalon sans y penser.

Plus de deux heures et demi de musique à écouter, enregistrée hier, Jour 4.

Matin du Jour 4.
Échauffement Gaga sur le bord du lac.
Crème solaire pour la première fois depuis longtemps. Ark la texture.
Chasse-moustiques pour la première fois depuis encore plus longtemps.
La moitié de la petite bouteille.

Jouer dans la « forêt ». Jouer la forêt. Être l’extérieur.
À la croisée de chemins, triangle d’herbe où poussent quelques fleurs mauve.

Quelques gammes pour commencer.

Première session, 53 min.

Trois paramètres : j’exprime la lumière par la hauteur de note, le vent par l’intensité du jeu, le soleil occasionnel sur ma peau par le vibrato.



Deuxième session, 95 min.

Deux paramètres : J’exprime encore le vent par l’intensité du jeu — et je me permet de tricher beaucoup — , j’interagis avec les oiseaux. Vers la fin, j’explore différentes façons de bouger, de me déplacer avec le violoncelle en jouant.
Note : J’ai accordé la corde grave beaucoup plus bas qu’à l’habitude. Sol. C’est la première fois que je fais ça. Inspiration de la nature?



Troisième session, 9 min.

Aucun paramètre : Présentation à 5:05 PM. Performer l’intérieur. Faire confiance à l’intégration du processus. Société de juges à petite échelle, vous m’avez encore et je n'uploade pas le vidéo.


Jour 5


En ce Jour 4, j’ai donc joué l’extérieur en partant du principe — et c’est en travaillant sur ce texte que je m’en rends compte — que pour entendre l’influence complète de l’extérieur, il faut bien qu’il y ait quelque chose à influencer. Autrement dit, je place un son que je tiens puis je laisse l’extérieur agir dessus. Dans la deuxième session, par exemple, j’installe une note grave, que je tiens pendant une heure et demi, et en fait varier l’intensité avec les poussées du vent. L’approche de la première session me semble plus proche de ce que je veux accomplir : c’est la brillance de la lumière qui m’indique la hauteur de note sur laquelle les poussées de vent agiront. Le choix de jouer un intervalle plutôt qu’une note seule, et le choix de cet intervalle sont toutefois arbitraires.

Mes réponses aux stimuli de l’extérieur sont déjà plus rapides qu’au Jour 2.
Je souhaite précisément me retirer complètement du processus créatif.
Laisser l’extérieur décider de tous les paramètres.
Remplacer l’intérieur par l’extérieur.

Puis revenir.

Aujourd'hui, Jour 5, j'ai écrit toute la journée. Puis j'ai transcrit. Il est 20 h 45 [mise-à-jour, je finis de me relire et corriger à 23 h, à « the Outback ». J'ai nagé dans le lac sous la pluie à 21 h].
Faire des fichiers vidéo avec les enregistrements. Convertir, uploader. Go.

J'écris que j'ai écrit. Troisième prise you're out.



lundi 24 juillet 2017

Naked State : Jour 2

Déjà l'avant-midi du Jour 3. Ce matin, j'ai usé d'un peu de leadership pour la gestion des déjeuners. 4 x 12 oeufs, 4 sacs de pain,  lait, beurre de peanut, jus d'orange, demandes spéciales de chacune et chacun, l'autre qui part en char avec la liste. La vie en résidence a ses instants d'organisation, dont je veux bien prendre en charge la partie qui me donnera du matériel à toasts dorées.

L'ambiance à l'atelier, « the Outback »
Je suis à « the Outback », un des deux espaces qui nous sont alloués spécifiquement aux artistes en résidence. Cyn est assise avec son bloc d’argile; Sidi vient de terminer une partie de sa peinture et écoute Cyn monologuer; Dee travaille sur ses vulves en tissus; Katie la photo-journaliste et Maddie celle qui travaille en duo avec une artiste en Australie ont l’air de chiller chacune sur un fauteuil; un brave naturiste nage; Jacob travaille sur ses photos; Eugenia gosse un petit dessin. Il fait assez froid, tout le monde est habillé en mou on dirait un party pyjama. Je viens de parler à CBC Montreal en direct à la radio. Mon 15 minutes d’intérêt médiatique est maintenant terminé. Je viens de finir une écoute attentive de l’enregistrement de 60 minutes réalisé hier soir tard avec les grenouilles et le fond de conversations de feu de camp.



Jour 2

L’artiste en art performance David Frankovich, basé.e à Toronto et à Helsinki, est venu.e nous donner un atelier d’art performance. Premier exercice : se coucher par terre dans le gazon froid et mouillé, nonnnnn. Ok. Ç’a marché. Ensuite : marcher avec un regard fixe devant, vision périphérique, regarder quelqu’un dans les yeux, regarder à travers la personne, regarder le reste de son corps, prendre ses mains, avant-bras, intégrer un accessoire, un deuxième, construire une installation avec tous les accessoires et des branches. Nice. J’ai discuté performance et perspective queer avec David plus tard.

L’artiste en création théâtrale, performance et stand-up Thea Fitz-James, basée en Saskatchewan, est venue nous partager son expérience via FaceTime. Il y a deux ans, elle a présenté, nue, un solo qui a eu une certaine couverture médiatique. Elle y mélange art performance, humour, cours magistral, interaction avec le public, dans une lecture critique du corps féminin objectifié, approprié et réapproprié. Assez cool, elle est vraiment smatte.

L’altiste [ajouter son nom ici, oups, Matthiew?], basé à Toronto et que j’ai croisé à McGill — on s’est reconnu sans trop se reconnaître — au cours de mes études, est venu jouer « en concert » pour les résidents de Bare Oaks. Il fait ça 3-4 fois chaque été. Je me suis installé dans le gazon pour l’écouter. J'ai dansé. Pendant une heure et demi. L’expérience était vraiment bonne, une autre attitude « from the outside in ». Je sentais depuis le matin que j’avais besoin de me huiler les articulations, voilà qui est fait. Aujourd’hui j’ai mal aux mollets.

Après quelques longueurs dans la piscine — chlorée à l’eau salée, yes — j’ai soupé. On mange assez bien jusqu’à date. J'ai chillé avec Jacob et Sidi. J'ai fait du thé pour Júlia, Sidi, David, Jacob, moi — il y a des choses qui ne changent pas.

Puis la musique avec les grenouilles. L'enregistrement de 60 minutes ressemble à mon approche habituelle de jeu d'ensemble, les humains sont remplacés par les sons de la nuit. Imitation. Contraste. Interaction. Take over. Moments où ça cherche. Ce n'est pas mon meilleur 60 minutes en carrière. Pertinent de le garder et l'analyser. J'ai trouvé des nouvelles techniques d'archet, idées de sons.

Guide d’écoute (vidéo quelques paragraphes plus haut) :

Critial listening : « il y a toujours trop »

Je poursuis mes expérimentations au violoncelle ce soir.